Croquant

  • L'ouvrage vise à éclairer la notion « d'intersectionnalité » (également qualifiée de « sainte trinité » genre, « race » et classe) qui polarise aujourd'hui le monde universitaire mais aussi le débat politique en France. S'éloignant des incompréhensibles querelles de chapelle, il utilise une entrée triplement originale : la sociologie des mouvements sociaux, c'est-à-dire la pratique ; l'Amérique Latine, terre des plus puissants de ces mouvements sociaux ; avec une profondeur historique de 40 ans, qui contredit l'idée d'une nouveauté radicale de cette approche mais permet de mieux en saisir l'importance théorique et politique.
    « Lutter » analyse successivement la participation des femmes dans la guérilla salvadorienne des années 80, celle des femmes Indiennes dans le mouvement zapatiste au Mexique depuis 1994, les propositions du mouvement des femmes Noires aux Etats-Unis puis au Brésil, et enfin la synthèse des revendications féministes, anti-racistes et anti-capitalistes qu'ont élaboré certains courants du féminisme latino-américain. L'analyse des liens entre l'appartenance à différents groupes dominés et la subjectivation politique apporte des pistes pour la France : quelles manières de s'organiser plus « inclusives » permettent-elles de définir des intérêts réellement communs et de créer « un monde où tous les mondes aient leur place », selon la belle formule du mouvement zapatiste ?

  • Ce livre veut rendre visible ce qui se passe dans les coulisses d´un grand service public, La Poste, du point de vue de ceux qui y travaillent. Il souhaite ainsi aider à comprendre, au travers et au-delà du cas de La Poste et des facteurs, quels sont les liens entre la dégradation des services publics et la dégradation des conditions de travail et des métiers de ceux qui les font fonctionner et montrer combien les enjeux de la qualité du travail et ceux de la qualité de la vie sociale sont solidaires. En faisant ce détour par les coulisses de la distribution du courrier et des colis, nous souhaitons alimenter la réflexion et le débat citoyens tant sur l´avenir des services publics que sur le sort fait aux travailleurs du secteur public. Si ces deux enjeux sont bien indissociables, alors des convergences entre usagers et salariés sont à la fois nécessaires et possibles.

  • La notion de "mépris de classe" est souvent utilisée désigner la disqualification politique ou sociale que subissent certaines fractions de classes dominées : "sans-dents", "salariées illettrées", "fainéants", syndicalistes "voyous"... Au-delà de la dénonciation morale de l'ethnocentrisme de classe du dominant, la sociologie a-t-elle quelque chose à en dire ? A distance du moralisme, le pari de cet ouvrage consiste à évaluer la notion, sur la base d'enquêtes minutieuses.
    Cet ouvrage met en évidence l'ampleur et la variété des formes d'expression contemporaines du mépris de classe, en fonction du contexte considéré et des fractions de classes en présence. C'est bien souvent le monde du travail qui lui donne sens, lorsque des frontières établies sont remises en question et qu'il faut réaffirmer une hiérarchie. De façon générale, c'est lorsqu'un dominant se sent en danger qu'il rompt, par le mépris de classe, avec l'euphémisation usuelle de l'ordre des choses.

  • Au début du 21e siècle, le capitalisme cognitif néolibéral a fait de la reproduction de la vie biologique et sociale son « coeur de métier », de l'individu conçu comme entreprise un sujet sommé d'être autonome et de la concurrence un principe régulateur de la société. Le salariat se transforme, le travail mute. Accélérée par les technologies digitales, la métamorphose du travail et des relations de travail génère des « zones grises » entre le travail salarié et le travail indépendant classiques. Une multitude de nouvelles figures précaires du travail émergent dans ces zones, des figures doubles, en tension entre l'autonomie et l'hétéronomie. Autonomie contrainte et concurrence par la coopération sont les oxymores de la société du travail née des noces du capitalisme cognitif et du néolibéralisme.

