Gremese

  • Spielberg est capable d'impliquer émotionnellement le public, qu'il soit en train de tourner l'aventure vécue par un groupe de jeunes gens, une poursuite dramatique ou la plus sombre des scènes de guerre. Le réalisateur utilise toujours une série de techniques qui rendent le cadrage parfaitement clair et fait naître des émotions intenses chez le spectateur. Ce volume révèle les secrets des techniques fondamentales utilisées par Spielberg et montre comment, avec quelques mouvements de la caméra et des positions bien définies, un film peut résulter empreint d'étonnement, de frissons et d'émotion.

  • Arrivant à la mise en scène après une intense et véhémente activité de critique dans les pages des "Cahiers du Cinéma", François Truffaut réalise en 1959 son premier long métrage : Les 400 Coups. Ce film ouvre la voie au mouvement de la "Nouvelle Vague" et marque la consécration internationale de son auteur.

    Tout sur François Truffaut retrace intégralement l'oeuvre du réalisateur à travers la combinaison originale de perspectives offertes par deux auteurs de nationalités différentes. Film par film, le Français Jean Collet et l'Italien Oreste De Fornari reconstituent les thèmes et le style de l'oeuvre de Truffaut, des histoires romanesques d'amour et de mort (Jules et Jim, Les Deux Anglaises, La Femme d'à côté, L'Histoire d'Adèle H.) aux films noirs marbrés de rose (La Mariée était en noir, Vivement dimanche !) ; de l'hommage au métier de cinéaste (La Nuit américaine) au cycle des "Antoine Doinel", alter ego du cinéaste (Les 400 Coups, Baisers volés...). Le commentaire des auteurs est contrebalancé non seulement par les opinions des critiques internationaux exprimées au moment de la sortie en salle, mais aussi par la voix de Truffaut lui-même : ses mots, sélectionnés et recueillis à partir des nombreuses interviews données au fil des ans, éclairent chaque film de sa lumière la plus authentique, révélant ses inspirations et ses intentions d'auteur.

    La présentation des films est accompagnée d'une large section de textes d'introduction et de contributions finales (dont un rare article de Truffaut à ses débuts, jusqu'alors jamais publié dans un ouvrage), et est enrichie d'un catalogue iconographique inédit avec des centaines de photogrammes tirés des films.

    Pour l'ensemble de ces raisons, le livre de Collet et De Fornari constitue une extraordinaire porte d'entrée sur l'oeuvre du réalisateur français, qui est, encore aujourd'hui, le plus apprécié et le plus étudié au monde.

  • Le perfectionnisme et la magnificence de la mise en scène, l'idée du spectacle absolu, une distribution artistique d'un niveau inégalable, le culte de l'excès, parfois de la complaisance : Le Guépard est le chef-d'oeuvre de Luchino Visconti et un des films les plus importants du cinéma italien, qui n'a jamais réalisé aucune autre oeuvre aussi grandiose et ambitieuse avec des capitaux presqu'exclusivement nationaux. Tiré du best-seller éponyme de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, Palme d'Or au Festival de Cannes, Longtemps champion du box-office, Le Guépard a vu le jour dans le climat d'optimisme et d'euphorie du soi-disant "miracle économique italien", lorsque le producteur Goffredo Lombardo imagina qu'il pourrait partir à l'assaut du ciel en défiant les grandes productions hollywoodiennes. Il réussira, mais cela causera la faillite de la Titanus.

    Le film est une anthologie de scènes extraordinaires, de la récitation du rosaire dans la demeure des Salina au début, lorsque la prière est interrompue par les alertes qui annoncent déjà le crépuscule d'une époque, à la bataille sanglante dans les rues de Palerme entre les Garibaldiens et l'armée des Bourbons, jusqu'au grand bal final, véritable film dans le film, où l'aristocratie célèbre la fuite du danger révolutionnaire. C'est surtout de ces exemples que traite cet ouvrage, imaginant des lecteurs/spectateurs incités à voir ou à revoir un film qui, par sa somptuosité et sa modernité, est encore capable de susciter de vives émotions et de sincères surprises.

