• Des textes très denses, souvent très courts, des extraits, des fragments, des citations, des aphorismes, me retiennent par leur beauté, par leur justesse, par leur défi. Ces textes participent à ma vie de pensée ; ils suggèrent des idées que j'ai envie de démêler. Ils me servent d'amorces, de stimulants, de mises en route. Ils me disent ce qu'ils veulent me dire : une relation dynamique me lie à eux, un aller sans retour. La chronologie de ces textes ne joue pas, je les prends au hasard de mes lectures, sans me sentir tenu à la précision philologique, philosophique, historique.

  • Comment, par quelle voie, pénétrer le monde de la sagesse ? Un tel monde existe-t-il ? En fait il n'y a pas de sagesse en soi, il n'y a que des sages qui souvent diffèrent les uns des autres, même s'il leur arrive d'avoir des points de convergence. La voie classique, la voie qui la première s'impose, est la voie de la philosophie : les philosophes sont par définition et aussi par vocation des
    amants de la sagesse ne sont-ils pas les spécialistes du monde de la sagesse ? C'est cette voie que l'auteur explore, pour retrouver les thèmes essentiels autour desquels se déploie la sagesse idéale de notre culture :
    - les cyniques et les cyrénaïques : Socrate et Diogène;
    - les stoïciens et les épicuriens : Épicure et Marc-Aurèle.
    Ensuite il se penche sur les sages du rêve, les sages de l'imagination, les sages de la littérature, les sages qu'on rencontre dans les livres, dans les histoires qu'on nous raconte et qui nous font rêver :
    - Jacques le Fataliste, le gai luron en démêlé avec son idée fixe
    - Alexis Zorba, la grande gueule au grand coeur
    - Ivan Denissovitch, l'homme quelconque
    Enfin, les sages de la vie, des sages qu'il lui est arrivé de rencontrer, des êtres humains qui parleur manière d'être et d'agir, l'aura qui émanait d'eux, l'ignorance qu'ils avaient de leur propre valeur, ont fait qu'il les a reconnus pour ce qu'ils sont, des sages vivants. C'est à travers eux que la nostalgie de la sagesse se transforme parfois en espérance. Un joli texte clair sur la construction de cette impossible sagesse et sur sa recherche malgré tout.

  • Que font les philosophes ? La philosophie est-elle un savoir à intégrer, un état à subir, une vocation à poursuivre, une fin à réaliser? Vise-t-elle à bien penser, à bien savoir, à bien se conduire, à bien vivre  ? Le philosophe est-il un professionnel et la philosophie est-elle une profession parmi d'autres  ?
    D'un point de vue optimiste et bienveillant, on peut considérer les philosophes comme des écologistes de l'esprit, des spécialistes de l'Umwelt idéel, du milieu d'idées qui sert d'oxygène à l'esprit humain. Les philosophes sont des artisans d'idées, des spécialistes de la construction, de l'entretien, de la réparation, de la transformation d'objets idéels qui servent d'échafaudage à notre monde physique, psychique, idéel  ; objets qui ont besoin d'être revus en fonction des changements qui ont lieu en permanence dans leurs fondements matériels, scientifiques, historiques, sociologiques, psychologiques, etc. Sous cet aspect, la philosophie peut être vue comme un art de l'imagination qui vient se greffer sur des morceaux de réalité, et le philosophe comme un bricoleur artiste.

  • Vivre selon la nature, vivre en accord avec la nature, vivre en harmonie dans la nature : chacune de ces injonctions est un choix naturel que nous faisons à partir de notre idée de ce qu'est la nature des choses, de ce qu'est l'être humain dans le contexte de la nature, et de ce qui découle de ces données naturelles pour la conduite humaine. C'est sur la relation entre ce que les êtres humains croient être et ce qu'à leurs yeux ils doivent être, entre les faits qu'ils constatent et les valeurs auxquelles ils adhèrent, que diffèrent entre elles les positions doctrinales des Cyniques, des Cyrénaïques, des Stoïciens, des Épicuriens, des Sceptiques, ouvrant ainsi un éventail de conduites diverses et des manières encore très actuelles de s'engager dans la bonne vie qu'ils visent tous.