    Pourtant, c'est dans ces zones grises que des stratégies originales de résistance s'inventent. Il ne s'agit pas seulement de dire « non » à la raison néolibérale, il s'agit d'affirmer positivement, de manière pragmatique, par l'expérimentation politique et sociale, des formes économiques diverses. Plus précisément, un système de protection sociale mutualiste et une entreprise coopérative « sans patrons ».

    Chercheuse impliquée, spécialiste des mutations du travail, des métamorphoses du salariat et de l'essor d'expérimenta­tions socio-politiques originales, notamment dans le champ de l'éco­nomie sociale et solidaire, Antonella Corsani a accompagné ces mouvements inédits pendant plu­sieurs années en France. Ces histoires de résistance attestent une tension permanente vers la liberté comme autono­mie véritable, dans un contexte où l'autonomie individuelle est, en quelque sorte, prescrite. Les collectifs de travail qu'elle a observées in situ désirent la mutualisation et la coopération. Leur but est d'accroître l'autonomie réelle de chacun·e et du groupe par l'interdépen­dance. Et des chemins de la liberté de s'ouvrir ainsi, à ­tâtons.

  • Le capitalisme a toujours transformé les sociétés et su utiliser une partie de la science pour ce faire- comme le disait Marx le capi- talisme est révolutionnaire par nature- mais ce qui est nouveau c'est, aujourd'hui, la capacité d'intervention d'un niveau très supé- rieur- en partie grâce aux sciences humaines et sociales d'ailleurs- qu'a pu acquérir un capitalisme néolibéral devenu capable de transformer les institutions pour asseoir une structure sociale assurant la pérennité de sa domination économique et symbolique et d'enrôler la science pour atteindre cet objectif. Ce livre traite notamment des effets du néolibéralisme sur les institutions étatiques qui jusqu'alors tempéraient la violence du capitalisme, de ses effets sur les mécanismes de reproduction sociale qui jusqu'alors étaient bridés, de ses effets, enfin, sur l'univers symbolique où se développent de nouvelles conceptions de l'individu et du monde social. Il aborde les effets du néolibéralisme sur la science en général et les sciences sociales en particulier.
    Dans ces conditions, dans l'univers culturel, la science, sous toutes ses formes (de la plus appliquée- informatique, robotique- aux plus fondamentales- biologie par exemple, de la plus discursive à la plus mathématisée) est enrôlée au service du capital et devient la force productive la plus importante : tout laisse penser, ce dont l'ampleur des réformes de l'université dans tous les pays euro- péens témoigne, que le centre de gravité de la production de la plus-value se déplace des chaînes de montage vers les bureaux d'études et de recherche alors que, dans un univers médiatique de morgue et de mépris pour les mobilisations collectives de salariés, s'affirme un discours intellectuel « anti- marxiste flamboyant » comme le disait l'historien britannique Eric Hobsbawm.

