• « Anecdote » est le terme qu'emploie Claude Simon pour désigner l'intrigue lorsqu'il parle de ses romans, notamment de L'Herbe - d'où sortira La Route des Flandres.

    Une histoire de Grace, roman publié par Les éditions Myriapode, n'en est pas dénué, même si il en joue, et si son récit se caractérise par ce que la critique actuelle nomme la « narration indécidable ». Comme dans Les gommes, l'anecdote s'apparenterait même à l'intrigue d'un roman policier, mais l'enquête piétine, en grande partie peut-être à cause du fait que le livre est écrit au présent, dans un présent qui nivelle tout, rejetant l'enquête dans l'artifice ou le leurre et donnant à penser que le véritable personnage de l'histoire est le temps - dans lequel celui auquel on s'adresse se trouve comme empêtré, incapable d'épouser le devenir.

    Aussi peut-on lire le petit texte démaillé d'Une histoire de Grace comme la narration d'une obsession ou d'une errance ; ou bien encore comme un récit de deuil, un texte-linceul où la forme de l'être absent, manquant, poursuivi, s'est imprimée ; sinon comme une plongée dans la nuit, celle qui baigne la pensée et où le poème nous ramène parfois, rendue sonore : le personnage de Grace y est confondu à une « obscure lampe » que la parole, en des élans furieux, aura voulu capter.

  • Eloges, premier recueil publié, est celui de tous les poèmes qui répond le moins à la vocation ontologique qu'entendait donner Saint-John Perse à sa poésie. Au fil des poèmes, naît une alchimie d'où la Guadeloupe ressort transfigurée. Eloges apparaît comme un poème de l'émancipation, présageant l'oeuvre à venir. Eloges serait l'hypotexte à partir duquel l'oeuvre entière ne cesserait de s'écrire.

  • à la lice

    Nicolas Servissolle

    Quand l'art, ce panneau que l'on tend à l'insaisissable, n'est pas la "seule vie possible", mais la seule heuristique, il n'y a qu'une objection que l'on puisse retenir à l'atroce esprit classique : polir et repolir cela seul qui saurait en réfléchir sincèrement l'énigme-poème, miroir impénétrable où se déjoue l'étrange d'un regard.. Sinon, que l'on produise simplement cet infâme invisible : on l'ignore, pour peu qu'on en rit - il n'est pas reconnu, étant l'imprésentable même.

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