• « "Je vois le Poète, dit le Monstre.
    - Moi aussi, dit Prospéro.
    - Il a l'air de boiter, dit le Mage. On dirait un Orphée sale." Hirsute, pieds nus dans les godasses, vêtu d'une chemise ouverte au col et d'un pantalon à la zouave, un petit chien dans les bras, le Poète remonte des Enfers. Il titube en paix. La crasse le protège des sorts.
    "C'est toujours pareil, dit le Monstre, cet imbécile a encore oublié de se retourner, il n'a pas statufié le temps.
    - Ne parlez pas si fort, dit Prospéro, vous allez réveiller Mirella.&1sup;" 1. Dans le jeu de cartes ici battu, le lecteur reconnaîtra :
    Giuseppe Tomasi, prince de Lampedusa, dans le rôle du Monstre.
    /> Gioacchino Lanza Tomasi, son fils adoptif, dans le rôle du Jeune Homme Doux.
    Lucio Piccolo di Calanovella, dans le rôle du Poète.
    Agata Giovanna di Calanovella, dans le rôle du Medium.
    Casimiro Piccolo, baron de Calanovella, dans le rôle du Mage. »

  • Les objets sont les os du temps (...) écrire un roman, par conséquent, ce sera non seulement composer un ensemble d'actions humaines, mais aussi composer un ensemble d'objets tous liés nécessairement à des personnages, par proximité ou par éloignement. (Butor, 1995). De ces trois versions du même jeu de massacre, l'écriture, celle du pédagogue (Genette), celle du géomètre (Butor) et celle du tireur (le garde-chasse Chaigneau), je n'entends que la dernière, celle où les plombs cinglent au-dessus de mes oreilles, où je pique la tête et relève, d'un coup de panache, la queue, feignant de tomber mort sur le coup.
    Il se produit (ou pas) entre un texte et son lecteur, un événement d'une intensité extraordinaire. Je ne lis plus le texte, je le bois, et m'y abreuvant, j'ai lieu. Moi aussi je suis Heathcliff.
    Lisant Proust, je me fiche du temps que dure le dîner chez la duchesse de Guermantes, de l'intervalle de temps qui sépare les séquences, de la répartition des convives et de celle des objets.
    Lisant Proust, je mesure le temps à mon asthme. Je tousse donc je suis. Je crache un sang moussu.
    Moi aussi, mes poumons sont atteints. Le renard tiré vivant est non seulement le renard qui va mourir, mais le renard de la fable. Je ne lis pas le texte du garde-chasse, j'épaule et, quand je presse la gâchette, je me retranche à l'autre extrémité du doute, là où le renard syncope, va syncopant, va feintant, va fabulant.

  • Alger, Athènes, Palerme, Naples, Rome, Marseille, Damas, Le Caire... Des visages, des leurres. Dans cette enquête où les scènes de vie et les légendes s'enchâssent à 'histoire - on y voyage en compagnie des Grecs et des Romains, parmi des oeuvres éclairant les équivoques -, l'auteur pose un regard en clair-obscur sur la nature des cultures méditerranéennes. À la rencontre de l'Autre (un défi permanent pour l'esprit humain), il recueille les paroles, l'une habillant l'autre, dans une forme inédite de littérature d'évasion.

  • Qu'est-ce que l'imaginaire méditerranéen ? Une morsure laissée dans la chair du Temps. D'Alger à Naples, de Marseille à Palerme, Patrick Reumaux exalte les odeurs et les couleurs de cet univers éclaboussé de lumière dans des pages écrites à fleur de peau.
    Lire son étonnante enquête, c'est aussi voyager en compagnie des plus grands auteurs (Panaït Istrati, Georges Séféris, Lucio Piccolo...) ayant saisi la tension qui habite cette culture et se joindre à une réflexion sur les traces et la vitalité de ces lieux parcourus.

  • On bute sur un visage comme on bute sur un mur.
    On bute sur le mur que le visage a construit. On lit des signes inscrits sur le visage et on les déchiffre, on les interprète. On traite le visage comme le code de la route. Au vert, on passe, au rouge, on s'arrête. Il y a une mesure. Une vitesse de croisière du visage. Ne pas dépasser cette vitesse, sinon les signes se brouillent. Éviter les infractions au code du visage sous peine de contravention. Sous peine de mort ? Le visage piège à l'épouvante.
    Il fait du bruit. Les traits sont expressifs, Vinci le savait : pour saisir sur le vif, gommer les traits. Et Rembrandt : noircir les yeux. les laisser dans l'ombre. Trous noirs, terriers au fond duquel gîte le renard, le regard. Cet ouvrage, éloge de la littérature et de la communication s'appuie sur trois pôles d'expression : le visage, la face, la tête, et contribue, visage après visage, face après face, tête après tête jusqu'à la " lutte finale " du Double, à l'édification d'un château de cartes : une épistémologie des leurres.

