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« Chacun essaie d'entrer sans succès, comme dans un rêve, dans son propre fleuve. » Celui de Juan José Saer, qui occupe toute son oeuvre, et ce livre plus particulièrement, est le Río de la Plata. Le Fleuve sans rives, seul texte de commande que Saer ait accepté d'un éditeur, n'est ni un roman, ni un essai historique, ni un récit de voyage. Mise en abyme de la création et quête impossible de l'identité, ce texte « hybride sans genre défini » comme il le présente lui-même, est à mi-chemin entre le Méditerranée de Braudel et le Danube de Claudio Magris. Il est à l'image du sous-titre du livre, amputé lors de sa première édition (Julliard, 1991) et que nous souhaitions rétablir : un Traité imaginaire. À travers quatre chapitres (« Été », « Automne », « Hiver », « Printemps »), Saer cherche à retrouver, entre ses souvenirs personnels et l'érudition qui le caractérise, entre son exigence narrative qui fait son génie et le discours scientifique, ce qu'est et ce que fut la région du Río de la Plata, son histoire, sa culture, sa civilisation. Saer, exilé en France depuis 1968, revient sur ses terres et en dresse un portrait qui ne manque pas d'être satirique, spirituel, onirique. De la création de Buenos Aires et de la grande découverte de l'altérité à partir du XVIe siècle jusqu'à la dictature argentine, l'exil et le paysage postindustriel contemporains, deux figures sont ici célébrées : le Río de la Plata et la littérature comme rapport au monde.


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