  • En 1925 sort sur les écrans le premier long métrage mettant en vedette le personnage de Charlot produit par la United Artist. Grâce à La Ruée vers l'or, réalisé en toute indépendance, Chaplin renoue avec le succès et marque l'histoire du cinéma mondial. Pour reprendre les mots de Georges Charensol, Chaplin donne, avec ce film, l'impulsion à l'apparition d'"oeuvres qui, sans lui, n'eussent point vu le jour" (Panorama du cinéma). Ce film apparaît alors comme le parfait résumé de l'art de Chaplin et comme une pièce centrale de l'art cinématographique en général.

    L'opus que présente Karine Abadie propose d'examiner ce film qui montre, au-delà des aventures de Chariot dans les montagnes enneigées du Klondike et des nombreuses scènes d'anthologie qui ont marqué et marquent encore les spectateurs, une conquête de l'art cinématographique par un de ses plus inventifs représentants. En appréhendant La Ruée vers l'or du point de vue des discours, l'auteure rappelle le moment clef que constitue la sortie de ce film dans une histoire du cinéma qui est en train de se construire.

  • John Wayne

    Anton Giulio Mancino

    Fort, déterminé, taciturne, parfois rude, John Wayne a personnifié le parfait héros américain, et avec environ 200 films tournés en 50 ans de carrière, il a été l'un des plus durables porte-drapeaux cinématographiques des États-Unis. Pourtant, malgré sa renommée mondiale, l'Academy l'a toujours écarté pour ses idées farouchement conservatrices, ne lui décernant qu'un seul Oscar en 1970 pour Cent dollars pour un shérif.

    Dans cet ouvrage, Mancino reconstruit une large biographie artistique de l'acteur, qui se confond avec une fresque grandiose de l'Amérique du XXe siècle. De ses débuts à l'époque du cinéma muet (Tom, champion du stade, 1926) à La Chevauchée fantastique (1939), film décisif pour sa carrière, suivi de la Trilogie sur la cavalerie (Le Massacre de Fort Apache, La Charge héroïque et Rio Grande), La Prisonnière du désert (1956) et L'Homme qui tua Liberty Valance (1962), jusqu'aux rôles plus "modernes" comme dans Brannigan (1975), le récit de cette filmographie immense accompagne celui d'un pays divisé entre élans idéalistes et tradition conflictuelle, désirs de liberté et chasses aux sorcières névrotiques. Il en émerge le portrait d'un acteur qui, peut-être mieux que tout autre, a incarné avec tant de conviction les parts d'ombre et de lumière du mythe américain.

    Complété d'un très riche catalogue d'images tiré directement des photogrammes des films, cet ouvrage retrace l'aventure artistique légendaire du "Duc" d'Hollywood, la star bourrue et réactionnaire qui aimait dire au sujet de son travail : "Dans les films je joue John Wayne à chaque scène, peu importe le personnage, et je m'en sors bien, non ?".

  • Michael Cimino a été l'un des noms les plus célèbres du cinéma américain entre les années soixante-dix et quatre-vingts. Mais, à une ascension fulgurante, a succédé une chute tout aussi soudaine, tout cela en l'espace de quelques années, faisant de lui un miraculé, puis un paria. Voyage au bout de l'enfer a attiré l'attention du grand public et celui de l'Academy. qui l'a récompensé avec 5 Oscars, tandis que l'échec commercial de La Porte du paradis a été tellement considérable qu'il a servi à sanctionner symboliquement la fin d'une époque, valant à son auteur un ostracisme inflexible de la part des producteurs et accélérant la fin de sa carrière.

    Et pourtant Cimino incarnait une figure d'artiste très particulier, cultivé et visionnaire, perfectionniste jusqu'à la paranoïa, partisan d'un cinéma résultant d'une synthèse extrême entre l'emphase spectaculaire du Hollywood classique et une conception personnelle d'une très grande originalité. Excentrique et têtu. Cimino a failli parce que différent des grands noms de Hollywood : isolé et ambitieux, arrogant parce qu'orgueilleusement convaincu de ses propres capacités, obsessionnel jusqu'à friser la pathologie. Son cinéma, anachronique avec candeur, fait d'amples structures narratives et d'une direction maniaque des acteurs et des figurants, n'a jamais laissé indifférent mais a toujours provoqué d'âpres débats et polémiques, même pendant les quelques années de son grand succès international.

    Ce livre, enrichi de nombreuses illustrations et se terminant par une interview du réalisateur, jamais publiée, n'a pas pour objectif de revaloriser l'oeuvre d'un auteur qui aurait pu devenir immortel, mais qui a fini tristement aux oubliettes. Il tente, au contraire, une analyse soignée de son travail pour aller au-delà de l'anecdote et du scandale qui. à partir de La Porte du paradis, ont influencé l'objectivité de nombreux juges sur son cinéma et sur sa vie.

