Raisons D'agir

  • Ce livre décrit la montée de régimes autoritaires dans les démocraties occidentales depuis 2010 (Trump; Brexit; Johnson; Bolsonaro). Ce n'est pas le produit de l'insurrection électorale des classes populaires, mais de l'action organisée d'une nouvelle forme de patronat financier dans un contexte d'effondrement écologique. Une analyse des sources de financement des élections, du référendum sur le Brexit : le poids de la finance est considérable et il ne s'agit pas de n'importe quelle finance.

    C'est un livre fort et passionnant, qui décrit une lutte à mort entre fractions traditionnelles et récentes du patronat pour le contrôle de ce qui reste des démocraties occidentales et des ressources planétaires. L'enjeu de cette lutte, c'est le minimum d'équilibre politique, social et environnemental qui permet aux sociétés de fonctionner. C'est un livre très important qu'il faut lire pour comprendre la situation politique contemporaine.

  • Ce livre originellement paru en 1963, et indisponible depuis de nombreuses années, est un des premiers ouvrages de Pierre Bourdieu, et le seul qu'il ait consacré au travail. Produit de plusieurs années d'enquêtes ethnographiques, en collaboration avec Abdelmalek Sayad, et une équipe de statisticiens de l'INSEE, il offre un tableau complet d'une société coloniale en pleine décomposition : liée à la guerre, mais plus largement aussi à l'introduction d'une économie capitaliste qui détruit peu à peu les structures de la société traditionnelle en changeant non seulement les circuits économiques, mais le rapport des gens à l'économie avec, en particulier, l'introduction d'une rationalité instrumentale. Les conditions sociales spécifiques qu'une telle « raison du monde » nécessitent pour être adoptée, laissent alors sur le côté tous ceux dont les dispositions restent marquées par l'état antérieur du monde social. Les fameuses analyses de Bourdieu sur les « sous-prolétaires » algériens, qui n'ont pas les moyens de se projeter dans l'avenir et encore moins dans un projet révolutionnaire, trouvent ici leur formulation la plus développée. C'est toute une analyse du rapport au temps en fonction des conditions sociales de vie, et de son rôle dans la formation d'une « conscience politique », qui reçoit aussi une formulation sociologique à la fois rigoureuse et riche d'enseignement pour des générations futures de chercheurs. La présente édition ne republie pas la première partie du livre paru en 1963, qui était un ensemble de tableaux statistiques analysés par les chercheurs de l'INSEE avec lesquels Pierre Bourdieu travaillait en Algérie, ni le détail des entretiens en annexes. Par contre, il continent des textes complémentaires : en appendice, une partie d'enquête (« Les artisans », p. 521-557) qui représente une étude originale sur une catégorie peu analysée, celle des travailleurs indépendants ; en postface un texte plus tardif où Pierre Bourdieu réinvestit son expérience algérienne et les acquis d'enquêtes sociologiques développées au sein de son laboratoire de recherche, pour analyser « la double vérité du travail », où la vérité subjective de l'investissement dans le travail contribue à occulter la vérité objective du travail comme exploitation.

