Ethos

  • Chaque être humain a besoin d'avoir de multiples racines. Les échanges d'influences entre milieux très différents ne sont pas moins indispensables que l'enracinement dans l'entourage naturel. L'enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l'âme humaine. C'est un des besoins les plus difficiles à définir. Il y a cependant déracinement toutes les fois qu'il y a conquête, et en ce sens la conquête est presque toujours un ''mal''. Les conquérants sont des migrateurs qui s'installent dans le pays conquis, se mélangent à la population et prennent racine eux-mêmes. Mais quand le conquérant reste étranger au territoire dont il est devenu possesseur, le déracinement est une maladie presque mortelle pour les populations soumises. Le pouvoir de l'argent et la domination économique peuvent également imposer une influence étrangère au point de provoquer la maladie du déracinement. Enfin les relations sociales à l'intérieur d'un même pays peuvent être des facteurs très dangereux de déracinement.

  • Le fait que les partis existent n'est nullement un motif de les conserver. Seul le bien est un motif légitime de conservation. Le mal des partis politiques saute aux yeux... Le problème à examiner, c'est s'il y a en eux un bien qui l'emporte sur le mal et rende ainsi leur existence désirable. Mais il est beaucoup plus à propos de demander : Y a-t-il en eux même une parcelle infinitésimale de bien ? Ne sont-ils pas du mal à l'état pur ou presque ? S'ils sont du mal, il est certain qu'en fait et dans la pratique, ils ne peuvent produire que du mal. C'est un article de foi. ''Un bon arbre ne peut jamais porter de mauvais fruits, ni un arbre pourri de beaux fruits''. Mais il faut d'abord reconnaître quel est le critère du bien. Ce ne peut être que la vérité, la justice, et en second lieu, l'utilité publique. La démocratie, le pouvoir du plus grand nombre, ne sont pas des biens. Ce sont des moyens en vue du bien, estimés efficaces à tort ou à raison. Seul ce qui est juste est légitime. Le crime et le mensonge ne le sont en aucun cas. La vérité est ''une''. La justice est ''une''. Les erreurs, les injustices sont indéfiniment variables. Ainsi les hommes convergent dans le juste et le vrai, au lieu que le mensonge et le crime les font indéfiniment diverger. L'union étant une force matérielle, on peut espérer trouver là une ressource pour rendre ici-bas la vérité et la justice matériellement plus fortes que le crime et l'erreur. Presque partout - et même souvent pour des problèmes purement techniques - l'opération de prendre parti, de prendre position pour ou contre, s'est substituée à l'obligation de la pensée. C'est là une lèpre qui a pris origine dans les milieux politiques, et s'est étendue à travers tout le pays, presque à la totalité de la pensée. Il est douteux qu'on puisse remédier à cette lèpre, qui nous tue, sans commencer par la suppression des partis politiques. « On ne peut servir Dieu et Mammon. Si on a un critère du bien autre que le bien, on perd la notion du bien ».

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