Minuit

  • " Ce qui circule entre les chercheurs et les non-spécialistes, ou même entre une science et les spécialistes des autres sciences, ce sont, au mieux, les résultats, mais jamais les opérations. On n'entre jamais dans les cuisines de la science. " Ce sont ces secrets de métier, ces recettes de fabrication, ces tours de main, que Pierre Bourdieu tente de livrer ici. En regroupant l'ensemble des réponses qu'il a faites, dans des exposés, des interventions orales ou des interviews, aux principales questions que pose la sociologie, il livre sous la forme à la fois directe et nuancée que permet le discours oral, des réflexions sur la méthode et sur les concepts fondamentaux de sa sociologie (champ, habitus, capital, investissement, etc.), sur les problèmes épistémologiques et philosophiques que pose la science sociale, en même temps que des analyses nouvelles sur la culture et la politique, la grève et le syndicalisme, le sport et la littérature, la mode et la vie artistique, le langage et la musique. En donnant accès au travail sociologique en train de se faire, il invite le lecteur non à s'identifier à une " pensée " toute pensée mais à se rendre maître d'une méthode de pensée.

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  • L'érotisme

    Georges Bataille

    Les êtres qui se reproduisent, les êtres reproduits, sont des êtres distincts entre eux, séparés par un abîme, une fascinante discontinuité. Mais, individus mourant isolément dans une aventure inintelligible, nous gardons la nostalgie de la continuité perdue. L'activité sexuelle de reproduction, dont l'érotisme est une des formes humaines, nous la fait retrouver ; au moment où les cellules reproductrices s'unissent, une continuité s'établit entre elles pour former un nouvel être à partir de leur mort.
    C'est aussi par la mort, la mort violente, que cet effort de libération s'est manifesté dès l'origine des activités de l'homme. Mais le désir de meurtre met en cause toute l'organisation de communautés fondées sur le travail et la raison. D'où la naissance d'interdits, à quoi s'oppose, ou plutôt s'ajoute, en un dépassement nécessaire, leur propre transgression. Guerre et chasse rejoignent ici l'inceste ou l'orgie sacrée...

  • Cet ouvrage présente la synthèse théorique de recherches dont le livre les héritiers, en 1964, marquait la première étape.
    A partir de travaux empiriques sur le rapport pédagogique, sur l'usage lettré ou mondain de la langue et de la culture universitaires et sur les effets économiques et symboliques de l'examen et du diplôme, se construit comme une théorie générale des actions de violence symbolique et des conditions sociales de la dissimulation de cette violence. en explicitant les conditions sociales du rapport d'imposition symbolique, cette théorie définit les limites méthodologiques des analyses qui, sous l'influence cumulée de la linguistique, de la cybernétique et de la psychanalyse, tendent à réduire les rapports sociaux à de purs rapports symboliques.
    L'école produit des illusions dont les effets sont loin d'être illusoires : ainsi, l'illusion de l'indépendance et de la neutralité scolaires est au principe de la contribution la plus spécifique que l'ecole apporte à la reproduction de l'ordre établi. par suite, essayer de mettre au jour les lois selon lesquelles elle reproduit la structure de la distribution du capital culturel, c'est non seulement se donner les moyens de comprendre complètement les contradictions qui affectent aujourd'hui les systèmes d'enseignement, mais encore contribuer à une théorie de la pratique qui, constituant les agents comme produits de structures, reproducteurs des structures, échappe aussi bien au subjectivisme de la liberté qu'à l'objectivisme pan-structuraliste.

  • Rencontres fortuites, échanges de paroles, de regards, de coups, de mimiques, de mots, actions et réactions, stratégies furtives et rapides, combats ignorés de ceux-là mêmes qui se les livrent avec l'acharnement le plus vif, telle est la matière première qui constitue l'objet, inhabituel, de la présentation de soi.
    Pour ordonner ces miettes de vie sociale - résiduelles pour la sociologie canonique qui les néglige - sur lesquelles il concentre l'attention la plus minutieuse, goffman prend le parti de soumettre à l'épreuve de l'explicitation méthodique une intuition du sens commun : le monde est un théâtre. le vocabulaire dramaturgique lui fournit les mots à partir desquels il construit le système des concepts propre à abstraire de la substance des interactions quotidiennes, extérieurement dissemblables, les formes constantes qui leur confèrent stabilité, régularité et sens.
    Ce faisant, goffman élabore dès la présentation de soi, son premier livre, les instruments conceptuels et techniques à partir desquels s'engendre une des oeuvres les plus fécondes de la sociologie contemporaine et qui sont peut-être aussi au principe de la constitution des catégories fondamentales d'une nouvelle école de pensée : en rompant avec le positivisme de la sociologie quantitative en sa forme routinisée et en s'accordant pour tâche de réaliser une ethnographie de la vie quotidienne dans nos sociétés, la présentation de soi peut être tenu pour un des ouvrages qui sont au fondement du courant interactionniste et, plus généralement, de la nouvelle sociologie américaine.