  • "L'histoire de Million Dollar Baby" , a déclaré Clint Eastwood en parlant de son film, "est une grande et belle histoire d'amour, l'histoire d'un père rejeté par sa fille qui détourne son affection sur une fille qu'il choisit comme sa nouvelle fille, et réciproquement". Une histoire d'affinités électives, de personnes qui se cherchent, se trouvent et forment ensemble une famille qui va au-delà des formes traditionnelles et des liens du sang. Une histoire de tendresse rugueuse qui se heurte à un destin tragique et moqueur et qui oblige l'amour, pour demeurer intact, à s'introduire dans la mort. Mais Million Dollar Baby, c'est aussi bien plus, une histoire de rédemption sociale ardemment désirée qui passe par un sport aussi dur et épuisant que la boxe. Une histoire de dévouement et de sacrifice, de volonté et de confiance, où Clint Eastwood affiche toutes ses rides sur un visage sévère, écran expressif à une affection refoulée et maltraitée, et où Hilary Swank nous émeut à chaque plan avec son sourire mélancolique et ses yeux tristes. Sans oublier la boxe, protagoniste elle aussi, car le film raconte les rings, les gymnases, les coups de poing, et la magie d'un rêve que, comme le dit Morgan Freeman, "personne ne voit sauf vous".

  • Le Dracula philologique qui, en 1992, a remis au goût du jour le mythe désormais exsangue des vampires, est une fresque baroque et fabuleuse, plus encore que les autres Dracula apparus sur grand écran. Mais malgré tout le sang qui y coule et qui poussa un certain nombre de spectateurs, durant les premières projections, à abandonner la salle, il ne s'agit pas d'un film d'horreur à proprement parler, mais plutôt d'une histoire d'amour fin de siècle. Et il représente, dans la vision de Coppola, le cinéma même, nocturne par vocation et physiologie, comme les vampires. Le réalisateur respecte le texte d'origine de Bram Stoker dans de nombreux détails même minimes, mais le renverse dans l'essentiel : en transformant la défense de la respectabilité et de la normalité victorienne en une exaltation romantique des transgressions, à commencer par la plus grande de toutes qui est l'amour. La véritable protagoniste de ce film à 40 millions de dollars, fortement voulu par l'actrice principale Winona Ryder, c'est elle, Mina ; et ce n'est pas un hasard si, dans ce livre, c'est une femme qui nous accompagne à l'intérieur du film pour partir à la découverte - ou à la redécouverte - de ses frissons, de ses terreurs et de ses charmes.

  • Tout sur Fellini

    Enrico Giacovelli

    Tout sur Fellini a pour ambition d'être, en cet anniversaire du centenaire de la naissance de celui qui est le réalisateur italien par excellence, la plus vaste et complète publication sur cet artiste et son cinéma. Il ne s'agit pas seulement d'une oeuvre unique en raison de ses dimensions monumentales, mais aussi d'une oeuvre très particulière, à la fois une encyclopédie et ouvrage collectif, extrêmement riche d'informations basiques (utiles pour ceux qui connaissent peu ou rien sur ce sujet) mais aussi d'approfondissements critiques (pour ceux qui sont déjà connaisseurs en la matière et qui voudraient la connaître mieux). Pour résumer, c'est à la fois un ouvrage de référence et de simple lecture, accompagné de centaines de photogrammes extraits directement des films du cinéaste et regroupés en fonction de leur thème.

  • Trois épisodes, trois scénarios courts de Pier Paolo Pasolini dont deux inédits en France : "Qu'est-ce-que c'est, les nuages ?" et "La Terre vue de la Lune", puis un troisième, "La Ricotta", présentée avec une nouvelle traduction. Le tout accompagné par certaines images originales des scènes dessinées par Pasolini lui-même.
    Trois scénarios très différents entre eux, mais tous traversés par une touche surréaliste et humoristique qui les rassemble et qui fait d'eux des véritable petits bijoux littéraires.

  • Dans son quatrième long métrage et demi, après six ans de silence, Quentin Tarantino dirige à sa façon, c'est-à-dire en rendant hommage à des dizaines et des dizaines de films d'autres réalisateurs qu'il cite, surtout de série B et surtout italiens et orientaux, une classique histoire de vengeance : presque un western, mais au féminin.