  • " Je veus qu'on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans contention et artifice : car c'est moy que je peins.
    Mes defauts s'y liront au vif, mes imperfections et ma forme naïfve (native, naturelle), autant que la reverence publique (la décence) me l'a permis. " Les Essais, on le sait, ne sont pas une autobiographie, mais un autoportrait emboîté dans un ensemble de digressions, de citations, d'anecdotes, de réflexions morales, présentés avec humour, ironie, parfois avec fausse modestie, en se jouant des temps, des lieux, des circonstances.
    Lire Montaigne, c'est donc certes découvrir ce portrait que Montaigne fait de lui-même, mais aussi éprouver les forces et les failles de cette introspection : à quelles conditions peut-on se regarder avec lucidité ? La lecture des Essais incite ainsi à vouloir avoir une meilleure idée de soi-même, plus exacte, plus précise. Tel peut être l'usage de Montaigne. Du moins, tel est l'exercice auquel s'est complu l'auteur par un dialogue fécond avec le philosophe.

  • « Quelle est la portée de mon savoir, quelles en sont les limitations ? Voilà un problème qui me préoccupe depuis toujours. Il me semble qu'on néglige trop souvent le moment proprement vécu de la cognition, le savoir tel qu'il se fabrique, tel qu'il se vit, tel qu'il s'exprime, tel qu'il se réalise, tel qu'il subsiste en nous. En effet, quand on va au bout des choses, on constate que les disciplines cognitives spécialisées se fondent en fin de compte sur le fait très banal que chacun de nous sait beaucoup de choses, de bien des manières, et dans des domaines les plus divers : je sais respirer, je sais marcher, je sais nager, je sais réparer une machine, je sais conduire une voiture, je sais parler, je sais lire, je sais calculer, je sais l'anglais, je sais apprendre, je sais enseigner, je sais rire, je sais me mettre en colère, je sais décider, je sais que je sais, et bien des choses encore. On peut aborder ces situations cognitives si diverses selon deux voies principales, l'une en profondeur et l'autre en surface. La voie en profondeur, dans laquelle se sont engagées les disciplines cognitives classiques, creuse, déblaie, démonte, dans l'intention d'atteindre un niveau élémentaire, considéré comme matériellement fondateur. L'autre démarche qui est celle que je préconise ici consiste à se placer plutôt à la surface du phénomène cognitif. Son objet est d'éclairer en rase lumière la situation cognitive en action, pour y percevoir les aspérités et les variations de ses déroulements possibles, pour observer l'activité cognitive dans son évolution propre. Mon intention ici est donc de changer de point de vue, de regarder autrement la problématique du savoir, non pas sous l'aspect de sa portée, de sa validité, de ses applications, mais de considérer le phénomène cognitif dans son entièreté, comme quelque chose dans lequel nous sommes entièrement immergés. » Jacques Schlanger .

  • Nous avons tous des idées. Nous les retenons, nous en faisons usage, nous les communiquons, nous sommes entièrement immergés dans un milieu d´idées. Ceux qui s´attachent plus particulièrement aux idées et qui ont plaisir à s´en occuper, s´engagent directement dans le jeu des idées et deviennent des artisans d´idées. C´est à ce titre qu´ils construisent des objets faits d´idées, des théories, des doctrines, des systèmes, des idéologies, afin de mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent. Qu´ils soient des savants, des philosophes ou des essayistes, ces artisans d´idées produisent, élaborent et inventent les échafaudages idéels sur lesquels sont fondés nos savoirs, nos croyances, notre conduite.

  • Gestes de philosophes

    Jacques Schlanger

    • Aubier
    • 19 Octobre 1993

    Part d'une analyse de l'usage que les philosophes font de leur propre personne au sein de leur oeuvre et dfinit alors trois types de l'usage de soi en philosophie qui manifestent les manires d'agir et de ragir, des tons, des styles, des postures, des tenues, des attitudes de l'activit philosophique.