  • Les caractéristiques des institutions totalitaires.
    La carrière morale du malade mental. la vie clandestine d'une institution totalitaire. les hôpitaux psychiatriques et le schéma médical-type.

  • Cet ouvrage représente l'aboutissement d'une recherche constante dans l'oeuvre de goffman : décrire de façon quasi grammaticale ce qui constitue l'étoffe de la société (de toute société), les rapports entre les gens.
    De même que la phrase : " auriez-vous du feu ? " obéit à des règles grammaticales strictes que le locuteur est obligé d'appliquer s'il veut se faire comprendre (et qu'il applique sans y penser) de même les comportements " interpersonnels " alors manifestés (façon de s'approcher, mouvements réciproques du regard, forme de l'adresse - " vous ", " monsieur ", etc.) sont régis par des règles rituelles auxquelles il faut se conformer si l'on ne veut pas choquer.
    Il y a pourtant une différence, que goffman souligne à plusieurs reprises : si les règles linguistiques forment une grammaire, les règles rituelles constituent un " ordre ". et l'ordre social, à la différence d'une grammaire, n'est pas au-delà de l'éthique, car il n'est pas simplement un code fonctionnel, mais il traduit aussi des rapports de domination et de profit. il s'ensuit que " mal " se comporter à une tout autre dimension que " mal " parler (au sens de faire des " fautes " de syntaxe).
    C'est cette dimension proprement politique du comportement inter-individuel qui se découvre progressivement au long des sept articles qui composent le livre et qui se complètent en un cheminement du plus simple au plus complexe, du plus extérieur au plus intériorisé.

  • Contribution à la discussion internationale sur la question de la légitimité : qu'est-ce qui permet aujourd'hui de dire qu'une loi est juste, un énoncé vrai ? Il y a eu les grands récits, l'émancipation du citoyen, la réalisation de l'Esprit, la société sans classes. L'âge moderne y recourait pour légitimer ou critiquer ses savoirs et ses actes. L'homme postmoderne n'y croit plus. Les décideurs lui offrent pour perspective l'accroissement de la puissance et la pacification par la transparence communicationnelle. Mais il sait que le savoir quand à devient marchandise informationnelle est une source de profits et un moyen de décider et de contrôler. Où réside la légitimité, après les récits ? Dans la meilleure opérativité du système ? C'est un critère technologique, il ne permet pas de juger du vrai et du juste. Dans le consensus ? Mais l'invention se fait dans le dissentiment. Pourquoi pas dans ce dernier ? La société qui vient relève moins d'une anthropologie newtonienne (comme le structuralisme ou la théorie des systèmes) et plus d'une pragmatique des particules langagières. Le savoir postmoderne n'est pas seulement l'instrument des pouvoirs : il raffine notre sensibilité aux différences et renforce notre capacité de supporter l'incommensurable. Lui-même ne trouve pas sa raison dans l'homologie des experts, mais dans la paralogie des inventeurs. Et maintenant : une légitimation du lien social, une société juste, est-elle praticable selon un paradoxe analogue ? En quoi consiste celui-ci ?

  • L'accès aux trésors artistiques est à la fois ouvert à tous et interdit en fait au plus grand nombre.
    Qu'est-ce qui sépare des autres ceux qui sépare des autres qui fréquentent les musées ? les amoureux de l'art vivent leur amour comme affranchi des conditions et des conditionnements. ne fallait-il pas qu'ils fussent prédisposés à recevoir la grâce pour aller à sa rencontre et pour l'accueillir ? pourtant, le musée est un des lieux oú l'on ressent le plus vivement le poids des obligations mondaines : la pratique obligée peut-elle conduire à la vraie délectation ou bien le plaisir cultivé est-il irrémédiablement maqué par l'impureté de ses origines ? chaque visiteur des musées est enclin à suspecter la sincérité des autres : mais ne trahit-il pas par là qu'il sait que son amour doit aux arguments de la raison et à la force de la coutume autant qu'à l'inspiration du coeur ?
    Ce livre essaie d'apporter à la question des réponses sociologiques, c'est-à-dire à la fois logiques et empiriques.
    Sans craindre de manquer au bon goût, il prétend soumettre le bon goût à la rigueur de l'examen scientifique. en mettant en évidence les conditions sociales de l'accession à la pratique cultivée, il fait voir que la culture n'est pas un privilège de nature mais qu'il faudrait et qu'il suffirait que tous possèdent les moyens d'en prendre possession pour qu'elle appartienne à tous.
    La présente édition est augmentée des résultats des enquêtes menées dans cinq pays européens : l'espagne, la grèce, l'italie, les pays-bas, la pologne.

