Littérature traduite

  • Journaux

    Franz Kafka

    • Nous
    • 17 Janvier 2020

    Les Journaux de Kafka, toujours surprenants, sont le lieu d'une écriture lucide et inquiète où se mêlent intime et dehors, humour et noirceur, visions du jour et scènes de rêves, où se succèdent notes autobiographiques, récits de voyages et de rencontres, énoncés lapidaires, ainsi qu'esquisses et fragments narratifs plus longs. Dans ce battement entre vie écrite par éclats et soudaines amorces fictionnelles, les Journaux se révèlent être le coeur de l'oeuvre de Kafka : le lieu où les frontières entre la vie et l'oeuvre s'évanouissent.

    Cette édition est la première traduction intégrale des Journaux de Franz Kafka. La seule traduction française visant l'intégralité était à ce jour celle de Marthe Robert, publiée en 1954 chez Grasset. Mais elle ne correspond pas à l'intégralité des Journaux de Kafka. En effet, elle se base sur la version établie par Max Brod en 1951 : celui-ci avait procédé à une censure des textes de son ami, en éliminant les noms des personnes encore vivantes, et un certain nombre des remarques qui le concernaient lui-même. Dans sa volonté de faire de Kafka un « saint laïque », il avait également supprimé des passages jugés « obscènes ». Enfin sa chronologie, qui a été suivie par Marthe Robert, s'est avec le temps avérée erronée (la traduction française contenait d'ailleurs un certain nombre de fragments traduits à partir de la version anglaise, plus complète que l'édition originale en allemand - avec tous les risques qu'une traduction de traduction comporte). Se pose enfin la question, cruciale, de la place à accorder aux fragments fictionnels. Dans l'édition de « La Pléiade », ils sont absents du volume contenant les journaux. Or, ces textes figurent dans les mêmes cahiers manuscrits qui contiennent les notations « diaristes ». Et il y a un intérêt certain, par exemple, à pouvoir lire dans la continuité la première version, manuscrite, d'une nouvelle et, immédiatement après, le commentaire qu'en fait Kafka.

    Les Journaux ce sont, matériellement, 12 cahiers in-octavo. Ils couvrent les années 1910 à 1922, avec de fortes disparités quant à la fréquence et à la longueur des notations. Kafka ne faisait pas de différence, quant au support d'écriture, entre la fiction et « l'autobiographie », celle-ci étant évidemment liée au projet de la tenue d'un « journal ». Nous suivons donc la leçon qui a été proposée dès 1990 par les éditeurs allemands de la « Kritische Ausgabe », qui ont reproduit à l'identique les cahiers manuscrits. La chronologie qui en résulte est très différente de celle de Max Brod. Le texte corrige aussi certaines erreurs du déchiffrage initial des manuscrits.

    Cette version est donc la première à traduire en français l'intégralité des cahiers des journaux à partir des manuscrits. La traduction de Robert Kahn reste au plus près de l'écriture de Kafka, en préservant les litotes, la syntaxe, en « laissant résonner dans la langue d'arrivée l'écho de l'original ». Elle s'inscrit ainsi à la suite de ses retraductions remarquables des lettres À Milena (2015) et des Derniers cahiers (2017).

  • Derniers fragments (1922-1924)