  • Après trois guerres en dix ans, la Bande de Gaza survit dans une situation de précarité socio- économique aggravée depuis douze ans par un sévère blocus qui affecte le mouvement des personnes et des biens. L'impossibilité de sortir de la Bande de Gaza, force les familles « à se débrouiller » dans des situations parfois dramatiques. De l'extérieur, on se demande jusqu'à quand Gaza tiendra sans tomber dans le désordre civil, et comment après cinquante ans d'occupation et de blocus israéliens, les Gaziotes continuent à faire société, à maintenir malgré tout une organisation civique : faible émigration, délinquance limitée, maintien des liens sociaux. Plus encore Gaza fait preuve de dynamisme économique : inventivité, investissements immobiliers, développement de l'entreprenariat. Cependant, depuis la dernière offensive de 2014, des signes inquiétants se manifestent : augmentation de la consommation de drogue, violences familiales, syndromes dépressifs avec suicides, projets de départ chez les jeunes adultes. Serait-on arrivé au point de basculement ?
    Dans nos entretiens de terrain, les Gaziotes, hommes et femmes, expliquent certains défis par une forme de démobilisation, le chômage, le danger constant, l'absence d'avenir. Ils ont généralement recours aux ressources qui restent précaires, aux mécanismes de survie en réduisant les dépenses et c'est la femme qui en revendique la responsabilité. La capacité de résistance à ce que les Gaziotes nomment la situation, alors que le conflit s'éternise, tient dans le concept de résilience, aussi changeant soit-il, pour décrire l'endurance et le maintien de la vie sociale.
    La Bande n'a pas le statut officiel de prison. À de rares exceptions près, il est impossible d'y entrer et d'en sortir. Elle est pourtant la plus grande prison du monde à ciel ouvert, entourée de murs et de clôtures électriques, expression d'une volonté délibérée de séparer, d'enfermer, d'exclure, de punir toute une société. Ce ne peut être un hasard si l'exclusion territoriale de Gaza est consécutive des premières colonies. Les Israéliens ont créé des routes privées et des barrages dans le but fallacieux de protéger les colons. Ils ont ensuite édifié un mur dans lequel les lieux de passage sélectionnent sévèrement les Gaziotes qui le franchissent. La séparation et l'exclusion ont progressivement aggravé les contraintes physiques. Une géographie politique a été conçue, sous prétexte de sécurité, sur le principe de la séparation.
    Alors quel est le mobile de cette résistance militante que l'on a nommée résilience ? Par les entretiens qui ont été conduits puis par le suivi téléphonique maintenu depuis 2016, s'impose le paradoxe, quel que soit le statut social, du refus de quitter Gaza. L'enracinement dépasse le politique, le sumud, et le sentiment de résistance. Un tel refus se fonde sur la certitude d'un avenir meilleur. Nombreux sont ceux qui pourraient refaire leur vie ailleurs, mais l'idée n'a pour eux pas de sens. Alors, quel est le ressort de cette volonté, que nous appelons résilience, qui s'exprime par l'intensité des liens familiaux, une gestion serrée de l'économie domestique, une créativité dans l'utilisation des ressources disponibles. La question a soutenu toute l'enquête. La réponse qui se dessine serait une force morale liée à une fidélité communautaire envers un pays qu'ils savent fondamentalement le leur, dont le mot loyauté donnerait le meilleur sens.

  • L´ouvrage propose une perspective compréhensive sur les phénomènes dits de terrorisme ou de radicalisation politique, lorsque la violence est mise en oeuvre au nom de projets de contre-société ou d´émancipation. Il apporte un éclairage nouveau sur les mouvements révolutionnaires, « terroristes » et antisystème contemporains, en France, Italie, Allemagne, pays basque. Les organisations clandestines étudiées dans ces quatre pays proposent une critique du système légitime en place, une interprétation de la violence de ce dernier et de la façon dont elle est vécue. L´étude des représentations et des répertoires de légitimation, qui sous-tendent ces mouvements, à partir de sources primaires, c´est-à-dire émanant des acteurs eux-mêmes - plutôt que de la presse ou de sources judiciaires - autorise une lecture critique de la thèse faisant de la violence politique le fruit de la frustration relative.

  • Pour les auteurs du Métier de sociologue, la « construction d´objet » occupait une place centrale mais un peu mystérieuse : en substance, la science doit rompre avec le sens commun, voir les choses autrement en posant des questions inédites. Ce recueil permet à plusieurs chercheur.e.s d´élucider cette opération en montrant à travers leur propres recherches (action publique, politique, sport, délinquance, protection de l´enfance, langage, religion, art, consommation.) que le travail scientifique ne se réduit pas à l´accumulation d´informations sur un domaine. Ils tentent de comprendre en quoi et avec quoi ces recherches ont impliqué une « rupture ».