  • Pierre Bourdieu veut montrer que l'anthropologie ne peut s'accomplir comme science qu'à condition de prendre aussi pour objet les actes et les instruments de la pratique scientifique et, plus précisément, le rapport que le chercheur entretient avec son objet. C'est ce qu'il montre très concrètement en rappelant l'itinéraire qui l'a conduit à des recherches dites ethnologiques sur la civilisation Kabyle aux recherches dites sociologiques sur les aspects les plus divers de notre société, en passant par différentes études sur la société béarnaise dont il est originaire.
    Ce que nous appelons pensée « primitive », « prélogique » ou « sauvage », n'est autre chose que la logique pratique à la fois commode et tournée vers l'action, à laquelle nous avons recours chaque jour, dans nos actions et nos jugements sur les autres et le monde. Parce que la logique logique, qui s'est construite contre les logiques pratiques, est un peu notre point d'honneur intellectuel, nous nous refusons à voir ce qu'est la logique réelle de notre action, jamais complètement logique, jamais complètement illogique. Il suffit de décrire cette logique, de l'objectiver, de la mettre sur le papier, pour apercevoir que le primitif, c'est nous ; que nous n'agissons pas autrement lorsque nous classons des hommes politiques, ou des mobiliers, ou des peintres, que les « primitifs », lorsque pour mettre de l'ordre dans leur monde, ils mettent en oeuvre des principes classificatoires comme masculin et féminin, sec et humide, haut et bas ou est et ouest.
    Nous supportons avec beaucoup d'impatience les analyses des sociologues lorsqu'ils décrivent nos conduites dans le langage de la règle (en France, lorsqu'on est reçu à dîner, il faut apporter des fleurs en nombre impair) ou du rituel (en France, les femmes se marient en robe blanche, symbole de pureté). Pourtant nous ne voyons rien à redire lorsque les ethnologues emploient ce langage pour parler des peuples dits primitifs : et cela, tout particulièrement, lorsqu'il s'agit de mariage ou de rituel. C'est cette discordance que Pierre Bourdieu interroge, demandant pourquoi nous sommes spontanément objectivistes lorsqu'il s'agit des autres et pourquoi nous revendiquons pour nous-mêmes et nous seuls le privilège de la liberté et de la subjectivité. Les Béarnais (d'autrefois) ou les Kabyles, lorsqu'ils choisissent leur conjoint, n'obéissent pas plus à une règle que les Parisiens d'aujourd'hui. Et Pierre Bourdieu se moque de ceux qui, à force de parler de « mariage préférentiel » avec la cousine croisée ou la cousine parallèle, finiront un jour par démontrer, de préférence mathématiquement, que deux cousines parallèles à une même troisième sont parallèles entre elles.
    Critiquer la notion de règle ou de coutume ou de droit et toutes les notions équivalentes, qui n'expliquent jamais rien, puisqu'il faut encore expliquer pourquoi on obéit à la règle, à la coutume ou au droit plutôt que de lui désobéir, ce n'est pas abandonner les pratiques à l'inexplicable. Il suffit de se placer au point de vue de la pratique, qui est celui des acteurs, pour savoir que les pratiques ont pour principe, non des règles, mais des stratégies ; et que ces stratégies ne sont pas