    Uma Thurman, qu'il a lui-même lancée dans Pulp Fiction, héroïne hautement spécialisée en arts martiaux, domine Le film, entourée de rivales très belles et très méchantes (Vivica A. Fox, Lucy Liu, Daryl Hannah) ; David Carradine est l'homme quelle poursuit, pas vraiment pour des raisons sentimentales. Le sang coule à flots, mais ce que tous, Les bons comme les méchants, essaient d'éviter, ce sont les armes à feu, inélégantes et peu sportives. Post-moderne, dangereux, violent, étouffant, mais très prenant, Kill Bill est un film double, dans tous les sens du terme, sur la prolifération de doubles, de simulacres, de rites de réappropriation, une oeuvre d'auteur déguisée en film de genre ; une bande dessinée que, peu à peu, on prend au sérieux, ou presque. Une chose est sûre, c'est désormais un film culte, et l'un des rares films de Tarantino que même Les non tarantiniens apprécient. Ce livre cherche passionnément à le raconter, à le montrer (grâce aussi à une riche iconographie), à le commenter, à l'expliquer.

  • Claude Chabrol

    Patrick Saffar

    Survenue en 2010, la disparition de Claude Chabrol a permis de jeter un regard rétrospectif sur une carrière particulièrement prolifique. Cet ouvrage a pour particularité de commenter chacun des 57 films de cinéma réalisés par l'auteur du Boucher, sans négliger pour autant sa production télévisuelle, encore largement méconnue. Cette démarche du "film après film" se veut être le reflet de celle de Chabrol lui-même, qui entendait, à l'instar de quelques-uns de ses auteurs de prédilection (Balzac, Simenon), édifier un "mur de briques", façonner une "mosaïque" propres à communiquer une "vision du monde", dont l'auteur du livre a voulu, dans une approche personnelle, montrer la cohérence aussi bien que le caractère foisonnant.

    Bien entendu, cette démarche ne néglige pas les approches transversales, à même de faire résonner en écho les films entre eux, en faisant ressortir ici un motif visuel (un "plan signature"), là une préoccupation d'ordre philosophique. À cet égard, les nombreuses illustrations de l'ouvrage, légendées avec précision par l'auteur, rendent encore plus éloquente cette approche à la fois analytique et synthétique. Si la production chabrolienne comprend son lot de titres improbables, voire ultra-mineurs, le livre présente l'originalité de chercher néanmoins à les resituer dans le puzzle d'ensemble. De même, les dernières oeuvres du cinéaste, un peu négligées par la critique française, font elles aussi ici l'objet d'une réévaluation.

    Ainsi, par-delà les diverses "périodes" de l'oeuvre de Claude Chabrol (période "Nouvelle Vague", période Génovès/Stéphane Audran...), est-ce un regard que le présent livre s'emploie à faire sentir, un regard assez unique fait de circonspection et de passion pour la nature humaine, d'interventionnisme et de désinvolture. Une fois la mosaïque patiemment reconstituée par l'auteur de l'ouvrage apparaît le portrait d'un artiste qui, à partir du confort apparent de son cinéma, de sa fluidité de plus en plus revendiquée, amène le spectateur à reconsidérer ses certitudes les mieux ancrées. Ce livre s'emploie ainsi à montrer comment Chabrol va jusqu'à questionner la capacité du langage à appréhender le réel, aussi bien que le caractère transparent de la représentation cinématographique. D'où la modernité toute paradoxale de cette oeuvre, que le présent ouvrage entend mettre en lumière.

  • En 1966, le monde connaît de grands bouleversements : la France tourne le dos à l'OTAN, la révolution culturelle débute en Chine, l'Argentine est confrontée à un coup d'État militaire... Cette même année, Gérard Oury réalise La Grande Vadrouille, sans mesurer alors que son film allait rencontrer un succès aussi phénoménal et quasi planétaire, imposant définitivement le burlesque à la française et deux acteurs de génie, André Bourvil et Louis de Funès, qui s'amusent à forcer les traits de leurs "caractères" à la manière de la commedia dell'arte.