  • Contrôler les assistés s'est imposé à partir des années 1990 en France comme un mot d'ordre politique et moral. Jamais la lutte contre les potentiels abus des allocataires n'avait été aussi systématiquement organisé ; jamais les bénéficiaires d'aides sociales, et parmi eux surtout les plus précaires, n'avaient été aussi rigoureusement surveillés, ni leurs illégalismes ou leurs erreurs si sévèrement sanctionnés.
    Or, pas plus que l'intensification des politiques sécuritaires ne reflète l'augmentation de la délinquance, l'essor du contrôle des assistés ne reflète celle de la « fraude sociale ». On estime à environ 2% la proportion d'allocataires ayant perçu des sommes sur la base de déclarations erronées, pour un montant représentant environ 1% de l'ensemble des allocations versées. Et lorsqu'elles sont constatées, les augmentations tiennent davantage à la mise en oeuvre à grande échelle de dispositifs de détection plus efficaces.
    Si le souci d'éviter des dépenses injustifiées s'est renforcé avec la focalisation croissante sur la maîtrise des comptes sociaux, le contrôle des assistés ne procède pas essentiellement de préoccupations financières - qui auraient dû conduire à concentrer les efforts sur l'évasion fiscale, dont les montants en jeu (20 milliards de redressements fiscaux) sont sans commune mesure avec les erreurs ou abus des bénéficiaires d'aides sociales (environ 550 millions d'euros par an ces dernières années). De même, le défaut de paiement des cotisations sociales par les employeurs, lié principalement au travail illégal, est quant à lui estimé à plus de 15 milliards par an.
    L'essor du contrôle des assistés ne se réduit donc pas à une réponse aux problèmes socio-économiques objectifs qui l'auraient suscité. Il renvoie à un ensemble de processus sociaux et politiques qui ont affecté la gestion des classes populaires et l'organisation de l'État social. Comment la « fraude sociale » a-t-elle été promue en un problème public devenu majeur dans le traitement des questions sociales ? Comment la routine bureaucratique du contrôle des « assistés » a-t-elle été transformée en une politique à part entière, progressivement renforcée et rationalisée ? Quels sont les ressorts du durcissement des pratiques d'inspection et de sanction ? Quels profils sociaux y sont les plus directement exposés ?
    C'est à ces questions que ce livre se propose d'apporter des éléments de réponse. Loin de ne voir dans les rodomontades à l'encontre des « faux chômeurs » et des « tricheurs du RSA » qu'une illustration parmi d'autres de polémiques politiques et médiatiques, il montre que l'essor du contrôle des « assistés » et la dénonciation de ceux qui abuseraient de la protection sociale sert désormais la critique des « dérives » d'un État-providence qu'il s'agit de réformer et la promotion d'autres principes d'organisation sociale, où la responsabilité individuelle et la contribution de chacun par le travail l'emportent sur la solidarité ou la réduction des inégalités.
    Dans cette économie morale et symbolique en partie renouvelée des politiques sociales, la fraude, figure radicale de « l'assistanat », constitue une sorte de repoussoir de la « valeur travail », elle-même placée au coeur d'un nouveau modèle d'État social dit « actif » promu depuis les années 1990 dans les pays occidentaux.
    Enfin, le contrôle des assistés met en scène le « sérieux » des acteurs politiques, leur « volontarisme » politique et leur capacité à agir sur le cours des choses. Ces logiques sont essentiellement le fait de leaders de la droite, ceux-là mêmes qui ont le plus directement contribué à renforcer ce contrôle - la présidence de Nicolas Sarkozy formant une période particulièrement décisive à cet égard. Cette posture de rigueur gestionnaire et morale constitue un marqueur de droite, décliné de multiples manières, et tout particulièrement dans l'association du néo-libéralisme et du néo-paternalisme par laquelle s'est opéré le renouvellement idéologique du camp conservateur.
    D'une simple pratique de vérification consubstantielle au traitement bureaucratique de la population, le contrôle de la fraude est donc devenu un mode de gouvernement des pauvres. La vulgate économique des « trappes » à inactivité ou à pauvreté a largement accrédité l'idée selon laquelle aides sociales et allocations de chômage constitueraient des sources de « désincitation au travail » en conduisant à des arbitrages au profit de l'assistance. Cette axiomatique est au coeur des politiques de workfare qui constituent la tendance majeure des réformes de l'État social dans les pays occidentaux depuis les années 1990. Elle fonde notamment les dispositifs visant à « rendre le travail attractif » et à « faire de l'emploi une option pour tous », comme l'expriment les slogans de l'OCDE, de la Commission européenne et des réformateurs de l'État social. Parmi ces mesures incitatives, on trouve les « crédits d'impôts » (Working tax credit au Royaume-Uni depuis 1999, Prime pour l'emploi en France entre 2001 et 2015), et la conditionnalité des aides et les contreparties exigées des bénéficiaires (par exemple En France avec la transformation du RMI en RSA en 2009). Le renforcement du contrôle et des sanctions constitue ainsi l'un des outils coercitifs du workfare et, plus largement, une des manières de « responsabiliser » les « assistés » sociaux. Loin d'un épiphénomène, il est au coeur de ces tendances majeures de la réorientation des politiques sociales.
    La thèse de ce livre consiste à voir dans le renforcement du contrôle des assistés l'effet d'un mouvement en spirale - une spirale rigoriste. Le leader politique pourfendeur de la fraude sociale qui parvient à imposer sinon ses vues au moins le problème qu'il soulève en condamnant ses éventuels contradicteurs à paraître naïfs ou complices ; la surenchère des administrations dans des technologies de contrôle toujours plus performantes qui procède tant des concurrences avec d'autres organismes que des injonctions auxquelles elles sont soumises et que, parfois, elles anticipent ; les progrès de la division bureaucratique du contrôle qui déréalise et déshumanise le traitement des cas ; le fonctionnement interne des commissions chargées de la fraude où la clémence est toujours plus difficile à assumer et à défendre que la sévérité ; le contrôleur de la caisse locale dont le point d'honneur professionnel est de traquer la moindre erreur au nom de l'exactitude des dossiers dont la garantie légitime sa fonction : ce sont là quelques-unes des dynamiques relationnelles qui conduisent à renforcer la rigueur du contrôle ; des spirales rigoristes. Pour saisir comment ce qui se joue au sommet de l'État affecte les régions les plus déshéritées de l'espace social, cette recherche a donc choisi un mode d'exposition descendant, partant des transformations politiques et institutionnelles qui ont favorisé l'essor des politiques de contrôle, pour aboutir aux effets qu'elles produisent sur les assistés sociaux.

  • Un livre grand public et incisif sur la vision qu'ont les économistes du chômage. Nécessaire pour comprendre les politiques de flexibilisation du marché du travail mise en oeuvre en Europe et partout dans le monde. Permet de comprendre le succès pour le moins mitigé de ces politiques.
    Une réédition indispensable : ce que décrivait le livre a toujours cours ; ce que décrivait le livre a été réellement mis en oeuvre et le livre fournit les clés pour comprendre pourquoi ça n'a pas marché.