livrées au hasard. Comme aux cartes, elles dépendent - on le voit bien dans le cas du mariage - de la donne (capital possédé, nombre d'enfants à marier, etc.) et de l'art de jouer. La même chose est vraie dans le cas des pratiques rituelles qui ne sont ni des séquences insensées d'actes sans queue ni tête, ni les actes inspirés d'une liturgie mystique, ni les opérations logiques d'une sorte d'inconscient calculateur (comme chez Lévi-Strauss), mais des séquences pratiques d'actes orientés par un sens analogique, un «démon de l'analogie» comme dit Mallarmé, qui est caractéristique d'une société déterminée et qui nous fait par exemple apercevoir une affinité immédiate entre la femme et la lune. Le mouvement qui conduit de la règle à la stratégie est le même qui mène de la pensée « prélogique » ou « sauvage » au corps géomètre, « corps conducteur » tout entier traversé par la nécessité du monde social. - « Je crois que j'ai fait une découverte théologique », dit Charlie Brown, le héros de la bande dessinée de Schulz. - « Laquelle ? » - « Si on tient les mains tournées vers le bas, upside down, on obtient le contraire de ce pour quoi on prie. » La pratique rituelle, comme la plupart des pratiques, est une gymnastique symbolique, dans laquelle le corps pense pour nous.
    Une véritable compréhension des pratiques autres ou propres suppose un double travail : il s'agit d'objectiver les structures objectives ou incorporées, ce qui suppose une mise à distance, fondée sur l'emploi de techniques d'objectivation. Une science sociale vraiment rigoureuse suppose ce double mouvement, qui conduit au-delà de l'objectivisme, moment inévitable (symbolisé en ethnologie par l'oeuvre de Lévi-Strauss) et du subjectivisme (représenté sous une forme limite par la phénoménologie « sartrienne ») : objectiver les structures objectives (par exemple, les régularités statistiques des pratiques) ou incorporées (par exemple, les catégories sociales de perception, comme brillant / terne, distingué / vulgaire, etc.) mais aussi objectiver l'objectivation, c'est-à-dire les opérations qui rendent possible l'accès à cette « vérité objective » et le point de vue à partir duquel elles s'opèrent. Et découvrir ainsi qu'il y a une objectivité du subjectif, que la représentation que les acteurs se font de leur pratique et que le chercheur, armé de ses instruments d'objectivation (statistique, observation, etc.) doit détruire pour saisir les structures objectives, fait encore partie de l'objectivité. Les illusions collectives ne sont pas illusoires et les mécanismes les plus fondamentaux tels ceux de l'économie, ne pourraient fonctionner sans le soutien de la croyance qui est au principe de l'adhésion accordée aux jeux sociaux et à leurs enjeux.
    Pierre Bourdieu nous donne ici une théorie de l'action qui n'est pas à elle-même sa fin mais qui est la condition d'une interprétation adéquate des pratiques : et cela aussi bien de celles que privilégie d'ordinaire l'ethnologie, comme le mariage et le rituel, que de celles qui retiennent plutôt l'attention du sociologue, comme les conduites économiques ou les pratiques culturelles. Ce qui revient à réintégrer les disciplines séparées dans l'unité d'une anthropologie.