  • Les revenus de tisiphone

    Patrick Reumaux

    • Anabet
    • 25 Février 2007

    Comment frauder le fisc en toute impunité ? En s'acoquinant à un ministre véreux ? Stupide. En tentant de corrompre un inspecteur patenté ? Dangereux. En cachant chaque déclaration derrière une société écran ? Paperassier. On trouvera le secret de l'impunité, non dans les cabinets comptables, mais dans Virgile. Le Chant VI de l'Enéide indique la voie à suivre pour descendre aux Enfers et faire signer aux morts concernés les imprimés nécessaires au blanchiment des sommes incriminées. Certes, le voyage n'est parfois pas de tout repos, mais qui veut la fin ne lésine pas sur les moyens. Et l'auteur ne lésinera pas sur les moyens pour entraîner son lecteur dans une aventure drôle et légère comme un songe.

    Lauréat du prix France Culture avec Jeanne aux chiens, et du prix de poésie Max Jacob avec Ailleurs au monde, Patrick Reumaux est également traducteur. Il a notamment contribué à faire connaître en France les Irlandais Flann O'Brien (Le Troisième Policier) et J.S. Le Fanu (Carmilla), les poètes américains E. Lee Masters et Emily Dickinson. Dernièrement, il s'est intéressé à la traduction du poète italien Salvatore Casimodo, prix Nobel de littérature.

  • Chaque poème ouvre sur un vers tiré de l'oeuvre de Shakespeare. Ainsi défilent toutes les grandes figures d'un monde « plein de bruit et de fureur ». Mais quoi de plus naturel pour un traducteur que d'être un familier d'une langue étrangère. Et si les grands poètes écrivent dans une langue inconnue, alors l'anglais de Shakespeare ressemble autant à l'anglais des autres qu'un cerf à un sanglier. Vous lisez, mais pas seulement. Vous aussi, vous êtes le cerf traqué. Ce n'est pas une opération magique, mais un saisissement de l'être. Comme serrer le coeur d'un rouge-gorge et sentir le muscle éclater sous la pression des doigts. L'oiseau ouvre le bec, vous regarde. Dans ses yeux brillants, le monde entier. Et vous avec. Les grands poètes sont pure générosité. En vous serrant l'âme, ils vous ouvrent les yeux.

    Lauréat du prix France Culture avec Jeanne aux chiens, et du prix de poésie Max Jacob avec Ailleurs au monde, Patrick Reumaux est également traducteur. Il a notamment contribué à faire connaître en France les Irlandais Flann O'Brien (Le Troisième Policier) et J.S. Le Fanu (Carmilla), les poètes américains E. Lee Masters et Emily Dickinson. Dernièrement, il s'est intéressé à la traduction du poète italien Salvatore Casimodo, prix Nobel de littérature.

  • On trouve sur les insectes d'excellents livres de vulgarisation agrémentés de planches en couleur ou d'étonnantes photographies. Dans ce domaine, les Coléoptères (les scarabées... sauf celui d'Edgar Poe), les Orthoptères (cf.
    Les Libellules d'Alain Cugno), les Lépidoptères, (papillons - on se souvient des Morpho d'Eugène Le Moult) se taillent la part du lion. Depuis la mort d'Eugène Séguy, excellent aquarelliste, artiste à lavallière, laborantin avant de devenir directeur du laboratoire d'Entomologie du Muséum, on cherchera en vain une iconographie sur les Diptères en général, et on ne trouvera rien, absolument rien, en France sur les Tabanides, malgré le nombre, la taille, la beauté (ou l'horreur) qu'inspirent les taons.
    Le présent Atlas - dû à l'exceptionnel talent d'illustrateur de Xavier Carteret - comble en partie cette lacune. S'il est loin d'être exhaustif, il se réfère pour chaque espèce à la description originale, éclaire les querelles des entomologistes qui aux prises avec les mouches à sang, ont débroussaillé la jungle de la nomenclature et, grâce aux clés dichotomiques, ouvre une chemin (illusoire ?) à une détermination précise des espèces.

  • Terribles brisants aux abords de l'île d'Aros, Les Joyeux Compères sont un piège redoutable pour les navires en perdition. Jadis, un vaisseau appartenant à l'Invincible Armada disparut dans les environs, échoué sur ces récifs battus par une mer démontée. Charles, un jeune Écossais en vacances chez son oncle Gordon, décide de retrouver l'épave de l'"Espirito Santo" et son trésor englouti... En offrant enfin une traduction digne de ce nom à cette fiction, Patrick Reumaux rend justice à la force du texte original, car « le récit de Stevenson est moins un récit qu'un rugissement, ou un grondement, une danse, un menuet mortel ; une sonate fantastique orchestrée par la mer et les naufrages, l'oncle devenant fou dès lors qu'il s'identifie à l'un de ces récifs diaboliques qui jubilent à chaque naufrage et la folie devenant d'autant plus perceptible qu'elle se coule plus étroitement dans ce qui est pour la langue dominante (l'anglais que parle son neveu) le langage du mal, le dialecte écossais, l'idiome du démon, grimé ici en Noir abandonné par ses compagnons, unique survivant du naufrage ». Cette édition des "Joyeux Compères" est suivie d'un choix de poèmes de l'auteur de "L'Île au trésor" maître incontestable du roman d'aventures.

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