  • Des couloirs transformés en hébergements de fortune, des personnels de santé au bord de la crise de nerfs, des mobilisations récurrentes, nombreux sont les signes d'une période éprouvante pour l'hôpital public. Pourtant, aux protestations réclamant des moyens supplémentaires, les différents gouvernements et experts des systèmes de santé répondent que le problème de l'hôpital n'est en rien financier mais organisationnel et qu'il suffirait de repenser sa place dans le système de santé, son organisation et ses missions. L'hôpital serait en crise, il faudrait en réformer le mode de gestion afin de le rendre économiquement performant et de répondre aux « attentes » des « usagers ».
    Contre cette vision sommaire et simplificatrice, cet ouvrage décrypte la fabrication des différentes « crises » de l'hôpital public, dans leurs dimensions financière, organisationnelle et territoriale. A partir de plusieurs enquêtes sur les personnels hospitaliers et les conditions d'exercice de leur métier, il montre que les réformes entreprises depuis les années 1980 ont progressivement fragilisé l'organisation des soins au point d'en interroger aujourd'hui la pertinence et de promouvoir l'« innovation » comme remède miracle aux maux hospitaliers. Cette superposition de crises implique ainsi différentes façons de dire les problèmes et par là, les solutions à apporter. Derrière ces lectures concurrentielles et parfois antagonistes se joue en fait la conception même du rôle et de la place de l'hôpital public. Un débat démocratique qu'il est temps d'engager.

  • Contre-feux

    Pierre Bourdieu

    Si j'ai pu me résoudre à rassembler pour la publication ces textes en grande partie inédits, c'est que j'ai le sentiment que les dangers contre lesquels ont été allumés les contre-feux dont ils voudraient perpétuer les effets ne sont ni ponctuels, ni occasionnels et que ces propos, s'ils sont plus exposés que les écrits méthodiquement contrôlés aux dissonances, pourront encore fournir des armes utiles à tous ceux qui s'efforcent de résister au fléau néo-libéral.

  • L'analyse systématique du nouvel ordre économique mondial, des mécanismes qui te régissent et des politiques qui l'orientent, introduit à une vision profondément nouvelle de l'action politique ; seul le mouvement social européen qu'elle appelle serait en effet capable de s'opposer aux forces économiques qui dominent aujourd'hui le monde.

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  • L'Amérique du Sud constitue depuis plusieurs décennies le lieu d'expérimentation des politiques néolibérales. Il n'est donc pas étonnant qu'elle soit aussi le foyer le plus spectaculaire des résistances à ces politiques : conflits sociaux de grande ampleur, protestations de rue, succès électoraux de gouvernements de gauche, processus de remunicipalisation, etc. C'est d'autres aspects de ces résistances, moins visibles mais pas moins novateurs politiquement, que ce livre de Verónica Gago explore. L'auteur développe une perspective « par en bas » qui permet de comprendre le pragmatisme déployé par les classes populaires pour s'adapter et, en même temps, détourner les normes de compétitivité néolibérales, tout en les intégrant à d'autres pratiques et d'autres savoirs. Gago étudie en premier lieu les économies informelles des marchés populaires où les groupes subalternes (migrants, femmes, etc.) s'approprient les rues, inventent d'autres pratiques économiques et mettent en cause la légitimité politique du néolibéralisme. Gago fait ensuite le lien avec le renouveau des luttes féministes, en particulier contre les féminicides, en montrant comment la violence domestique renvoie à la violence économique, l'endettement et la précarité. Les formes d'auto-organisation générées par ces nouvelles luttes portent ainsi une remise en cause, à l'échelle internationale, des modes de domination économiques, familiaux et culturels associés à l'économie capitaliste, tels que l'illustre la diffusion récente du mouvement « un violeur sur ton chemin », du Chili à l'Europe et à l'Asie.