    ----- Table des matières ----- Préface Livre 1. Critique de la raison théorique : Avant-propos - Chapitre 1. Objectiver l'objectivation - Chapitre 2. L'anthropologie imaginaire du subjectivisme - Chapitre 3. Structures, habitus, pratiques - Chapitre 4. La croyance et le corps - Chapitre 5. La logique de la pratique - Chapitre 6. L'action du temps - Chapitre 7. Le capital symbolique - Chapitre 8. Les modes de domination - Chapitre 9. L'objectivité du subjectif Livre 2. Logiques pratiques : Avant-propos - Chapitre 1. La terre et les stratégies matrimoniales - Chapitre 2. Les usages sociaux de la parenté : L'état de la question. Les fonctions des relations et le fondement des groupes. L'ordinaire et l'extra-ordinaire. Stratégies matrimoniales et reproduction sociale - Chapitre 3. Le démon de l'analogie : La formule génératrice. La partition fondamentale. Seuils et passages. La transgression déniée. Transferts de schèmes et homologies. Le bon usage de l'indétermination Annexe. La maison ou le monde renversé Bibliographie - Index

  • Pour parler aujourd'hui non des puissants, comme certaine histoire, ou du pouvoir, comme certaine philosophie, mais des jeux sociaux, les champs, où se produisent les différents enjeux de pouvoir et les différents atouts, les capitaux, nécessaires pour y triompher, il faut mobiliser toutes les ressources de la statistique, de la théorie anthropologique et de l'histoire sociale. Comment s'est constituée la configuration singulière de pouvoirs, intellectuels, politiques, bureaucratiques, économiques, qui domine les sociétés contemporaines ? Comment ces pouvoirs, notamment ceux qui s'autorisent de l'autorité conférée par l'École, obtiennent-ils notre reconnaissance ? Qu'est-ce que la compétence dont se réclament les technocraties ? Le travail de consécration qu'accomplit l'institution scolaire, notamment à travers les grandes écoles, s'observe dans l'histoire, à des variantes près, toutes les fois qu'il s'agit de produire une noblesse ; et les groupes socialement reconnus, en particulier les grands corps, qui en sont le produit, fonctionnent selon une logique tout à fait semblable à celle des divisions d'Ancien Régime, nobles et roturiers, grande et petite noblesse. La noblesse d'État qui dispose d'une panoplie sans précédent de pouvoirs, économiques, bureaucratiques et même intellectuels, et de titres propres à justifier son privilège, titre d'écoles, titres de propriété et titres de noblesse, est l'héritière structurale - et parfois généalogique - de la noblesse de robe qui, pour se construire comme telle, contre d'autres espèces de pouvoirs, a dû construire l'État moderne, et tous les mythes républicains, méritocratie, école libératrice, service public.
    Grâce à une écriture qui alterne l'humour de la distance avec la rigueur du raisonnement statistique ou de la construction théorique, Pierre Bourdieu propose une réalisation accomplie d'une anthropologie totale, capable de surmonter l'opposition entre l'art et la science, l'évocation et l'explication, la description qui fait voir et le modèle qui fait comprendre. Déchirant l'écran des évidences qui protègent le monde familier contre la connaissance, il dévoile les secrets de la magie sociale qui se cache dans les opérations les plus ordinaires de l'existence quotidienne, comme l'octroi d'un titre scolaire ou d'un certificat médical, la nomination d'un fonctionnaire ou l'institution d'une grille des salaires.

    ----- Table des matières ----- Prologue : Structures sociales et structures mentales Première partie :
    Les formes scolaires de classification Chapitre 1 : Pensée dualiste et conciliation des contraires. La discipline des esprits - Le privilège de l'aisance - Academica mediocritas.
    Chapitre 2 : Méconnaissance et violence symbolique. Une machine cognitive - Le jugement des pairs et la morale universitaire - L'espace des vertus possibles.
    Annexes : 1. L'origine sociale des lauréats du concours général (1966-1986) - 2. Élection et sursélection - 3. Quelques thèmes marquants de deux dissertations couronnées - 4. Quatre portraits de lauréats.

    Deuxième partie : L'ordination Chapitre 1 : La production d'une noblesse. Forcing et forçage - L'enfermement symbolique - Une organisation dualiste.
    Chapitre 2 : Un rite d'institution. Consacrer ceux qui se consacrent - L'ascèse et la conversion - Noblesse oblige.
    Chapitre 3 : Les ambiguïtés de la compétence.
    Annexe : Quelques documents sur la vie dans les classes préparatoires et les grandes écoles.

    Troisième partie :
    Le champ des grandes écoles et ses transformations Chapitre 1 : Un état de la structure. Le modèle - Grande porte et petite porte - L'espace des grandes écoles : une structure chiasmatique - Une matrice de préférences - Positions, dispositions et prises de position - L'esprit de corps - Dévoyés et fourvoyés.
    Chapitre 2 : Une histoire structurale. Variations et invariants structuraux - Les guerres de palais - Voies détournées et écoles refuges.
    Annexes : 1. Le discours de célébration - 2. La méthode - 3. Les principales données statistiques sur les plus grandes écoles - 4. L'aveuglement.

    Quatrième partie :
    Le champ du pouvoir et ses transformations Chapitre 1 : Les pouvoirs et leur reproduction. La structure du champ du pouvoir - Les stratégies de reproduction - Le mode de reproduction familial - Le mode de reproduction à composante scolaire - La gestion familiale de l'école.
    Chapitre 2 : Écoles du pouvoir et pouvoir sur l'économie. Patrons d'État et patrons familiaux - « La noblesse de la classe bourgeoise » - L'« élite » - Le sens de l'évolution - Le privilège des robins.
    Chapitre 3 : Les transformations du champ du pouvoir.
    Annexes : 1. Le champ du pouvoir économique en 1972 (analyse des correspondances) -2. Positions dans le champ et prises de position politiques - 3. Une journée ordinaire d'un homme de relations - 4. Affinités électives, liaisons institutionnalisées et circulation de l'information - 5. Ambroise Roux « désamorce la bombe Riboud » Cinquième partie :
    Pouvoir d'État et pouvoir sur l'État La magie d'État - Les robins et l'invention d'État - L'allongement des circuits de légitimation.