    Entre farce et tragédie, un peu comme il le fera en 1973 avec Les Aventures de Rabbi Jacob, Gérard Oury raconte à sa façon une histoire de la Seconde Guerre mondiale et de la Résistance, qui fait se rencontrer deux personnages que tout oppose : un maestro de l'Opéra de Paris, caricature d'Herbert von Karajan et de Sergiu Celibidache, autoritaire et prétentieux, et un petit peintre en bâtiment, timide et modeste. Le film se déroule en 1942 alors qu'un avion anglais est abattu par les Allemands au-dessus de Paris. Les trois pilotes sautent en parachute et atterrissent dans différents lieux de la capitale. En les aidant à passer en zone libre, nos deux civils bien franchouillards vont devenir malgré eux des héros de la Résistance.

    Film haletant, plein de rebondissements et de facéties, La Grande Vadrouille, dont le titre ne va pas sans évoquer en creux le chef d'oeuvre de Jean Renoir, La Grande Illusion, parle aussi à sa façon de l'horreur de la guerre, mais sauve l'humanité par cette touche d'humour qui fait tout le sel de l'esprit du Schnorrer exprimant la force de l'humour juif qu'on avait vu à l'oeuvre dans Le Dictateur de Charlie Chaplin.

  • Petit livre formidable sur un maître de la narration visuelle, écrit par un brillant auteur de manuels pour le cinéma. Dave Watson, rédacteur : Movies Matter, davesaysmoviesmatter.com Lire ce livre, c'est comme s'asseoir dans un café pour bavarder ciné avec Quentin lui-même ! Forris Day Jr., auteur, critique, scaredstiffreviews.com Vous souvenez-vous de la scène mémorable de Kill Bill : Vol 1, dans laquelle Elle Driver est envoyée pour tuer La Mariée dans son lit d'hôpital ? Ou de la scène du braquage avec laquelle débute Pulp Fiction, ou encore du début de Inglourious Basterds, avec la visite de l'officier nazi dans la ferme où est cachée une famille juive ? Au-delà des dialogues, de la performance des acteurs et du scénario, ces moments-là, ainsi que d'autres du cinéma de Tarantino, illustrent parfaitement sa manière de filmer et Les artifices visuels auxquels le réalisateur a recours pour porter ses histoires : bien plus habile en ce sens que la majorité de ses contemporains, Tarantino sait comment utiliser les positions et les mouvements de la caméra pour transmettre au public des émotions telles que la tension, le sentiment du conflit ou d'une menace imminente, le pressentiment d'une violence explosive. En reprenant ainsi les mouvements de certaines des prises magistrales qui abondent dans le cinéma de Tarantino, Kenworthy examine en détail ces codes expressifs si particuliers, à la lumière desquels il déchiffre, un à un, tous les plans de chaque séquence sélectionnée, il explique les mécanismes psychologiques déclenchés chez le spectateur par les mouvements de la caméra et il identifie des règles générales à appliquer dans des situations similaires. Un véritable manuel pratique de réalisation que chaque cinéaste - même en herbe - pourra facilement mettre en application sur le terrain pour insuffler à son histoire le suspens visuel nécessaire.

  • Avant même le succès international (7 prix aux Golden Globes, 6 Oscars et plus de 400 millions de dollars de recette), La La Land a tout de suite été accueilli comme un grand hommage au cinéma classique hollywoodien. Hommage rendu non pas par un réalisateur âgé sur le déclin mais bel et bien par un cinéaste d'à peine trente deux ans qui a insufflé à ce film un souffle coloré de modernité. Ce livre analyse le film sans renoncer pour autant à porter un regard sur les deux long-métrages précédents de Damien Chazelle et sur celui plus récent, First Man : Le Premier homme sur la Lune. Cette vision d'ensemble permet au lecteur de rentrer dans l'univers de ce réalisateur et de comprendre cette cinéphilie sans limite qui le caractérise.

  • Après son exil volontaire en Amérique, René Clair revient dans son Paris bien-aimé pour y réaliser le film qui constitue le point culminant de son art. Dans un rappel constant à des sources littéraires, musicales et cinématographiques, Le silence est d'or, situé au début du XXe siècle, est l'histoire à la fois tendre et cruelle d'un réalisateur, un Don Juan plus très jeune (Maurice Chevalier, qui signe ici la meilleure interprétation de sa carrière), contraint de renoncer à la fille dont il est amoureux pour laisser place à un jeune acteur qui se trouve être aussi son meilleur ami. « Un chant mélancolique sur la vieillesse approchante », comme l'a défini le grand critique Georges Sadoul.
    Ce livre analyse le film scène par scène, presque plan par plan : procédé nécessaire s'agissant d'un cinéaste pour qui aucun détail n'était dû au hasard.