  • Ce texte, oeuvre ultime de Pierre Bourdieu rédigée entre octobre et décembre 2001 - mais à laquelle il travaillait et réfléchissait depuis plusieurs années, s'interrogeant notamment sur la forme qu'il convenait de lui donner - a été conçu comme une nouvelle version développée, réélaborée, de son dernier cours au Collège de France prononcé en avril 2001. Il avait donné une première transcription de ce cours dans son précédent ouvrage : Science de la Science et Réflexivité. Mais c'est à la demande de son éditeur allemand Suhrkamp, qui souhaitait le publier à part, que Pierre Bourdieu avait décidé de le reprendre et, pour bien marquer la continuité entre les deux versions, de leur donner le même titre : Esquisse pour une auto-analyse.
    De la même façon qu'il était entré au Collège de France (en 1982) par une très réflexive Leçon sur la leçon, Pierre Bourdieu avait décidé de quitter cette institution en se soumettant lui-même, comme en un dernier défi, à l'exercice de la réflexivité qu'il avait constitué tout au long de sa vie de chercheur comme l'un de préalables nécessaires à la recherche scientifique. Cette auto-analyse, autant qu'un exercice de virtuosité intellectuelle et de maîtrise conceptuelle (un peu à la manière des Ménines de Velasquez ou du dernier Manet), était une mise en danger de soi-même, engageant à la fois des aveux sociaux parmi les plus difficiles à faire ou des souvenirs d'enfance appartenant à une intimité très peu divulguée.
    Il savait que se prendre soi-même pour objet, en risquant non seulement d'être accusé de complaisance, mais aussi de donner des armes à tous ceux qui n'attendent qu'une occasion pour nier, précisément au nom de la position et de la trajectoire de son auteur, le caractère scientifique de sa sociologie, était pour le moins périlleux. Dans ce projet paradoxal entre tous, il s'agissait bien moins d'un geste ostentatoire que d'une entreprise tout à fait inédite de mise en conformité finale du chercheur avec sa conception de la vérité scientifique, d'une volonté de donner une sorte de garantie ultime, en un retour sur soi très contrôlé (« je mets au service du plus subjectif l'analyse la plus objective » écrit-il dans ses notes de travail préparatoires), du caractère scientifique des propositions énoncées dans toute l'oeuvre.On a vu qu'il avait raison de craindre le mauvais usage qui pouvait être fait de ce texte. Il avait pourtant écrit dans une des nombreuses versions antérieures du texte, comme par une sorte de prémonition bien fondée : « Ceci n'est pas une autobiographie. Le genre ne m'est pas interdit seulement parce que j'ai (d)énoncé l'illusion biographique ; il m'est profondément antipathique et l'aversion mêlée de crainte qui m'a conduit à décourager plusieurs biographes s'inspire de raisons que je crois légitimes. » Quatrième de couverture Je n'ai pas l'intention de sacrifier au genre, dont j'ai assez dit combien il était à la fois convenu et illusoire, de l'autobiographie. Je voudrais seulement essayer de rassembler et de livrer quelques éléments pour une auto-socioanalyse. Je ne cache pas mes appréhensions, qui vont bien au-delà de la crainte habituelle d'être mal compris. J'ai en effet le sentiment que, en raison notamment de l'amplitude de mon parcours dans l'espace social et de l'incompatibilité pratique des mondes sociaux qu'il relie sans les réconcilier, je ne puis pas gager - étant loin d'être sûr d'y parvenir moi-même avec les instruments de la sociologie - que le lecteur saura porter sur les expériences que je serai amené à évoquer le regard qui convient, selon moi. En adoptant le point de vue de l'analyste, je m'oblige (et m'autorise) à retenir tous les traits qui sont pertinents du point de vue de la sociologie, c'est-à-dire nécessaires à l'explication et à la compréhension sociologiques, et ceux-là seulement. Mais loin de chercher à produire par là, comme on pourrait le craindre, un effet de fermeture, en imposant mon interprétation, j'entends livrer cette expérience, le craindre, un effet de fermeture, en imposant mon interprétation, j'entends livrer cette expérience, énoncée aussi honnêtement que possible, à la confrontation critique, comme s'il s'agissait de n'importe quel autre objet.

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  • Ce livre réunit une série de textes novateurs en sociologie, écrits par l'une des premières élèves de Pierre Bourdieu. Yvette Delsaut a exploré, à travers des photographies de classe ou de mariage, des plans de maison, des scènes ordinaires, la façon d'étudier les milieux populaires, sans misérabilisme ni populisme. C'est le retour sur son expérience personnelle, armée des outils de la science sociale, qui constitue alors une entreprise de socioanalyse inédite, et qui a constitué un modèle de posture scientifi que pour des générations de chercheurs. Ces textes fondateurs - précis et élégants - d'une certaine façon de faire de la sociologie sont désormais réunis dans un seul volume, appelé à constituer un ouvrage classique de la discipline. Sa réfl exion finale sur la place à réserver aux documents photographiques dans l'analyse sociologique des milieux populaires constitue une aide indispensable pour le chercheur qui utilise son expérience parfois la plus intime, non pour « illustrer » son propos mais pour accéder à d'autres formes de démonstration et d'expression de la « vérité » du monde social.