  • Pourquoi les migrations sous la contrainte? Pourquoi les discriminations dont migrantes et migrants sont les victimes ? Quels enjeux politiques et humains à l'émergence de cette nouvelle catégorie ? Quels critères aux exclusions frappant exilées et exilés ?
    Cet ensemble de contributions entend fournir différents éclairages autant sur les causes des migrations forcées que sur leurs conséquences en termes de discrimination et de négation des droits : droits de la personne, droits sociaux.
    Poussés à l'exil par les effets d'une mondialisation économique et financière d'ordre néocolonial, les migrantes et migrants tentant de trouver une refuge dans un pays de l'UE sont soumis à une triple sélection :
    -par le voyage plus qu'aléatoire auquel elles et ils sont contraints, -par l'enregistrement aux frontières de l'UE dans les centre de tri que sont les « hotspots », -enfin par la menace constante d'expulsion dans le pays qui devrait les accueillir; et cela indépendamment de leur pays d'origine, indépendamment de la détention de papiers d'identité reconnus ou non.
    La catégorie du migrant se définit donc par la négative, par l'illégalité du séjour sur un territoire défini par ses frontières nationales. Quels que soient son origine, sa langue, sa culture, sa religion, son statut social, l'exilée, l'exilé cherchant en Europe un refuge et une nouvelle dignité sont condamnés à l'invisibilité, au rejet, à l'expulsion, quand ce n'est pas à la disparition dans le trajet migratoire.
    L'absence de statut, la négation de toute identité condamne migrantes et migrants à des conditions de vie plus que précaires, à des violences policières et à des pressions psychiques qui contribuent à détruire leur humanité. Il s'agit de s'interroger autant sur les raisons de ces discriminations que sur les usages politiques dont elles sont le prétexte. Il s'agit de proposer des voies non seulement pour une autre politique migratoire, mais aussi pour changer le système qui produit les migrations contraintes. dont exilés et exilées sont l'objet dans les pays détenant le pouvoir économique et financier. Leurs propositions engagent autant à l'action humanitaire qu'à l'action politique à l'égard de ces victimes du nouvel ordre mondial.

  • Le procès des Sciences Humaines et Sociales (SHS) semble avoir été rouvert à l'occasion des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, quand plusieurs déclarations publiques ont dénoncé la " culture de l'excuse " qui serait implicite aux tentatives d'explication ou de compréhension du djihadisme portées par ces disciplines. Quelles sont les distinctions à opérer entre comprendre, expliquer, justifier et excuser ? L'explication est-elle du même registre que la compréhension ? Les causes dissolvent-elles les raisons ? La compréhension exclut-elle le jugement moral ou politique ? Faut-il ou non considérer que les explications apportées par les sciences sociales puissent, à l'image des savoirs psychiatriques, constituer des " circonstances atténuantes " dont les juges, et la société plus largement, auraient à tenir compte ? Et comment situer cette condamnation de la " culture de l'excuse " dans l'histoire plus large des usages politiques des théories des SHS ?

  • Cet ouvrage collectif s'inscrit dans l'effort mené au sein de la communauté universitaire et du mouvement syndical pour rendre compte du déclin du syndicalisme en Europe occidentale comme en Amérique du nord depuis les années 1970. Plus spécifiquement, il s'agit de comprendre le rôle joué par les idées antisyndicales dans cette évolution, depuis la construction de répertoires d'arguments, lesquels sont ensuite articulés, mobilisés et diffusés sous la forme de discours, jusqu'à leur traduction pratique sous la forme de dispositifs. Afin de mieux saisir les différents aspects de l'offensive antisyndicale, il est important, d'une part, d'examiner le programme antisyndical qui se déploie dans le cadre de l'imposition des politiques néolibérales mises en oeuvre à partir des années 1980 et, d'autre part, d'ancrer cette étude dans l'histoire de l'hostilité des classes dirigeantes à l'égard de l'organisation collective des travailleurs depuis l'émergence des syndicats.
    À cet effet, l'ouvrage croise les perspectives sur les idées antisyndicales et leur développement historique en s'appuyant sur les exemples de trois pays. La France, la Grande-Bretagne et les États-Unis sont caractérisés par des différences profondes aussi bien en ce qui concerne leurs structures économiques, l'histoire de leurs mouvements ouvriers respectifs ou encore leurs institutions de régulation des relations professionnelles. Des trois pays, la France est par exemple le seul où il existe un droit de grève inscrit dans la constitution, ce qui n'est pas le cas aux États-Unis ou en Grande-Bretagne. Cependant, et tout en soulignant les singularités des discours et dispositifs antisyndicaux qui se déploient dans des contextes nationaux hétérogènes, cet appui sur trois terrains fait également apparaître des convergences qui révèlent les grandes lignes d'un programme antisyndical néolibéral transnational.
    Afin de restituer leur profondeur historique aux discours et aux dispositifs antisyndicaux, cet ouvrage est divisé en trois sections chronologiques. Une telle attention portée à l'histoire des idées antisyndicales permet de penser la révolution néolibérale des années 1980 moins comme une rupture inattendue que comme le produit d'un long travail de construction discursive et de mobilisation des classes dirigeantes.