    Franz Kafka

    • Nous
    • 20 Octobre 2017

    Ce volume réunit l'ensemble des derniers textes, presque toujours fragmentaires, écrits par Franz Kafka entre la fin janvier 1922 et le début avril 1924, à l'exception du Château, rédigé parfois dans les mêmes cahiers entre janvier et août 1922, et de quelques notations du Journal (le matin de sa mort, le 3 juin 1924, il corrigeait encore les épreuves de « Josefine la cantatrice »). Cette période fut très féconde, alors même que l'écrivain était en proie à de grandes difficultés matérielles. Surtout, la tuberculose progressait très vite. Il avait rédigé à la fin novembre 1922 un nouveau testament confié à Max Brod : « De tout ce que j'ai écrit seuls ont de la valeur les livres : Verdict, Chauffeur, Métamorphose, Médecin de campagne, et le récit : Artiste de la faim. [...] Quand je dis que ces 5 livres et que le récit ont de la valeur, je ne veux pas dire que je souhaite qu'ils soient réimprimés et transmis à des époques ultérieures, au contraire [...]. En revanche tout le reste de ce que j'ai écrit et qui se trouve là [...] doit être brûlé sans exception. » On sait que Max Brod, heureusement, n'a pas respecté ce testament, on sait aussi que Dora a brûlé à Berlin, sans doute sous les yeux de Kafka, un grand nombre de textes. Ceux que l'on pourra lire dans ce volume sont donc des survivants, les témoins d'une période d'une extraordinaire créativité.
    Pour la première fois en français, nous donnons à lire l'ensemble de ces textes dans la continuité de l'acte d'écriture, en respectant la chronologie telle qu'elle a pu être établie par la recherche, et en rupture avec une pratique « anthologisante », proposant des regroupements aléatoires. Près d'un siècle après la première traduction en français d'un texte de Kafka , il ne s'agit évidemment plus de « faire découvrir », mais d'apporter aux lecteurs français des moyens de compréhension fine de cette écriture, de la restituer de la façon la plus authentique possible dans ses articulations propres, dans ce jeu si caractéristique entre ébauche, fragmentation, et quasi-achèvement qui caractérise la dernière période.
    D'où le parti pris d'une édition qui respecte au plus près la matérialité de l'acte d'écriture de Franz Kafka, à même de rendre compte de la dimension de « work in progress », celle-là même qui nous rappelle que Kafka était le contemporain de Proust et de Joyce.

  • A milena

    Franz Kafka

    • Nous
    • 13 Janvier 2015

    À Milena n'est pas une simple correspondance, c'est un objet littéraire fascinant, central dans l'oeuvre de Kafka. Ces lettres magnifiques témoignent de l'amour fulgurant de Kafka et Milena et inscrivent son intensité, faite d'absence, de manque, d'éclairs de bonheur, de désespoir. Cette nouvelle traduction des lettres À Milena fera redécouvrir au public français, au plus près de la langue de Kafka, un grand classique de la littérature du XXe siècle.
    Kafka a rencontré Milena à Prague en 1919. La jeune femme lui a rapidement proposé de traduire en tchèque ce qui allait devenir L'Amérique. Milena va devenir sa voix en tchèque, son « double », grâce à ce mécanisme transférentiel qu'est la traduction, qui exige une sorte de fusion-incarnation. Commence alors un « trafic épistolaire » effréné. 149 lettres et cartes postales de Franz Kafka à Milena Jesenská ont été conservées. 140 d'entre elles ont été écrites pendant une période d'environ dix mois, au rythme parfois de plusieurs par jour. Un motif récurrent de la correspondance : le désir frénétique de recevoir des lettres, des télégrammes, sur le thème : « tes lettres sont la plus belle chose qui me soit arrivée ». Aucune des lettres de Milena ne nous est hélas parvenue, soit qu'elles aient été brûlées par leur destinataire, soit qu'elles aient disparu lors de l'entrée des troupes allemandes à Prague en 1939. La vie de Milena, aventureuse et malheureuse, se terminera, comme celle des trois soeurs de Kafka, dans un camp nazi.
    Il y avait nécessité à retraduire ces lettres : il fallait proposer une autre version que celle établie en son temps par Alexandre Vialatte, qui a mal vieilli, et il fallait tenir compte du dernier état de la recherche concernant l'établissement du texte. Aussi, notre horizon a changé : aujourd'hui la lecture de Kafka passe par celles de Blanchot, Deleuze, Derrida, Benjamin. De plus, la traduction de Vialatte est entachée d'erreurs et, très « littéraire », elle ne rend pas justice à la langue de Kafka, sèche, précise, qui évite soigneusement de « faire du style ». Tout en restant le plus près possible du texte original, Robert Kahn a su restituer aux lettres tout leur tranchant, toute leur densité.

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