  • Au cours des années soixante-dix, deux systèmes de représentations ont paru dominer le champ médico-psychologique : celui d'une psychiatrie sociale qui, s'arrachant au ghetto asilaire, allait épouser enfin son siècle ; celui d'une psychanalyse qui proposait un modèle indépassable d'exploration du sujet.
    Pendant que ces débats bruyants occupaient le devant de la scène, de nouvelles technologies s'installaient et prenaient date. Que nous entrions, d'une certaine manière, dans l'après-psychiatrie et dans l'après-psychanalyse ne signifie évidemment pas que les pratiques qu'elles inspirent encore soient périmées ou dépassées. Mais elles sont entrées en crise, leur systématicité se fissure, l'imaginaire qui les supportait s'affaisse, et leur apport est désormais banalisé au sein d'une nouvelle configuration qu'elles ont cessé de maîtriser. La psychiatrie rentre dans le giron de la médecine et la psychanalyse se noie au sein d'une culture psychologique généralisée qu'elle a contribué à promouvoir.
    Un réseau beaucoup plus complexe d'activités d'expertises, d'évaluations, d'assignations et de distribution des populations, mais aussi de travail sur la normalité est maintenant à décrire. Il représente une nouvelle formule de gestion du social organisé autour d'un pôle centralisé de prévention des risques et d'un pôle apparemment convivial de prise en charge des fragilités. À la limite, un couple fonctionnel informatisation-psychologisation. L'ordre post-disciplinaire qu'il dessine passe moins par l'imposition des contraintes que par la programmation de l'efficience. Une subjectivité travaillée par les nouvelles psycho-technologies n'a plus d'autre objectif que sa propre culture et se trouve de ce fait disponible pour toutes les planifications technocratiques. C'est sans doute le nouveau plan de gouvernementalité néo-libéral qui se dessine ainsi.

  • L'héritage pragmatique a consigné notre expérience dans un univers stratifié, fait de multiples réalités.
    Chacune nous impose sa perspective ou son schéma, son cadre. une séquence quelconque de notre expérience ordinaire, une épreuve décisive ou une expérimentation - tout comme une fiction dramatique, une répétition, un rite ou un jeu - sont naturellement et socialement cadrées. c'est ainsi que nous savons comprendre ce qui se passe dans une situation et raconter ce qui nous est arrivé. c'est ce à quoi nous employons le plus clair de notre temps, dans nos conversations quotidiennes et dans nos débats publics.
    Loin de se contenter d'une distinction des domaines d'activité selon leur nature et le cadre qui leur " conviendrait ", et loin d'accorder à l'acteur le pouvoir de construire ses situations, goffman, fidèle spectateur et inlassable observateur de nos impostures, s'acharne à explorer les défaillances et les troubles de l'engagement qui fondent la richesse d'un monde toujours en suspens sur la vulnérabilité de notre expérience.
    Face à toutes les figures sociales de l'imposteur - le malin génie des cadres - notre attention se schématise et nous apprenons à réparer : ancrage de l'activité, justifications, narrations. et dans cette création continuée du lien social, la dramaturgie du monde s'enrichit d'une strate de plus, quitte à contraindre le malin génie à se montrer toujours plus compétent.

  • Erving Goffman a passé sa vie à s'approcher du langage. Avoir consacré son oeuvre à écrire la grammaire de nos comportements quotidiens le menait inévitablement à étudier ces comportements qu'on dit linguistiques. Expression fautive qui laisse croire qu'il ne s'agit que de faire en disant. On fait autant avec des silences, des exclamations, des onomatopées. Surtout, et c'est là peut-être l'apport essentiel de Goffman ici, il faut échapper à cette régression à l'infini qui captive le linguiste : que le langage toujours répond au langage, que le signifié toujours présuppose un autre signifié, toute sortie barrée vers le dehors des mots. Il n'en est rien. Ainsi, une réponse, verbale ou non, suppose moins une question préalable qu'elle ne permet, parfois, de reconstruire quelque chose comme un possible objet de référence, ou bien on parle tout seul, et le soliloque qui ne suit rien est encore une façon de traiter une situation sociale ; ou l'on fait une conférence sur un sujet quelconque, y compris l'art des conférences, et ce qu'on dit vraiment, c'est que le monde existe et qu'il est cohérent puisqu'on peut en parier. Enfin, si l'unique condition de félicité qui légitime les échanges est que l'autre ne soit pas fou, et si l'on est prêt à tout invoquer pour éviter de conclure qu'il l'est, ne s'ensuit-il pas que la moindre parole peut, à l'occasion, présupposer toutes choses au monde, et les plus improbables ? Jamais Goffman n'avait poussé aussi loin sa réflexion sur nos actes. Que celui-ci doive rester son dernier livre est un grand regret ; qu'il ait pu nous le laisser, une consolation.