  • Les auteurs de l'Antiquité grecque, chacun dans sa voie propre, chacun avec sa voix propre, partagent tous une préoccupation qui nous les rend particulièrement proches : comment bien vivre dans un monde de l'immanence où chacun de nous n'a, en dernier ressort, de comptes à rendre qu'à soi-même - et ces comptes à soi, nous le savons bien, sont les plus difficiles et les plus délicats. Paradoxalement, c'est l'éloignement qui rend ces auteurs plus proches, plus audibles, plus directs. C'est leur éloignement qui fait de leurs textes des classiques, des textes qui laissent respirer, penser, rêver, des textes qui n'appartiennent à personne et appartiennent en propre à chacun de nous. Qu'est-ce qu'une bonne vie, qu'est-ce qu'une vie heureuse, qu'est-ce qu'une belle vie ? Pour bien des philosophes grecs, la fin de l'homme est de vivre conformément à la nature. Est-ce qu'une telle injonction a encore un sens aujourd'hui, et si oui, lequel ? Qu'en est-il aujourd'hui de la sagesse, n'est-elle plus qu'un souvenir de notre enfance en Grèce ? Ce sont ces questions classiques et toujours actuelles que cet essai sur la bonne vie cherche à éclairer, en prenant comme point d'appui la parole des Anciens et en la lisant à la lumière de notre contemporanéité.

  • La collection "Perspectives critiques", dirigée par Roland Jaccard, écrivain et journaliste, et Paul Audi, philosophe et écrivain, publie des textes de psychiatrie, de psychanalyse, de sociologie, de pédagogie et d'esthétique, échappant à toute orthodoxie et s'inscrivant dans un cadre interdisciplinaire. Elle propose des essais clairs, rigoureux et polémiques, écrits par des universitaires ou des chercheurs et visant à démystifier l'imaginaire personnel et collectif. Elle accueille également les témoignages de ceux qui ont contribué à façonner l'univers mental et social de l'homme post-marxien et post-freudien.
    La collection a fêté son 25ème anniversaire en septembre 2000.

  • La philosophie de chambre est à la philosophie symphonique ce qu'est la musique de chambre à la musique symphonique - une manière privée, intime, personnelle de réfléchir, de se réfléchir.

    Ces deux essais de philosophie de chambre s'adressent à chacun de nous, dans notre corps, dans notre mort. faire l'apologie de son âme basse, c'est se reconnaître et se plaire dans son corps ; faire l'éloge de sa mort, c'est ne pas oublier qu'elle est inéluctable, et apprendre à "bien vivre" avec elle. comment parler avec simplicité de ce que d'ordinaire on passe sous silence ?.

  • Nouvelle solitude.

    Jacques Schlanger

    A l'inverse de la philosophie de chambre, la philosophie personnelle exprime le plus justement la solitude de celui qui la pense. C'est dire aussi que le retour sur soi, seul avec soi, est peut-être le moyen le plus juste, le plus efficace, pour prendre contact vrai avec autrui. En parlant de moi, de mon expérience, de mes désirs, de mes opinions, de mes sentiments, j'espère entrer en relation vraie avec ceux auxquels je m'adresse, et ceci n'est possible que si nous sommes suffisamment semblables les uns aux autres.
    Puisqu'il faut vivre autant bien le faire : et le bien, c'est moi qui veux en décider, moi, moi, pauvre moi, admirable moi.
    Jacques Schlanger nous entraîne ici à penser la solitude dans des actes comme écrire, courir, rêver, penser, construire, contempler, croire, aimer, espérer, vivre, mourir.

  • Poète pour les Juifs, qui ne se sont pas reconnus dans sa philosophie, Salomon Ibn Gabirol a été pour les chrétiens le philosophe Avencebrol ou Avicebron. Dans le Fons Vitae, Ibn Gabirol cherche à concilier deux évidences qui se contredisent et auxquelles il adhère néanmoins absolument : l'évidence monothéiste d'un Dieu créateur ex nihilo, et l'évidence néoplatonicienne de l'émanation graduelle de l'être. Le Fons Vitae a joué un rôle important pour la scolastique chrétienne, surtout dans la problématique de l'origine et de la composition des substances spirituelles, l'Un, l'intellect et l'âme. Cette reprise de La philosophie de Salomon Ibn Gabirol, revue et mise à jour, s'accompagne de la nouvelle parution de la traduction française du Fons Vitae, sous le titre Le Livre de la Source de Vie.

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