Zellige

  • Dans ce recueil, le lecteur vivra le coup de foudre entre une libraire et un client, qui vont passer la nuit assis sur le parquet de la librairie à se lire réciproquement des extraits de livres qu'ils ont aimés.
    Il verra un juge prononcer une curieuse sentence envers de jeunes néonazis.
    Il accompagnera un archiviste de la TV à la recherche du dernier conteur vivant, dans un village sans couverture Internet.
    Il suivra une jeune SDF réfugiée dans la cabane désaffectée d'une grande gare et qui passe ses nuits à dévorer les oeuvres complètes du Che.
    Il sera surpris de voir comment au siècle prochain, alors que les livres ont disparu, un neurologue découvrira que la lecture de certains romans peut retarder la progression de la maladie d'Alzheimer.
    D'autres figures jalonnent ces histoires, dont certaines nous ramènent à une sombre actualité, comme celle de cet écrivain turc emprisonné et dont les livres sont brûlés.
    Le livre sera mis en vente le 23 avril, pour la Saint-Georges, où l'usage venu de Catalogne veut qu'hommes et femmes s'échangent une rose et un livre.
    Jean Jauniaux est président du Pen club de Belgique.

  • Peu avant que son père ne s'éteigne, Pauline lui promet d'aller au Pérou sur les traces de sa mère, disparue lors d'une mission humanitaire. Est-elle morte ? A-t-elle été enlevée par les guérilleros du Sentier lumineux ?
    Arrivée à Lima la boule au ventre, elle retarde le moment de partir à sa recherche, dans un processus de procrastination. Elle a besoin de décompresser. Visite la ville, a une aventure avec Rafael, le serveur de l'hôtel, l'accompagnant dans un carnaval où elle danse sans compter.
    Mais il faut bien honorer sa promesse. Au volant d'une vieille américaine, la voici partie dans une sierra movie, guidée par Lucia, jeune humanitaire, qui devient son amie et amante. Arrivée à Cerro de Pasco, la plus haute ville minière au monde, elle rencontre des militants qui luttent pour les droits des travailleurs de cette cité hors normes. Ils ont connu sa mère, lui en parlent avec respect et lui conseillent d'aller à Cuzco, l'ancienne capitale des Incas, à 3600 mètres, pour rencontrer un chaman.
    Cette rencontre sera déterminante, mais avant de lui dire ce qu'il sait, le chaman tient à l'initier à la mochica, la vieille culture inca, en ingurgitant une décoction de plantes qui va la faire dormir. A son réveil, elle se sent sereine et prête à affronter la vérité, alors que la veille elle était angoissée.
    Le chaman la conduit alors à un hospice où elle retrouve enfin sa mère. Mais celle-ci ne la reconnaît pas, même si elle paraît contente de recevoir la visite de cette inconnue. Il ne s'agit pas d'Alzheimer. Pauline sait que la plupart des humanitaires reviennent souvent avec des troubles mentaux. Elle comprend que les épreuves que sa mère a traversées l'ont perturbée à un tel point qu'elle a gommé de sa mémoire tous ses souvenirs.
    D'abord accablée, Pauline se dit que sa mère semble heureuse et que c'est l'essentiel. Et elle comprend ce que voulait dire le chaman lorsqu'elle devait d'abord se trouver, en buvant cette décoction mochica. En venant au Pérou, il s'agissait d'une double quête, retrouver sa mère, accepter ce qu'elle était devenue, pour être enfin en paix avec elle-même...
    Ce roman nous entraîne sur les chemins escarpés des Andes péruviennes à la rencontre de populations parfois misérables, toujours ancrées dans les traditions incas, dans le sillage d'une jeune femme qui oscillera sans cesse de l'angoisse au bonheur. Mais qui repartira apaisée, riche de toutes ces rencontres effectuées tout au long de son parcours.