  • Le sociologue peut-il comprendre objectivement le monde même dans lequel il est pris ? epreuve redoutable, à laquelle se soumet l'auteur de ce livre sur le monde universitaire français.
    Pour échapper aux objectivations partielles de la polémique, il faut appréhender le monde universitaire comme un champ dans lequel s'affrontent plusieurs pouvoirs spécifiques, correspondant à des trajectoires sociales et scolaires et aussi à des productions culturelles irréductibles, sinon incompatibles. et mettre toutes les techniques d'objectivation disponibles au service de la construction de l'espace des positions universitaires - et des " espèces " correspondantes de l'homo academicus.
    Cet espace, c'est-à-dire la structure de la distribution des différentes espèces du pouvoir, est en effet au principe des prises de position intellectuelles ou politiques des universitaires aussi bien en période d'équilibre qu'en temps de crise, et notamment en mai 1968.

  • Le problème particulier de la catégorie des cadres posé à la sociologie est celui-là même de son existence : qu'y a-t-il en effet de commun entre un grand patron parisien issu de la vieille bourgeoisie et sorti d'une grande ecole, un ancien ouvrier devenu chef d'atelier, un représentant de commerce, un ingénieur de recherche de l'aérospatiale passé par le cnrs ? chacun peut prétendre au titre de cadre.
    Pourtant presque tout les distingue : les diplômes, les revenus, l'origine sociale, le type d'activité professionnelle et jusqu'au genre de vie et aux opinions politiques. ainsi, on ne peut dire de ce groupe qu'il existe comme une substance, ni même comme un ensemble homogène défini par l'association du semblable au semblable. mais on ne peut pas dire non plus qu'il n'existe pas : de quelle science souveraine le sociologue pourrait-il s'autoriser pour constater la réalité d'un principe d'identité dans lequel se reconnaissent les agents sociaux ?
    Pour sortir du cercle oú s'enferment les débats sans fin sur la " position de classe " des cadres, il faut prendre pour objet la conjoncture historique dans laquelle le groupe s'est constitué.
    Commençant avec la crise de 1936, son histoire sera étroitement mêlée à celle des luttes sociales et politiques qui accompagnent la reconversion de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie traditionnelles. pourtant, le regroupement des cadres n'est pas un simple résultat d'une fatalité économique ou technique. il a réclamé la mise en oeuvre de multiples technologies sociales de mobilisation, d'identification et de classement.
    Et c'est au terme d'un immense travail collectif que le groupe s'est incarné dans ses institutions et a fini par faire reconnaître son existence comme fondée de toute éternité, dans la nature des choses.

  • La famille, agent naturel de reproduction de l'ordre établi ? C'était sûrement le cas sous l'Ancien Régime quand le père de famille recevait la garantie effective de son pouvoir par le souverain auquel il assurait en retour l'obéissance de ses sujets.
    Mais dès le milieu du XVIIIe siècle, cet équilibre se défait. Quand la richesse, donc la puissance, devient affaire de production et non plus de dépense, de pillage, il faut économiser les corps et gérer les populations, donc intervenir sur la famille. C'est le rôle de la police, entendu alors dans une acception infiniment plus large que son actuelle version répressive : une science du bonheur au service de la puissance nationale.
    Au XIXe siècle, elle prendra les multiples visages de la philantropie : le paternalisme dans les entreprises, la moralisation par l'épargne, l'hygiénisation par la médecine. Toutes pratiques qui confluent en début du XXe siècle dans la fabrication du secteur dit social. Et de ce social, la famille constitue l'épicentre. D'un côté, elle est la cible des entreprises hygiénistes qui déstabilisent l'autorité patriarcale pour pouvoir y perfuser les normes assurant
    conservation, qualité et disponibilité sociale des individus. D'un autre côté, elle est point d'appui pour une moralisation des relations par l'épargne, l'éducation et la sexualisation.
    On comprendra le succès de la psychanalyse par sa capacité opérationnelle sur cette nouvelle disposition du rapport famille-société. Sa pertinence aux yeux aussi bien des individus que des familles et des institutions tiendra dans un discours permettant d'introduire un principe de circularité entre l'ambition familiale et les exigences normatives des appareils sociaux, donc une méthode qui permet à la fois de faire sortir l'individu de la famille et de l'y renvoyer. Entre le juridique et la norme, Freud établit un instrument de régularisation contemporain et homologue de celui de Keynes entre le « social » et l'économique.