  • Ce livre concentre plusieurs décennies de travail d'un des plus importants sociologues français contemporains, Michel Pialoux, dont les livres sur le monde ouvrier, co-signés avec Stéphane Beaud (sociologue) ou Christian Corouges (syndicaliste Peugeot) ont connu un véritable succès public et académique depuis les années 1990. Pourtant, la majeure partie des écrits de Pialoux reste inédite, méconnue ou dispersée dans une multitude de revues de statut différent, et parfois disparues. Cela s'explique notamment par la dimension artisanale du travail de ce chercheur hors pair qui a formé des générations d'ethnographes et accompagné de nombreuses recherches de thèse, sans avoir suivi un plan de carrière linéaire ni bâti de stratégie éditoriale individuelle. Bref, Michel Pialoux est un auteur qui reste à découvrir, et la principale originalité de ce livre est de faire ressortir une oeuvre originale qui, en l'absence d'un volume de référence, n'existerait pas aussi clairement en tant que telle.
    Pialoux n'est pas seulement un « sociologue des OS », et la diversité des thèmes abordés dans ses écrits constitue un point fort du projet éditorial : politiques du logement, pauvreté urbaine, sous-prolétariat économique, théories sociales diverses (Marx, Foucault, etc.), hiérarchies dans l'entreprise, militantisme syndical, rapports intellectuels/dominés, travail ouvrier, etc. Par ailleurs, l'imbrication continue d'une réflexion entre sociologie, économie et histoire (par exemple à travers la critique en règle de La Police des familles de Donzelot) donne à l'ensemble une grande actualité au regard des débats récurrents sur la « juste distance » des sciences sociales à l'égard des cultures et groupes dominés.
    L'enjeu est donc de montrer un Pialoux avant Sochaux et avant « Beaud et Pialoux », par la réédition sélective de ses textes écrits des années 1970 aux années 2000, mais aussi par la constitution d'un ouvrage de référence à vocation généraliste. L'enjeu est de montrer, au-delà des ouvriers, une certaine façon de faire la sociologie des groupes dominés, une certaine idée de l'enquête et des enquêtés, que les transformations récentes de la sociologie (professionnalisation, spécialisation, etc.) n'ont pas tendance à favoriser.
    Ce volume imposant de 15 textes serait accompagné d'un avant-propos inédit de Michel Pialoux, d'une description circonstanciée en introduction présentant à grands traits sa trajectoire et les étapes de sa carrière intellectuelle (rédigée par Paul Pasquali), d'un entretien biographique inédit (réalisé par Paul Pasquali) et d'une post-face de Stéphane Beaud.

  • Ce livre éclaire ce que veut dire « s'en sortir » ou plus exactement « s'en sortir à peu près » en France aujourd'hui. Des portraits de couples et de familles, employées, ouvriers, subalternes, dans des espaces ruraux et urbains. À rebours des discours convenus l'ouvrage donne à voir des conditions d'existence matérielles et symboliques.
    Comment ces femmes et ces hommes travaillent à « être comme tout le monde », c'est-à-dire à éviter la relégation parmi les « assistés » et à s'affirmer comme membres à part entière de ce que le sociologue Robert Castel appelait la « société des semblables ». Comprendre leurs aspirations autant que leurs déceptions et leurs griefs, la manière dont ils s'efforcent de jouer le jeu d'un ordre social qui pourtant leur fait peu crédit.

  • Que veut dire être gayfriendly ? Avoir des amis gais ? Soutenir. le "mariage pour tous" ? Envisager sans effroi que sa fille devienne lesbienne ? Sortir dans des bars gais et même renouveler ses propres pratiques sexuelles ? Il n'y a pas de "bonne" gayfriendliness, mais des attitudes différentes, en France et aux Etats-Unis, variables selon les âges, le sexe et les parcours de vie. L'acceptation de l'homosexualité, qui progresse indéniablement, n'est pas non plus réservée aux plus riches : ces derniers l'ont plutôt intégrée au sein d'une morale de classe qui leur permet de se distinguer des pauvres, des habitants des banlieues ou encore des populations racisées. Interviewer des hétérosexuels de milieu aisé montre que, dans des espaces de tolérance et de mixité comme le Marais à Paris et Park Slope à Brooklyn, le contrôle n'a pas disparu : la sympathie s'exprime avant tout en direction de gays et de lesbiennes de même statut socioéconomique, qui manifestent leur envie de couple et de famille, et mettent en sourdine tout autre revendication. La gayfriendliness a donc fait reculer la violence et les discriminations ; elle accompagne aussi l'invention, par les femmes surtout, de modes de vie moins conventionnels. Pourtant, si elle a mis fin à certains préjugés, elle ne s'est pas encore complètement affranchie de ce qui reste un élément structurant de nos sociétés : la domination hétérosexuelle.

  • Trop souvent, l'omniprésence de la publicité dans les médias est acceptée avec un mélange d'agacement et de fatalisme.
    Mais connaît-on le coût d'une telle résignation ? Il est élevé : une information altérée au profit d'intérêts privés, une télévision soucieuse de "vendre du temps de cerveau humain disponible", une presse soumise aux exigences des annonceurs. Pourtant, la publicité se présente comme un art, une culture, une machine à rêves. En réalité, elle façonne des besoins de consommation, véhicule des stéréotypes, alimente la course au productivisme.
    Et, désormais, elle recourt aux neurosciences pour installer ses "marques " dans nos consciences. Ses agences milliardaires en ont fait un pouvoir financier ; ses conseillers en communication, un pouvoir politique ; son influence sur la presse, un pouvoir médiatique. Bien plus qu'une émanation superficielle de l'ordre économique, la "pub" en est un rouage essentiel.