  • Les informations pléthoriques et dérégulées découragent toute controverse et dévalorisent les notions mêmes de vérité et de connaissance objective de notre monde commun.

    Cette connaissance reste d'autant plus indispensable que nous nous trouvons à l'échelle planétaire face à de multiples dangers politiques, sanitaires et environnementaux, notamment une évolution climatique aussi complexe qu'imprévisible.

    Or, du lobbying généralisé qui fabrique du mensonge à dessein pour semer le doute à la « foutaise » qui prétend n'importe quoi (Trump ne ment pas, il se fout de la vérité), l'ère de la post-vérité revêt de multiples facettes détaillées dans cet ouvrage.

    Né d'une table ronde organisée par l'association Sciences Citoyennes, ce livre dépasse un cadre disciplinaire strict et bénéficie d'une pluralité de points de vue. Il dépasse le stade des constats pour éclairer le phénomène de la prétendue « post-vérité » dans un domaine où l'idée de vérité partagée est essentielle : celui des sciences.

    Il explore plusieurs pistes pour démocratiser la connaissance scientifique et la pensée critique à l'heure où la précarisation de l'information redouble la précarité économique de bon nombre de citoyens qui exigent à juste titre de n'être plus des intermittents de la vie politique.

  • En juin 2007, la France s'engage sur la voie d'une nouvelle « révolution libérale » sous l'égide de Nicolas Sarkozy. L'Europe ambitionne alors de devenir rapidement « l'économie la plus dynamique et la plus compétitive du monde ».

    L'auteur, à travers ses éditoriaux de la revue Savoir/Agir, a tenu la chronique des conjonctures économiques et politiques qui ont caractérisé au fil des jours cette période de bouleversements, dont il propose une lecture à la fois sociologique et engagée.

  • L'ouvrage est une synthèse très complète de recherches menées sur les démonstrations publiques. L'auteur considère ces dernières comme un « fait social total », ce qui lui permet de ne pas hiérarchiser les types de démonstrations sur lesquelles portent ses analyses. Il en résulte un traitement sociologique de pratiques très variées (des démonstrateurs de la Foire de Paris aux gamers, des performances d'art contemporain à la formation des visiteurs médicaux aux États-Unis du 20e siècle). Le livre constitue ainsi un matériau riche, présenté avec soin et qui vient à l'appui d'une démarche bien détaillée pour le-la lecteur-trice.
    Le livre vise un public cultivé élargi, intéressé par les questions de mobilisation publique, de pratiques démonstratives... Mais l'auteur ne porte pas uniquement son regard sur le moment performatif ; il explore les coulisses (les concepteurs, les démonstrateurs, les démontrés...), la temporalité élargie (l'avant et l'après), les récitatifs (la formation des scripts, les aléas de la scénarisation...), les contre-démonstrations (c'est-à-dire les tentatives de reconfigurer une démonstration qui vient affronter celle qui se déroule)...
    La structure de l'ouvrage (7 chapitres) reflète les choix méthodologiques : après l'effort de définition des concepts utilisés, c'est l'extension et la densification de la notion de « démo » qui sont proposées aux lecteurs-trices.
    Les exemples mobilisées (issus des terrains de Claude Rosental, des études produites par d'autres sur le sujet ainsi que de cas historiques bien spécifiques) donnent un grain analytique appréciable (les situations ne sont pas juste évoquées en passant) en même temps qu'ils permettent de toujours considérer les démos dans la diversité de leurs formes (l'auteur parvient à varier les angles pour ne pas qu'émerge un secteur plus propice que d'autres à sa démonstration).