  • Muzungu

    Martin Buysse

    A Bruxelles, François s'est lié d'amitié avec Robert et Faustin, deux Hutu rwandais. Quand les Tutsi d'un mouvement rebelle basé en Ouganda envahissent le nord du Rwanda, il prend fait et cause pour les Hutu, écrit de virulents pamphlets anti-Tutsi et part pour Kigali, où il publie ses chroniques dans un journal. Lorsqu'en signe de reconnaissance, un chef de milice hutu lui offre une jeune Tutsi violentée, ses yeux finissent par voir ce qu´il ne voulait pas regarder : si dans le Nord, les Tutsi se livrent à des exactions, partout ailleurs ils sont massacrés. Il prend alors une décision qui scellera son destin. Avec ce roman, l'auteur nous raconte l'histoire d'un homme empêtré dans une aventure qui le dépasse et débouchera sur le dernier génocide du XXe siècle. Martin Buysse enseigne à l'Université de Louvain, après avoir séjourné au Congo et au Rwanda. Son premier roman, La logique du sang (Zellige) a été récompensé par le Prix 2017 des marins-pêcheurs guadeloupéens.

  • Comment Monsieur Jean peut-il se retrouver dans cette résidence pour personnes âgées, alors qu'il a trois enfants qui pourraient s'occuper de lui ? Et pourquoi sa femme - plus jeune que lui - est-elle partie assurer une mission humanitaire au Pérou ?
    Malgré tout, Monsieur Jean n'est ni aigri ni malheureux, il s'adapte à ce nouvel univers, limité aux quatre murs de sa chambre. Plutôt que de s'apitoyer sur son sort, il profite au mieux des petits bonheurs qui lui restent. Il relit les lettres que sa femme lui a envoyées du Pérou, reçoit parfois la visite de ses enfants.
    Ne pouvant plus se mouvoir, il a développé ses autres sens, le goût, l'odorat, la vue, le toucher.
    Et puis voilà qu'arrive dans cette résidence, Axelle, un amour de jeunesse. Elle, contrairement à lui, est alerte. Elle furète dans tous les coins, avant de venir lui raconter les potins et les événements qui agitent la résidence.
    Petit à petit, au fur et à mesure de la lecture des lettres de sa femme, des visites de ses enfants, on comprend pourquoi son épouse ne reviendra jamais. Mais Monsieur Jean peut arriver serein au bout de sa vie. Avec la décision de sa fille de partir au Pérou sur les traces de sa mère, le fil de la vie ne s'arrêtera pas, et lui peut maintenant partir en paix après un dernier regard au géranium, son dernier compagnon, sa plante favorite, qu'une main aimée avait installé sur le rebord de la fenêtre.

  • 17 portraits de pères, et autant de rencontres (parfois heureuses) ou de rendez-vous manqués avec leur fils ou leur fille.
    Plusieurs ouvrages récents ont montré les évolutions liées à la paternité (Pères manquants, fils manqués, de Guy Corneau). La chanson de Stromae, Papaoutai, qui a fait le buzz dans le monde entier, en est un autre exemple.
    En plus de vingt ans d'activité journalistique, Michel Torrekens a côtoyé nombre d'hommes et de femmes qui lui ont raconté leur relation au père. Entre joie et difficultés, voire souffrance quand ce père brille par son absence. Mais ici, ni sociologie, ni journalisme, il s'agit bien de fictions (père admirable ; père violent voire immonde ; père absent ; père divorcé ; père heureux en ménage.) où s'expriment une émotion et un appel à plus de paternité dans nos sociétés. D'où ce titre en forme de cri : Papas ! Des récits aux tons variés, qui abordent des réalités d'aujourd'hui, avec pour décors la Mer du Nord, le Liban, le Burkina-Faso, Bruxelles, la France, etc. L'auteur fait ici preuve d'une merveilleuse sensibilité servie par un style tout en nuances.
    Aucun de ses personnages ne laisse indifférent.
    Michel Torrekens est l'auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels Le géranium de Monsieur Jean, publié chez Zellige, et qui a obtenu le Prix du meilleur premier roman belge, décerné par Patrick Poivre d'Arvor.
    Clin d'oeil : l'ouvrage est préfacé par l'écrivain Patrick Nothomb, lui aussi père... d'une certaine Amélie Nothomb.