  • Avec le Grand Paris, la construction est repartie de plus belle : logements, équipements, infrastructures. Ce livre expose les transformations d'une commune de l'Est parisien, autrefois en 2ème couronne, et qui demain sera desservie par une nouvelle gare du Grand Paris Express. L'auteur habitant de cette commune depuis 40 ans, et ancien chercheur au CNRS, mobilise ses connaissances pour développer une approche inédite, une « économie politique du détail ». Le projet est de sortir des grandes fresques - d'une décennie à l'autre - qui expliquent les choses en gros sans donner à voir comment l'histoire s'écrit et quels en sont les impacts pour les habitants. Les villes sont certes le produit de quelques programmes structurants mais aussi d'un très grand nombre d'opérations ordinaires qui, répétées, transforment une rue, un quartier et finalement expliquent qu'une ville change.
    Pour tenir ce projet l'auteur regarde sa ville à partir de plusieurs points de vue. Tour à tour il mesure le nombre de constructions en cours ; c'est une accélération vertigineuse du rythme par rapport au passé et un décalage total par rapport à l'objectif de croissance « modérée ». Avec la procédure du plan local d'urbanisme, il étudie l'élaboration d'une politique publique. Il décrit les principales opérations de construction passées ou en cours, et les promoteurs actifs : intermédiaires immobiliers et moyens constructeurs y ont une place importante. Spécialiste des infrastructures en réseaux, l'auteur apporte un éclairage inédit sur le secteur en mobilisant les catégories de la régulation des utilities : transparence, égalité, asymétrie, capture, profit raisonnable. Enfin, à partir des documents conservés par le service des hypothèques, il s'intéresse à l'économie réelle de quelques opérations phares. Quel est le niveau des rentes urbaines, comment se comparent-elles par rapport aux marges d'opération ?
    Ce livre, riche en informations et en points de vue divers, questionne aussi le rôle des élus 35 ans après la décentralisation. Il éclaire d'un jour nouveau le pilotage de la politique du logement dans le Grand Paris. Il démontre par des petites histoires significatives, telles « 400 mètres de voies douces en 17 ans », qu'il ne peut y avoir de changement sans vision et sans les « bonnes institutions ». Ici, le livre rejoint le débat national sur la hausse des prix du logement. Les données produites démontrent comment se forme le prix - et donc les hausses - et sur quel maillon il conviendrait d'agir ; elles aident finalement à mesurer l'ampleur du chemin à parcourir pour concevoir des villes durables.

  • A la télévision comme dans les entreprises, au parti socialiste comme à l'elysée, à sciences po comme à l'armée résonne un nouveau mot d'ordre: vive la diversité ! avec l'élection de barack obama, le bruissement s'est changé en clameur.
    Désormais, chacun devrait se mobiliser pour que les femmes et les "minorités visibles" occupent la place qui leur revient au sein des élites. mais une société dont les classes dirigeantes reflètent la diversité a-t-elle vraiment progressé sur le chemin de la justice sociale ? a cette question jamais posée, walter benn michaels répond par la négative. la promotion incessante de la diversité et la célébration des " identités culturelles " permettent au mieux, selon lui, de diversifier la couleur de peau et le sexe des maîtres.
    Sans remettre en cause la domination qui traverse toutes les autres : celle des riches sur les pauvres. a l'aide d'exemples tirés de la littérature, de l'histoire et de l'actualité, ce livre montre comment la question sociale se trouve désamorcée lorsqu'elle est reformulée en termes ethnico-culturels. plus fondamentalement, il s'interroge sur l'objectif d'une politique de gauche: s'agit-il de répartir les inégalités sans discrimination d'origine et de sexe, ou de les supprimer ?.

  • Fin des paysans, crises agricoles, telles sont les représentations les plus communes sur les mondes agricoles. Au contraire, l'enquête ethnographique auprès des céréaliers de l'Est de la France présentée dans ce livre décrit un processus social large propre à de nombreux groupes sociaux bien au-delà de l'agriculture, celui d'embourgeoisement, compris non seulement comme un enrichissement, mais tout autant comme un sens donné à la mobilité sociale ascendante. Au-delà de l'accumulation du capital économique qui en est la condition, l'embourgeoisement se révèle comme une mobilité sociale conservatrice, ici collective, respectueuse de l'ordre social et de la légitimité culturelle des dominants, mobilité ascendante que l'on peut opposer à d'autres formes de mobilité sociale comme celles associées par exemple à la gentrification.
    Ce livre décrit les mouvements de dépaysannisation initiés au début du xxe?siècle et qui se sont prolongés jusqu'à l'embourgeoisement d'aujourd'hui. L'enquête détaille alors les revenus et le patrimoine de ces agriculteurs, leurs pratiques de consommation et leurs engagements, leurs manières d'habiter et leurs vacances, leurs diplômes et le devenir de leurs enfants, pour finalement faire de ces céréaliers contemporains une des figures qui intègrent les nouvelles franges patrimoniales et économiques de la bourgeoisie. Cette ethnographie des classes sociales démontre, au-delà des discours sur la détresse paysanne, combien l'agriculture française est plurielle.