  • Depuis une décennie, enseignant·es, publics, citoyen·nes, sont confronté·es à une avalanche de réformes à base économiste et technocratique, qui, à défaut de légitimité, sont souvent imposées par la force. Il devient urgent de résister à cette « culture de la violence » instituée sous différentes formes, ainsi qu'à la sélection sociale qui en est la motivation et qui conduit au sacrifice des nouvelles générations.
    À l'heure de la mondialisation, l'émergence d'un « capitalisme cognitif » discrimine les savoirs en fonction de leur degré de rentabilité,. La progression d'un nationalisme xénophobe entrave l'élaboration d'une culture commune. Cet ouvrage a été rédigé par une équipe interdisciplinaire et intersyndicale. Ses membres exercent dans diverses villes, Lille, Marseille, Nantes, Paris, Rennes, Toulouse. Ils sont universitaires, ou responsables dans l'enseignement, l'inspection, la protection des personnels.

  • " sportifs en danger " ? la formule peut surprendre au regard des fortunes amassées par les champions les plus connus.
    Ils font pourtant figures d'exception. la plupart de ceux qui sacrifient leur vie à la pratique compétitive sont confrontés, en effet, à l'insécurité permanente. mais, plus que l'incertitude des résultats, c'est le refus de les considérer comme des travailleurs à part entière qui crée les conditions de leur précarité. les dirigeants fédéraux contribuent à cette situation en encensant les vertus du sport amateur et désintéressé.
    Dénonçant les dérives de l'argent, ils appréhendent les athlètes dans une vision paternaliste, fermée à l'idée même de travail sportif. a l'inverse, ceux qui s'efforcent de promouvoir et de vendre le sport comme un spectacle déplorent le conservatisme des fédérations et participent, sous couvert de modernité, à l'instauration de pratiques libérales. pris dans l'alternative " paternalisme/libéralisme ", les sportifs font figure de prolétaires de la performance.
    Tant qu'ils ne parviendront pas à faire reconnaître collectivement leurs conditions de travail spécifiques, ils devront supporter seuls les risques d'une carrière courte et aléatoire.

  • Dans cet ouvrage, Patrick Vassort montre combien l'institution sportive est devenue le modèle de la compétition névrotique de notre société.
    Derrière un discours sur les valeurs positives, la fraternité ou l'amitié, le sport développe ou ne fait que renforcer les formes les moins acceptables de la domination. C'est la force opiacée du sport, sa capacité à construire au sein du processus de production corporel et idéologique une fausse conscience, un appareil stratégique capitaliste qui refoule la réalité et produit les formes symboliques les plus dangereuses, qui sont montrées ici.
    Les thèmes choisis, les exemples révélés, ne visent pas à évoquer une pratique sportive particulière ou un événement singulier. Ils permettent de mieux comprendre l'institution sportive mais, également, la société capitaliste dans sa dimension la plus faussement festive. C'est en parcourant la réalité de la quotidienneté - du niveau amateur le plus commun aux sportifs de haut niveau les mieux reconnus - que l'auteur démontre que l'idéologie sportive forme, déforme et manipule toutes les conditions du vivre-là-ensemble et impose une lutte de tous contre tous, incessante, violente, insensée, impensée.
    De la violence physique de la pratique jusqu'aux violences sexuelles en passant par les addictions aux drogues et les liens mafieux : soyez les bienvenus dans le monde du sport.

