Littérature générale

  • Les langues savent sur nous des choses que nous ignorons. Elles diffèrent non par les mots, qui voyagent et s'échangent par familles, mais par leurs idéalisations collectives, logées dans leur morphologie. Aujourd'hui, la langue française est en passe de s'effondrer en une sorte de dialecte de l'empire anglo-saxon - ce qui implique un autre Réel, autant qu'un infléchissement collectif des visions du monde et des relations humaines, dont aucun politique, semble-t-il, n'a la première idée. « Speak white ! », partout résonne l'injonction de parler la langue du maître : nous soumettrons-nous ? Mais pourquoi renoncer au bonheur de parler français ?

  • Eloge du français dans lequel l'auteur révèle les richesses de la langue et déplore qu'elle ne soit mieux employée.

  • Le 13 décembre 1880, à vingt-sept ans, Arthur Rimbaud arrive à Harar, aux confins désertiques de l'Est éthiopien, pays qui était alors appelé Abyssinie. À cheval, déguisé en marchand mahométan, il part « trafiquer dans l'inconnu ». Quatre-vingt-dix-sept ans plus tard, un jeune écrivain français sillonne le pays, interroge partout les gens, pousse même, sur les traces de Rimbaud, jusqu'en Égypte...

  • Koba

    Alain Borer

    • Seuil
    • 23 Août 2002

    Au début de notre ère, un terrible ouragan dévaste ces hautes vallées du Caucase que l'on appelait le «Ventre du monde». Pour se venger du Vent, un bûcheron géorgien, Koba, chef des Abreks, décrète l'extermination des dieux, de tous les dieux, où qu'ils se trouvent.
    Alors commence cette chasse insensée : les «Insoumis», ainsi s'appellent-ils eux-mêmes, déferlent sur les hauts plateaux d'Arménie, installant partout, jusque dans les chemins de neige, des pièges à dieux. Koba s'écrie : «Que les dieux nous blâment à leur guise ! Laissons-les pousser des cris de rage ; même s'ils se lèvent contre nous, nous serons vainqueurs !» Pour se rendre plus effrayants, les Abreks s'enduisent de glu et se roulent dans les chardons. Massacres, viols et pillages s'enchaînent : Ninive est en flammes, Babylone mise à sac. Dans les déserts de Syrie, des juifs leur parlent d'un certain Elohim, un dieu qui passe dans la brise et qui chuchote. Qu'à cela ne tienne : Jérusalem investie, les chercheurs de dieux dévorent et mâchent les rouleaux de la Torah. Le Sinaï franchi, Koba et ses hordes ensanglantées dévastent les rives du Nil, «le Nil couleur de carnage et d'incendie»... puis rageusement s'embarquent pour la Grèce, à destination du mont Olympe, le repaire des dieux inaccessible aux hommes.
    On le sait, c'est surtout à mi-chemin des mythes et de l'Histoire que les dieux ont tendance à pulluler : c'est donc là que Koba inscrit sa guerre personnelle - une guerre totale par laquelle le Guide, à la recherche du Grand Coupable, pourchassant dieux et hommes jusqu'au dernier, devient dieu lui-même. En ce sens, Koba est au-delà de Prométhée, il est lui-même l'injure définitive, l'injure bariolée, hoquetante et inépuisable qu'on fait aux dieux.

  • * « C'était un courriel du capitaine de La Boudeuse, qui naviguait quelque
    part au large de l'île de Pâques, dans le même fuseau horaire que la Californie
    - telle La Boudeuse de Bougainville, jadis, dans ces parages, à la découverte
    d'un nouveau monde : ``Dans quelques jours, nous atteindrons les îles Gambier
    au sud des Tuamotu. Tu as le sac aux pieds, alors saute dans le premier avion
    pour Tahiti. Là, tu te dégottes un petit avion pour l'atoll le plus au sud des
    Tuamotu. Puis tu nous appelles par le satellite pour nous dire où tu te trouves
    et on vient te chercher... Ensuite, on remonte ensemble tous les atolls
    intéressants (une bonne dizaine éparpillés un peu partout) et on accoste à
    Tahiti pour le printemps...'' Ce genre de messages s'adresse à Livingstone en
    toi ; à ce qu'il y a de meilleur. Le capitaine de La Boudeuse ne télégraphie
    pas à un veau marin. »Dans ce récit, où la découverte et l'imaginaire
    s'entremêlent, où la fantaisie poétique s'empare des prosaïsmes, Alain Borer
    nous emmène à Tahiti, sur un océan qui n'a de pacifique que le nom.Voyage
    initiatique, ce récit, déconcertant et jubilatoire, s'inscrit dans le sillage
    des plus grands navigateurs, explorateurs, peintres, poètes et écrivains. *
    Alain Borer est poète, critique d'art, essayiste et romancier (spécialiste
    mondialement reconnu d'Arthur Rimbaud, auquel il a consacré une dizaine
    d'ouvrages). Il a reçu le prix Édouard Glissant 2005 décerné par l'Université
    Paris-VIII pour l'ensemble de son oeuvre. Depuis 1995, il est « Visiting
    Professor » en littérature française à l'université de Californie du Sud, Los
    Angeles.

  • Icare & I don't, vaudeville métaphysique, se compose de trois pièces organiquement liées : Paul des Oiseaux, Le Chant du rien visible et Le Quadrige invectif.

    Quatre personnages - avec pour accessoire suffisant une échelle, retournée en bolide spatial puis en automobile - reviennent dans chaque pièce avec des rôles différents mais analogues.

    Paul des Oiseaux, qui reprend un synopsis abandonné d'Antonin Artaud, présente un dialogue sur la « perspective » entre les deux grands maîtres de la Renaissance, Paolo Uccello et Brunelleschi, et un jeune peintre contemporain, Antoniucci ; la seconde pièce raconte ou chante la course intersidérale de deux autres chercheurs d'absolu, Giotto et Bill Halley, qui chevauchent la sonde éponyme (Giotto) de l'Agence Spatiale Européenne à la rencontre de la comète de Haley ; dans la troisième les coureurs s'interpellent comme sur la route du Tour, Richard Mille dans sa Bugatti, Fausto Coppi sur son vélocipède, Pégase et sa jument Let's go Darling - la course du quadrige du soleil contre le temps.

    « De toute oeuvre, assure l'auteur, il n'y a au fond qu'une chose à savoir : est-ce qu'elle est abyssale ou pétillante ? » Ces pièces - qui seraient à voir par dessous, en levant les yeux : ce sont des « drames contemplatifs » - réunissent deux types de personnages dramatiques, les icariens (qui chutent magnifiquement) et les dédaliens (qui réussissent le vol mais assistent à la chute). L'ambition de Icare & I don't ne serait rien moins que d'atteindre à un alliage très rare de poésie et d'humour, de légèreté et de profondeur. « En sorte que le théâtre, vu par dessous et s'il était drôle (allegro serioso), pourrait se faire renversant. »

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