  • La France a une longue tradition d'immigration. En période d'essor économique, les immigrants ne font guère parler d'eux ; ce n'est qu'en situation de crise qu'ils viennent à occuper le centre du débat public. Ils ne sont plus seulement des travailleurs invisibles exerçant souvent les tâches les plus rudes, ou des héritiers de l'immigration identifiés par leur appartenance sociale, ils se transforment en un groupe social à part, dont l'identité, la culture propre mettent en cause la culture et la cohésion nationale.

    L'intérêt de ce nouveau recueil de textes d'Abdelmalek Sayad est de circonscrire la place et la fonction ambivalente de la « culture des immigrés » dans les années 1980, à la fois instrument de légitimation et de rejet de cette population.

    Dernier volet de L'immigration ou les paradoxes de l'altérité, cet ouvrage poursuit l'analyse des effets de l'émigration familiale, pour comprendre la transformation des préoccupations politiques : de la question de l'adaptation des « travailleurs immigrés » à la société française, on passe aux difficultés que rencontrent leurs enfants, français pour la plupart. Il se donne également pour objet les incidences que l'émigration et l'immigration induisent sur les usages que font les immigrés de leur culture. Sayad retrace, en particulier, les différents sens que prend l'Islam et il montre les transformations du rapport à la religion musulmane au sein de la population immigré et dans la manière de percevoir cette population en France.

    Pour Sayad, la question est tout autant de restituer les défis que l'immigration pose au politique, que de saisir les moyens dont le politique se dote pour légitimer et dissimuler sa domination. Sayad revient sur l'émergence d'une nouvelle gestion de l'immigration qui met en avant les origines des immigrés et de leurs descendants. Il met au jour une forme de réification culturelle qui enferme les enfants en les figeant dans leur relation à leurs parents immigrés, et qui est aussi un moyen de les stigmatiser (aussi bien « beurs » que « travailleurs inassimilables »). Ce processus contribue à cacher les conditions sociales de vie et à ériger des catégories « identitaires » pour ces jeunes Français.

    Le discours sur l'« intégration » qui se constitue à cette période et qui est omniprésent de nos jours, est ainsi l'aboutissement des mécanismes décryptés par cet ouvrage : il produit la situation intenable propre à la condition « d'immigré de l'intérieur ».

    Une présentation du texte proposée par Amín Pérez qui prépare une thèse sur l'oeuvre de Sayad, fournit au lecteur les éléments contextuels permettant de comprendre cette période politique singulière de l'histoire de France et montre l'originalité et la portée analytique du travail de Sayad dans les débats politico-médiatiques actuels.

  • L'enquête est le coeur du métier sociologique, le principal instrument de la production de connaissance sociologique. Ce livre montre comment ça marche. A partir du cas d'enquêtes sociologiques françaises parmi les plus célèbres, il raconte comment elles se sont déroulées, dans quels contextes et avec quels moyens, comment elles ont été accueillies sur place, les obstacles qu'elles ont rencontrés, les manières de faire qu'il a fallu inventer. Les sociologues y trouveront une sorte d'antidote au méthodologisme en voyant comme les choix scientifiques se font réellement dans une pratique collective de recherche. Le livre est plus généralement un moyen de mieux comprendre ce qu'apporte une connaissance sociologique du monde.

  • En se donnant pour objet le célèbre cycle de fresques du Buon Governo d'Ambrogio Lorenzetti dans le Palais Communal de Sienne, Quentin Skinner s'engage, dans une relecture décisive de la philosophie politique des communes italiennes et des origines intellectuelles du républicanisme au cours du Moyen Age et des débuts de la Renaissance, à partir de ce qui en constitue l'une des expressions les plus précoces et pourtant les plus abouties.
    Le déchiffrement des énigmes iconographiques jusqu'ici insolubles de cette oeuvre ne peut, en effet, se réaliser que dans la relecture systématique de la pensée politique médiévale et des traités de l'art de gouverner qui contribuent alors à transformer historiquement les enjeux de la réflexion sur la conduite des affaires publiques. En représentant les effets opposés du Bon Gouvernement et de la Tyrannie, Lorenzetti, artiste en philosophe, donne à voir ce qui s'accomplit alors justement dans la République de Sienne.

