• Le poulpe et la pulpe

    Cathy Garcia

    J'ai mordu, bafouillé comme d'autres se lovent et jouissent. J'ai camouflé ma soif dans une cargaison de vertige. Trouvé dans le caniveau, une pépite lustrale.
    Sur les crêtes frontalières, j'ai fait récolte de courbes sereines. Amulettes fertiles. Clarté rayonnante. Trouvé le noyau de la féminité caché dans les arbres.
    Des cavales et des transes, j'ai gardé l'authentique insolence de la pulpe. Ce tremblement des nuques, embuscade hypnotique. Méandre où se coule la joie inconditionnelle.
    Dans ma soif, j'ai la vision d'un oiseau ensorceleur posé sur la branche haute d'un cèdre.

  • Voici donc Des ourses dans le ciel ou Cathy Garcia & compagnie, 3ème volume de la série francophone X & compagnie. Après Stéphane Bernard en septembre et Thierry Roquet en novembre, la série revient sur toute l'année 2015, une fois tous les deux mois. Cat

  • Fugitive

    Cathy Garcia

    Fugitive est un ouvrage en vers libres qui nécessite une lecture chronologique. Comme dans les deux premiers recueils de Cathy Garcia que nous avons publiés (Le poulpe et la pulpe en 2011, Les mots allumettes en 2012), on est dans un récit abstrait, avec un axe fort, de l'action, et ici une exhortation quasi externe : je marche, je dois marcher ! En miroir, le lecteur pourrait/devrait entendre : reconstruit ton propre récit, avance ! Ce texte court tire sa force de sa cohérence essentiellement.
    Le vocabulaire est riche, « brut », plutôt terrestre (pollen, étoiles, silex, transhumances, tourbe, loups, humus, rosée, glaise, vendanges, jachères, sources, rapace, moisson, rocaille, granit...) Les expressions sont souvent violentes, de l'ordre du tragique ou de la tragédie (Les bêtes désarticulées ; Visions éclatées de l'oracle ; Un corps de femme à lapider ; sinistres bouillies de chimères) ; on respire toutefois avec de rares mots tendres (la douce chair des roses ; la nacre d'un ange).
    On est parfois au bord de la provocation, de l'outrance sulfureuse (La meute aime le rut ; Je suis la sorcière parfumée d'épices. Voyez les déluges rougissant entre mes seins d'ambre ; Allongée. Au bord de la jouissance ; ouvrir mes cuisses libère mes odeurs de femme). On y trouve quelques constructions originales mais parlantes (liturgies volcaniques ; je panthère avec la mort).
    La situation de fuite, de traque, donne à ce recueil-récit une grande énergie où transpirent la colère, la frustration, la hargne, la révolte, mais aussi la soif de (sur)vie, l'animalité, une sorte d'optimisme quasi atteint. Nous avons avec l'écriture de Cathy Garcia, le côté féminin de celle de Serge Bec, en particulier dans Psaume dans le vent.

  • Les mots allumettes

    Cathy Garcia

    Survivre, hanches fendues de foudre, gorge dépouillée. Je marche, froisse un fantôme. Les oiseaux du jour fondent en l'air. Je plie les genoux, ramasse mes entrailles de verre. Un peu de sel, un peu de chair. Je ramasse et enjambe l'éblouissement.
    ...
    Avale-moi, dis-je au bois. Écorce-moi, dis-je à l'homme, lentement comme un coma.
    Terre et copeaux. Ma langue éboulée au creux du refuge.
    Je suis morcelée. Là mon coeur, là un poumon. Là mon âme et des frontières entre chaque terrier.
    ...
    Piqûre du vivre. Miel rauque du secret. Nudité inhabitable.
    Se sertir dans un jardin amer. Ciseler le semblant, en élucider les ramifications.
    J'épouse le cercle de la cohérence oubliée.
    ...
    Buisson des cuisses où croassent les crapauds. Rumeur des langues qui lapent les pierres.
    Bouillon noir des reins vrillés de trouille. La vie et son implacable sentence de mort.
    La brume se faufile dans la fissure, embaume l'esprit de visions funestes. Ce qui transpire des murs, c'est le goût de l'ombre. Il ébouriffe et dés-habille le sang.

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