  • Quelle chierie! Et quels monstres d'innocence ces paysans... Pas un livre, pas un cabaret à portée de moi... Quelle horreur que cette campagne...

    Comme Rimbaud, Marcel a fui l'Ardenne. Et comme lui, il a aussitôt regretté l'odeur du laitage dans l'air du soir ou celle de l'étable, pleine de fumier chaud...

    Il vient de mourir. Il avait quatre-vingt-huit ans. Il aimait Agathe, la mer, le vin et les livres. Sa fille se souvient que petite, il l'a payée vingt francs pour dire un poème.

    - C¸a y est, papa, je connais. Tu me donnes mes sous ?

    - Récite-le-moi d'abord.

    Drôle de contrat. Un simple poème peut-il nourrir un destin? Il semble que oui et c'est la trace que suit l'auteure. Amoureux l'un et l'autre du « poème à vingt francs », père et fille deviennent le symbole de ce qu'une génération peut transmettre à la suivante.

    Leurs vies sont ancrées dans celle du vingtième siècle et au fil des ans et des événements - les rafles de 1942, l'Expo 58, les grèves de l'hiver 60, mai 68... - une galerie de personnages traverse leur histoire et l'Histoire. Attachants et burlesques, pathétiques et généreux, nous les avons croisés, ils nous croisent tous les jours, en Belgique et même jusqu'au Maroc.

    Avec l'élégance de style qu'on lui a déjà reconnue, l'auteure nous offre ici, dans un registre intimiste tantôt drôle, tantôt grave, le quotidien de Belges qui invitent chez eux la poésie.

  • « Elle fait pff en avançant la lèvre inférieure pour décoller les cheveux qui lui chatouillent le nez. Elle agite encore sa corde à sauter, sans conviction. Elle essuie de temps à autre sa figure très ronde, un peu lourde, avec le dos de sa main ou même le revers de sa robe. Et c'est à ce moment-là, celui où un pan de tissu est levé devant son visage, que passe sur la route quelque chose de rose. Et quand c'est passé, la petite fille n'est plus là. Sur le bord de la chaussée, il n'y a plus que la corde. Une corde vert fluo avec des poignées en plastique ».

    Disparition?? Enlèvement?? L'auteur de Scènes d'amour et autres cruautés nous enlève, nous aussi, sans complaisance, des lieux de notre quotidien. Dans la rue, dans une salle d'attente, à table, au lit, il nous surprend en flagrant délit d'innocence. D'absence. Le basculement s'est produit subrepticement. Il nous entraîne dans les profondeurs plus ou moins avouables de notre petit infini personnel et il nous laisse alors tout seuls face à nos questions.

    Nous retrouvons, dans l'écriture de Jacques Richard, le goût du dérapage, du sens pluriel et détourné. L'acuité de l'observation, la puissance d'évocation ouvrent sur une vision du monde dont l'humour parfois corrosif n'oblitère jamais la tendresse pour ses semblables.

  • François, architecte divorcé, tombe sous le charme de Sana, jeune Palestinienne venue faire ses études en Europe. Rapidement ils s'installent ensemble, puis ont une fille, Farah. Contrairement à Sana, François ne se sent particulièrement concerné par le conflit israélo-palestinien.

    Petit à petit, leur couple va se déliter, jusqu'à la séparation, chacun ayant la garde de Farah à tour de rôle. Un été, Sana part avec Farah à Gaza, chez ses parents. Qui ont le malheur d'habiter le même immeuble qu'un chef du Hamas. Un soir, un avion israélien lâche une bombe sur le bâtiment qui est entièrement détruit. Il n'y a pas un seul survivant.

    François, effondré, ne supporte pas la disparition de sa fille. Cela devient une obsession : exercer sa vengeance.