  • Bourdieu a souvent insisté sur l'importance de l'étape algérienne dans la formation de sa pensée sociologique.
    C'est en algérie qu'il est passé de la philosophie aux sciences sociales, c'est là qu'il a réalisé ses premières recherches et écrit ses premiers livres, c'est de l'algérie que date son engagement politique. la référence à l'algérie accompagnera toute son oeuvre et la kabylie jouera un rôle fondamental dans l'élaboration de la théorie de la pratique et du concept d'habitus : bourdieu y aurait trouvé, en effet, un modèle de société traditionnelle auquel le concept d'habitus - ensemble réduit de schèmes transférables aux différents contextes de la pratique - serait parfaitement adapté.
    Mais au regard des autres écrits de bourdieu sur l'algérie, les etudes d'ethnologie kabyle occupent une position paradoxale. en effet, depuis sociologie de l'algérie l'objet fondamental de l'analyse est une société en transformation et dans travail et travailleurs en algérie et le déracinement, la kabylie est l'exemple même d'une société en mutation, pénétrée par les rapports capitalistes et la modernité.
    Or, ultérieurement, la référence à l'algérie se limitera à la kabylie, pour y jouer un rôle opposé : celui de la société traditionnelle. bourdieu a dit qu'il avait construit sa théorie de la pratique à partir de l'exemple kabyle. ne serait-ce pas plutôt l'inverse ? pour analyser les origines de la théorie de l'habitus, l'auteur étudie la formation de la pensée de bourdieu, depuis sociologie de l'algérie jusqu'aux trois études d'ethnologie kabyle et restitue la genèse de quelques-uns de ses apports théoriques majeurs mais aussi de quelques-unes de ses contradictions.
    Si, comme l'affirmait bourdieu, la meilleure arme épistémologique du sociologue est la sociologie de la sociologie, ce livre qui analyse l'oeuvre de bourdieu avec ses propres outils, loin de l'apologie ou de l'agression - qui semblent malheureusement inévitables dans le champ sociologique français -, rend compte des lignes de force et des conditions de production à l'origine de sa théorie de la pratique et, en particulier, de sa théorie de l'habitus.

  • Peut-on avoir confiance dans la qualité des repas servis dans les cantines scolaires, les restaurants d'entreprise ou les maisons de re- traite ? Que deviennent les savoir-faire des cuisiniers dans un contexte d'industrialisation croissante ?
    Les dirigeants des très grandes entreprises dominant le secteur de la restauration collective ont découvert de nouvelles recettes pour tirer profit d'un service considéré en partie encore comme social.
    Ces transformations sont vécues différemment par les salariés (employés de service, cuisiniers, dans leur majorité) qui y voient une menace pour la reconnaissance de leurs compétences et de leurs qualifications et les cadres, qui se heurtent aux limites de leur pou- voir d'action.
    Au-delà de la restauration collective, s'esquisse une «économie des usages», signe d'un changement de régime pour le capitalisme ?

    Pour comprendre ce qui se joue dans les évolutions de la restauration collective survenues depuis une quarantaine d'années, l'auteure explore les transformations d'une très grande entreprise dominante du secteur. En examinant tout à la fois les mécanismes écono- miques de création de la valeur et les transformations du travail salarié dans une double perspective de sociologie économique et de sociologie du travail, l'ouvrage interroge plus largement les mutations du capitalisme.
    Les dirigeants de l'entreprise, par des politiques et des outils de gestion, cherchent à accroître la maîtrise des usages du service et re- nouvellent ainsi les mécanismes de calcul du profit qui ne résident plus seulement dans la fabrication des repas.
    Les différentes formes d'industrialisation de la production ont pour effet un moindre recours aux savoir-faire traditionnels des cuisi- niers par endroits en même temps que s'ouvrent, pour des employés moins qualifiés, des possibilités de se voir reconnaître des compé- tences commerciales.
    SODIS : 7592775 L'enquête dévoile également les ressorts et les limites du pouvoir économique des cadres gestionnaires grâce à des observations di- rectes de leur activité de travail. A les suivre dans les réunions de travail avec leurs gérants et dans les rendez-vous avec leurs clients, on découvre les faces cachées du « management » et du « relationnel client » et la manière dont les cadres contribuent aux résultats économiques de l'entreprise.
    Ces incursions dans l'univers concret du travail, tant dans les restaurants qu'auprès des cadres, montrent à quel point l'activité est fa- çonnée par les arrangements avec les collectivités clientes et soulignent ainsi les limites des outils de gestion qui prescrivent pourtant la réalisation du service dans une visée de complétude.