  • Le nom de basil berstein est si fortement associé à la notion du handicap linguistique des enfants des classes populaires que la plupart des discussions développées autour de son oeuvre méconnaissent la richesse de ses développements théoriques, la cohérence et la complexité de ses analyses.
    Le livre présenté ici réunit une série de textes qui jalonnent un itinéraire théorique : études empiriques qui sont des exemples d'opérationalisation sans sacrifices théoriques, élaborations théoriques visant à approfondir et à généraliser la thèse en soumettant les premiers concepts à des rectifications progressives.
    Les re-formulations successives de la théorie, les développements de la recherche empirique tendent à poser toujours plus précisément le problème essentiel, celui de l'intériorisation de l'ordre social par l'intermédiaire des formes de langage définies comme " codes socio-linguistiques ".
    Les analyses de berstein, reprenant et soumettant à l'épreuve empirique les analyses de cassirer, sapir et whorf sur la fonction constituante du langage, les thèses de durkheim sur la relation entre structure sociale et structures logiques, font éclater les limites conventionnelles de la psychologie, de la sociologie, de la linguistique, pour relier le social au logique et au psychologique.

  • Nous avons découvert, avec erving goffman (1922-1982), combien la vie sociale est une scène : image inversée de l'institution, son drame c'est de n'être jamais totale mais morcelée.
    Comédie de la disponibilité ou chorégraphie des attentions rituelles, la scène est congestionnée. les questions qui l'agitent, nos histoires sociales fondamentales - comment inviter ? comment saluer ? comment réparer une offense ou apaiser un échec ? - concernent les conditions de félicité de nos actes, les définitions partagées de l'acceptable, le traitement normal, civil ou moral, de ces " objets de valeur ultime " que sont nos visages.
    Les lectures de goffman réunies ici explorent l'art du sociologue comme metteur en scène, son inlassable étonnement devant l'étendue de nos vulnérabilités comme devant les ressources qu'elles nous procurent pour savoir ce qui peut ou non le dire, dans quel contexte et avec quelle pertinence.

  • Comment le Van Gogh mort en 1890 est-il devenu le Van Gogh célébré en 1990 ? Comment un individu nommé Vincent Van Gogh a-t-il été peu à peu constitué en héros - singularisé par la comparaison, grandi par l'admiration et, enfin, sanctifié par la célébration ? Comment les moments de sa biographie sont-ils devenus motifs légendaires - anecdotes tout d'abord, puis vérités historiques et, finalement, lieux communs ?
    Où l'on découvrira comment ses oeuvres, immédiatement après sa mort, ont été quasi unanimement, reconnues par la critique ; et comment malgré cela sa vie, une génération plus tard, a été transformée en légende hagiographique, bâtie sur le motif de l'incompréhension : motif dont il faudra comprendre la fonction dans cette mythologie du sacrifice et de la faute qui, incarnée en ce nouveau paradigme de l'artiste, organise aujourd'hui les formes les plus religieuses d'investissement sur l'art. Mais il faudra comprendre également pourquoi ce phénomène n'est pas simplement réductible à une « sacralisation » de l'artiste - pas plus d'ailleurs que l'inflation monétaire des oeuvres ne l'est à une « irrationalité » économique ; et pourquoi les manifestations les plus populaires de l'admiration pour les grands singuliers suscitent la réprobation savante dans un monde lettré qui, à l'opposé, tend à s'en démarquer. Ce sera l'occasion, enfin, de s'interroger sur la nature de l'admiration, et sur les fonctions assignées à la singularité : autant de questions soulevées, au-delà du cas Van Gogh, par ce style fondamental de notre société moderne, mais aussi peu analysé qu'il nous est, cependant, familier.

  • Le sociologue, le psychosociologue, le thérapeute, l'éducateur semblent avoir des fonctions précises : révéler l'action sociale, aider les groupes à fonctionner, soigner les malades, former les jeunes.
    Mais on peut considérer ces différents métiers " sociaux " sous un angle radicalement nouveau : ce qu'ont en commun ces spécialistes, en tant que professionnels inscrits dans la division du travail, c'est qu'ils interviennent dans telle institution, à la demande de telle institution, au nom de l'ensemble des institutions, et de leur garantie politique - l'etat.
    Intervenir se dit à propos d'un tiers qui vient au milieu d'une contestation.
    Pour arbitrer ? la fonction du sociologue ou du pédagogue n'est pourtant pas celle d'un juge ou celle d'un prossesseur du code social. pour appuyer de tout son pouvoir l'une des parties en cause ? le psychologue, le thérapeute, etc. , ne sont pas exactement des policiers. alors ?
    Ce qui est proposé ici, c'est une méthode d'intervention en situation consistant à analyser les rapports que les multiples parties en présence dans le jeu social entretiennent avec le système manifeste et caché des institutions.
    Une autre originalité de la méthode réside dans le fait que l'analyste ne se situe plus à l'extérieur des groupes, collectivités, organisations qui lui demandent d'intervenir, mais comme impliqué lui aussi dans le réseau d'institutions qui lui donne la parole.

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