  • Un homme, fin de la trentaine, voit sa vie bouleversée par une femme : Anna Anakowska, dont le patronyme évoque l'Europe, celle qui est très à l'Est. « Était-ce donc cela que nous recherchions durant toutes ces années, sur tous ces corps, au fond de toutes ces bouches, contre toutes ces peaux que l'on voyait belles, blanches, halées, mates et attrayantes?? La ligne d'arrivée, enfin. Le refuge ».

    La transition rapide entre une ancienne histoire et ce nouvel amour le pousse à se questionner sur les périodes charnières de son existence, mais aussi sur les failles de son être. Aime-t-il vraiment Anna Anakowska?? Sera-t-elle son point d'ancrage?? Les moments solitaires qu'il s'accorde, au bistrot ou ailleurs, esquissent quelques réponses.
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    Un cheminement où l'amitié est personnalisée par le vieil André, le confident de toujours, qui lui apporte apaisement et quiétude.

    Il acceptera enfin d'être libre, lorsque par une déroutante coïncidence, se croiseront la vie et la mort.

    L'auteur fait preuve d'une grande maîtrise de l'écriture avec ce roman divisé en trois chants : Si tu m'attends je vais changer ta vie, Elle portera, tu supporteras et Le Temps autrement. Avec, à chaque fois, un changement dans la narration : le récit (je), la voix intérieure (tu), la distance (il). Un regard intime sur une histoire d'amour qui arrive, s'installe et change la vie d'un homme.

  • Qu'elle prête sa structure à l'ensemble, construit comme une série de variations, ou son phrasé à tel morceau dont elle est le sujet, la musique est le fil qui relie entre elles ces nouvelles.
    Au bord du fantastique, elles interrogent différentes facettes de ce que nous appelons la réalité dans un jeu qui mêle, avec compassion, anxiété et ironie, la veille au rêve, la fragilité de l'instant à celles de gens et lieux d'autant plus incertains qu'ils sont plus familiers.

  • Jane, belge d'origine vivant aux Etats-Unis, échange pour un mois son appartement de Chicago avec une famille bruxelloise. Le temps de compléter sa thèse sur les papillons rares, au Musée royal de l'Afrique centrale, à Tervuren, près de Bruxelles.
    Ayant lu trop brièvement le contrat portant sur l'échange des deux appartements, elle découvre à son arrivée qu'elle devra cohabiter avec Jérôme, le fils de famille, resté à Bruxelles. Glandeur, un brin magouilleur, cultivant des plants de marijuana dans la salle de bain, c'est l'opposé de Jane, chercheuse à la tête bien pleine. Ce qui ne l'empêche pas d'être jolie, et de susciter chez Jérôme un intérêt certain.
    L'une des forces de ce roman, ce sont les personnages secondaires, bien campés, qu'il s'agisse des chercheurs du Musée ou des compagnons de maraudes de Jérôme. Deux mondes que tout oppose, mais qui vont se croiser.
    L'autre force, c'est la chute finale, tellement bien amenée qu'elle est totalement inattendue. Dans le cadre de l'un de ses plans foireux habituels, Jérôme avait pris en cachette des photos de Jane dans sa chambre pour les vendre à un journal peu regardant. Lorsque celle-ci s'en aperçoit, l'orage éclate entre eux, et Jérôme, pour trouver une issue, propose de dire que c'était sa soeur. Jane est alors prise de vertige, car cela fait ressurgir le secret qu'elle avait au plus profond d'elle-même : sa soeur jumelle morte à sa place, et dont elle a pris l'identité pour ne pas avouer sa responsabilité - même involontaire. Jane n'est donc pas Jane, mais Lisa.
    C'était effectivement un échange risqué, bien plus que celui des appartements.
    Cette révélation va bouleverser les rapports tendus qu'entretenaient jusqu'ici Jane - Lisa - et Jérôme, dont le comportement n'est pas étranger là aussi à des secrets de famille.
    En conclusion, un roman remarquablement ficelé, à la chute imprévisible, avec des personnages originaux et encore une fois fort bien campés.

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