  • Comme stupéfiants, les drogues représentent un chiffre d'affaire mondial de 243 milliards d'euros, S'il s'agissait du PIB d'un pays, il le placerait au 21ème rang économique mondial, juste derrière la Suède.
    L'objet est d'interroger la manière dont les drogues travaillent l'ordre social et comment celui-ci façonne en retour leurs productions, leurs circulations et leurs usages. Au-delà de considérations pathologisantes, il cherche à analyser la construction des catégories d'entendement du phénomène stupéfiant, dans ses représentations sociales et ses croyances. Il s'agit d'interroger la façon dont les drogues produisent des ordonnancements du monde, dans ses versants économiques bien sûr, mais aussi dans ses versants sociaux. Les approches tant historiques, sociologiques, juridiques qu'économiques et sanitaires seront mises à contribution, en embrassant un champ géographique vaste allant de l'Asie aux Amériques en passant par l'Europe.

  • Le 1er février 2008, les caissières d'un hypermarché du sud de la France ont décidé de se mettre en grève pour demander une prime exceptionnelle de 250 euros, le passage à temps complet des salariées employées à temps partiel contraint et l'augmentation des tickets-restaurant de 3,05 à 5 euros.
    En dépit de l'inexpérience militante de la grande majorité d'entre elles, la grève a été reconduite tous les matins pendant 16 jours. Cette enquête sur le quotidien d'un hypermarché, les conditions de travail, mais aussi les relations professionnelles, les aspirations et les déceptions de ces caissières, tente de montrer comment cette mobilisation, improbable au regard de leurs caractéristiques sociales, a été possible.
    Pourquoi sur les 75 000 personnes employées en France dans des hypermarchés, ces employées-là se sont-elles mobilisées, et pourquoi à ce moment-là ? Montrer quelles sont les conditions de la révolte, comment naît et se propage un jugement d'injustice, pourquoi ce qui était perçu comme supportable finit par ne plus l'être : tels sont les objectifs de cette enquête conduite dans un secteur exemplaire du triple mouvement de précarisation, de tertiarisation et de féminisation du marché de l'emploi contemporain.

  • 1/ Cet ouvrage devrait connaître une vaste audience dépassant largement le cercle des sociologues de l'art et de la culture car il porte sur un genre musical qui recrute essentiellement son public au sein des catégories cultivées et qui compte de nombreux amateurs et spécialistes parmi les enseignants et les cher- cheurs. En outre, l'auteur assure un cours de « Sociologie de l'art et de la culture » en troisième année de licence à l'Université de Poitiers et prévoit de pres- crire son ouvrage (environ 50 étudiants).
    2/ Un cadre théorique original transposable à d'autres domaines artistiques et qui, en s'appuyant sur différentes traditions de recherches sur le goût en sciences sociales, vise à dépasser les oppositions entre production et réception des oeuvres, approche quantitative des pratiques culturelles et approche qua- litative du rapport à l'art, goût collectif et goût individuel.
    3/ Une vaste enquête qui articule différentes méthodes et échelles d'observation : socio-histoire du goût, analyse statistique des publics, ethnographie du goût à partir de l'observation de lieux de concerts et de groupes d'amateurs et, enfin, entretiens visant à reconstituer la trajectoire sociale et l'itinéraire du goût des amateurs.
    4/ Une analyse fondée sur la maîtrise des travaux de sciences sociales sur l'art et la culture, francophones comme anglophones, et qui se situe ainsi au coeur des débats scientifiques les plus actuels dans ce domaine.
    5/ Le premier ouvrage sociologique consacré au jazz en France (celui de Philippe Coulangeon, Les musiciens de jazz en France, L'Harmattan, 1999) était exclusivement consacré aux musiciens tandis que le mien traite du goût pour cette musique. Le livre d'Olivier Roueff et de Denis Constant-martin (La France du jazz, Musique, modernité et identité dans la première moitié du XXe siècle, Parenthèses, 2002) ne concerne que la première moitié du XXè siècle. Enfin, celui d'Olivier Roueff (Jazz, les échelles du plaisir, La Dispute, 2013) porte principalement sur l'histoire du jazz en France.

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