  • Le sens du placement

    Poupeau

    La " démocratisation scolaire " n'a pas fait disparaître les inégalités de scolarisation.
    Avec l'allongement des études, la diversification des établissements, la multiplication des filières ou des options, elles ont pris des formes nouvelles. mettre son enfant dans une " bonne école " requiert des parents un véritable sens du placement : du temps, de l'argent, des informations, une familiarité avec le système, autant de ressources dont toutes les familles ne disposent pas de manière égale.
    La distribution géographique des lieux de résidence et des établissements publics exprime et renforce à la fois ces processus ségrégatifs. la suppression annoncée de la carte scolaire ne peut qu'accentuer les logiques inégalitaires. contre les discours favorables à la dérégulation éducative, ce livre démontre pourquoi le libre choix entre des agents inégaux a pour effet d'accentuer les écarts existants.
    D'un côté les établissements de plus en plus sélectifs scolairement et socialement concentreront toutes les ressources publiques et privées, de l'autre les collèges et lycées les moins attractifs pour les familles et les enseignants verront s'amplifier les difficultés au détriment de tous les élèves qui, plus que jamais, n'auront d'autres alternatives que de les fréquenter. ce livre est issu d'une enquête menée pendant plusieurs années en région parisienne par un sociologue, poupeau, et un géographe, jean-christophe françois.
    Mobilisant une pluralité de méthodes quantitatives et qualitatives, il offre une approche inédite de l'articulation entre ségrégation résidentielle et ségrégation scolaire, et plus généralement de la production et de la reproduction des inégalités socio-spatiales de scolarisation.

  • Certains métiers sont attractifs, moins pour le confort matériel qu'ils garantissent qu'en raison de l'image valorisée et valorisante qui leur est associée, ou de l'épanouissement dont ils portent la promesse. Ils reposent sur un fort engagement personnel, qui peut être subjectivement vécu sur le mode de la passion et du désintéressement. L'orientation professionnelle vers le secteur culturel participe de cette logique vocationnelle. Quelles sont les modalités de cet appel ? Qu'est-ce qui prédispose à y répondre ? Quels sens ces orientations revêtent-elles ? Pour répondre à ces questions, Vincent Dubois a enquêté sur les étudiants qui se destinent à l'administration culturelle. En révélant qui et ce qui s'y investit, ce livre apporte un éclairage inédit sur ces métiers. Ces positions intermédiaires où se croisent héritages familiaux et investissements scolaires, espoirs d'ascension sociale et lutte contre le déclassement, offrent plus largement un point de vue privilégié pour l'analyse des modes de reproduction dans la France contemporaine.

  • La politique scolaire menée par les gouvernements français depuis les années 1980 n'a cessé de solliciter de façon croissante la sociologie de l'éducation. Celle-ci s'était constituée dans les années 1960 autour de théories mettant en évidence la contribution de l'école à la reproduction de l'ordre social. L'analyse des transformations de la discipline, par des méthodes inspirées de la sociologie des sciences, permet de voir que les recherches sur le système d'enseignement sont marquées par l'apparition d'une sociologie au service des demandes administratives d'évaluation. Dans un contexte politique marqué par le « problèmes des banlieues », ce glissement de la sociologie de l'éducation vers une sociologie d'Etat peut être ainsi interprété comme l'expression d'un changement des conditions du discours savant sur la société, dans ses rapports avec les institutions qui le financent et le diffusent.
    L'enjeu de ce travail apparaît alors indissociablement scientifique et politique: il s'agit de souligner la menace introduite par cette perte d'autonomie de recherches qui, en se focalisant sur l'institution scolaire, abordent la ségrégation sociale à l'école sous le seul angle de facteurs scolaires réduits au niveau local. Plutôt que de classes sociales, on parle alors de populations issues de milieux populaires, de leurs « territoires », et de l'exclusion dont elles sont victimes. Cette orientation des recherches a des implications aussi bien méthodologiques que normatives. Les approches managériales du fonctionnement des établissements opèrent ainsi une dépolitisation de la sociologie de l'éducation : sous couvert d'évaluation, l'expertise sociologique s'engage dans la lutte contre l'échec scolaire dont elle rend responsable le seul système d'enseignement. Les rapports de l'école et son contexte sont alors pris dans une vision consensuelle des rapports sociaux, où l'utilisation des catégories bureaucratiques, conjuguée à l'adoption des problématiques imposées par les commandes, contribue à constituer un sens commun sur l'école d'autant plus indiscuté qu'il se trouve légitimé par la sociologie d'Etat qui domine aujourd'hui la discipline.

  • Le sport est la forme par excellence de l'incorporation du social. Les enquêtes présentées dans ce livre revisitent la notion d'espace des sports pensée comme un champ de possibles variable suivant les époques et les lieux afin de montrer, selon trois entrées, comment le social entre dans les corps. Une première approche s'attache au travail par lequel les institutions comme l'École, l'État, l'Église ou la médecine ont codé les sports pour y imposer leurs visions du monde.

    L'attention se porte ensuite sur les clubs dits « de loisirs », au sein desquels les pratiques corporelles donnent sens à l'intériorisation des normes sociales. Une dernière voie d'analyse opère un déplacement d'objet, en comparant cinq nations européennes dont les définitions de l'excellence sportive cristallisent, dans le corps même des athlètes, des héritages politiques contrastés.

    Ces enquêtes présentées dans ce livre conduisent à interroger l'universalisme du sport que l'on peut tenir comme un fait, mais qu'il faut aussi considérer comme un marquage symbolique opéré par les organismes supranationaux. Le paradoxe est que les luttes ouvertes entre les formes d'universalisme sportif se fondent sur des interprétations conflictuelles des règles internes qui font justement la singularité du sport.

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