  • Jusqu'il y a peu, Santa Mira était la classique small town tranquille, "normale". À présent, on y trouve des malades qui guérissent subitement, des enfants qui disent que leur mère n'est pas leur mère, des femmes que leur oncle n'est pas leur oncle. Quelque chose d'étrange est en train de se passer. Le docteur Bennell veut comprendre l'origine réelle de ces "troubles".
    C'est le début de l'un des plus grands cauchemars de l'histoire du cinéma, un chef- d'oeuvre des années 50 sur la paranoïa collective. Don Siegel signe ce classique de la science-fiction d'horreur et d'extraterrestres, qui a connu trois remakes, influencé des réalisateurs et terrorisé les spectateurs. La fascination durable pour ce film réside dans le plaisir défendu qui naît de la peur profonde d'être remplacé par une copie de soi-même, insensible et privée d'émotions.
    La terreur de l'inconnu s'ajoute aux interprétations idéologiques, qui tour à tour ont fait du film une attaque contre le conformisme bourgeois ou une dénonciation de l'égalitarisme communiste.
    Au fond, pourtant, demeure l'éternelle peur de perdre nos particularités personnelles, ce qui nous rend unique et singulier, dans un monde globalisé et asservi à la technologie.

  • L'ÉTOILE DE MER est un film intrigant et unique, qui conte une histoire d'amour "simple et terrible comme l'adieu". Projeté pour la première fois en public le 28 septembre 1928, dans la célèbre salle parisienne du Studio des Ursulines que fréquentent assidûment les surréalistes, le court métrage est un ovni artistique. Quatre vingt-dix ans plus tard, cet ouvrage propose des éclairages sur ce film d'avant- garde qui déconcerte toujours autant, avec ses images inventées par Man Ray à partir des vers du poème de Robert Desnos. A l'écran se dévoile la belle Kiki, "belle, belle comme une fleur en verre","belle comme une fleur de chair", "belle comme une fleur de feu" nous murmurent les cartons du cinéma muet. Et soudain apparaît de manière fantomatique la seule image mouvante que nous ayons de Robert Desnos, mort le 8 juin 1945 au camp de Theresienstadt, après avoir résisté en défendant haut et fort la liberté de tous.

  • "Faire des films, c'est aussi replonger par ses plus profondes racines jusque dans le monde de l'enfance..." : Bergman a souvent évoqué le monde de l'enfance mais toujours en tant qu'accès privilégié à la dimension de l'imaginaire, donc de la matière sauvage et irrationnelle des rêves, où se dissimulent les pulsions les plus secrètes et révélatrices du Moi. La force prodigieuse des créations visuelles et narratives du réalisateur suédois - le chevalier médiéval qui joue aux échecs avec la Mort ; un vieil homme et les fantômes de son enfance ; la dangereuse confrontation entre les identités de deux femmes ; un enfant qui lutte contre le Mal incarné par un évêque - dérive aussi du fait qu'elles s'insèrent dans un imaginaire riche d'une tradition littéraire et figurative qui s'étend jusqu'au vingtième siècle, puisant notamment sa source chez Strindberg et Ibsen. Depuis la fin des années 1930 jusqu'à sa mort, en 2007, Ingmar Bergman a été l'auteur d'une oeuvre immense qui s'est exprimée dans les mises en scène théâtrales, dans l'écriture dramaturgique et narrative mais surtout dans le cinéma avec la réalisation de presque 70 films qui lui offrirent une renommée internationale.

    Dans ce livre, une sorte de guide analytique et historique du cinéma bergmanien, accompagné d'un important contenu iconographique basé presque exclusivement sur des photogrammes extraits des films de Bergman et choisis en rapport étroit avec le texte, sont examinées une à une toutes les oeuvres cinématographiques du maître suédois ; de Crise (1946) à Sarabande (2003), en passant par les classiques des années 1950 (Le Septième Sceau, Les Fraises sauvages), les films "de chambre" des années 1960 (Persona, L'Heure du loup), jusqu'à l'onirique Cris et Chuchotements, au film-fieuve Scènes de la vie conjugale et au magnifique film qui résume son oeuvre, Fanny et Alexandre. L'analyse de chaque film prend en compte sa matrice, son histoire entre vicissitudes et manipulations de la censure, son originalité et son autonomie tout comme ses connexions avec l'oeuvre complète du réalisateur. Et pour la première fois sont également traités, de manière exhaustive, ses films produits pour la télévision entre 1957 et 2000, qui restent "cinématographiques" à tous les effets.

  • "Quand un homme avec un 45 affronte un homme avec un fusil. Celui a qui a le pistolet est un homme mort." (Pour une poignée de dollars).
    "En somme, tu viens de découvrir que tu n'es pas un homme d'affaires..." "Un homme, c'est tout." "C'est une race très ancienne. Mais d'autres Morton viendront, qui essaieront de l'éteindre." (Il était une fois dans l'Ouest).
    "Qu'est-ce que tu as fait pendant toutes ces années ?" "Je me suis couché tôt." (Il était une fois en Amérique).
    Des répliques comme celles-ci, accompagnées par la musique d'Ennio Morricone, sont gravées dans la mémoire des spectateurs et des cinéphiles du monde entier. A tel point que les réalisateurs modernes, de Carpenter à Tarantino, ne cessent de rendre hommage à Leone et de s'inspirer du style barbare et baroque avec lequel il racontait la légende américaine des justiciers et des hors-la-loi, en y mélangeant le cynisme italien des Borgia, Boccaccio, Machiavelli.
    Ce livre, qui inscrit le cinéma de Sergio Leone dans le cinéma des années 60,70 et 80, comprend un essai critique, une brève biographie, les intrigues détaillées et les meilleures répliques de chacun des films de Leone, ses témoignages et ceux de ses collaborateurs, une anthologie de critiques et bien plus de matériaux encore, dont plus de 700 illustrations provenant des photogrammes des films de Sergio Leone et d'autres réalisateurs desquels il s'est inspiré ou qui se sont inspirés de lui.

  • "Le labyrinthe tortueux, changeant, fluide des souvenirs, des rêves, des sensations, un enchevêtrement inextricable de quotidien, de mémoire, d'imagination, de sentiments, de faits qui ont eu lieu il y a longtemps et qui vivent avec ceux qui ont lieu à présent, qui se confondent entre nostalgie et pressentiment, le temps qui s'arrête, magmatique, et tu ne sais plus qui tu es, ou qui tu étais, et où va ta vie, qui semble n'être qu'un long demi-sommeil sans aucun sens." (Federico Fellini) 8 1/2 : derrière un titre mystérieux se cache le film dans lequel Fellini a mis à nu avec une sincérité criante sa propre crise de la quarantaine en tant qu'homme et artiste. Il s'agit d'un autoportrait à la fois fidèle et imaginaire, effronté et ironique, qui pénètre dans la dimension onirique, visionnaire et réelle du "temps intérieur".

    Ce livre évoque le chemin créatif complexe qui a poussé Fellini à penser, préparer et tourner le film dans le plus grand secret. Chaque séquence de 8 1/2 fait aussi l'objet d'une analyse soignée qui tente de déchiffrer tes formes de l'originalité narrative et esthétique extraordinaire d'un chef-d'oeuvre légendaire.

  • La porte du paradis

    Giampiero Frasca

    • Gremese
    • 24 Août 2017

    Tristement célèbre pour l'immense flop qui a détruit la carrière de Michael Cimino et clos une ère d'Hollywood, La Porte du paradis a été, dès sa sortie, l'un des films les plus controversés de l'histoire du cinéma. Alors qu'il aurait dû être le film de la consécration du réalisateur, après le grand succès de Voyage au bout de l'enfer, il a été le début d'une fin ruineuse. Âprement critiqué avant même qu'il ne soit terminé, avec parfois une pointe de sadisme, il a été remonté dans une version réduite dans la tentative désespérée de contenir l'énorme effort de production. Il s'est gagné le titre de film maudit, bien qu'il ne s'agisse en réalité que d'un film profondément incompris, conditionné par le rêve de perfection de Cimino et par la nature de super production du film, atteinte avec quarante ans de retard.
    La Porte du paradis est la triste histoire d'une obsession qui a frôlé les sommets esthétiques du sublime, avant de se briser désastreusement à cause de l'aspiration frustrante d'atteindre l'absolu.

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