Syllepse

  • Depuis la parution du livre du docteur Vasseur en l'an 2000, et les rapports multiples qui l'ont suivi, nul n'ignore que les droits de l'homme sont bafoués dans les prisons de France, et que la dignité des personnes détenues y est bien souvent piétinée. La prison a fait la preuve de sa contre productivité. Elle sécrète l'exact contraire de ce qu'elle est censée produire. De ses murs, elle ne libère que des êtres en souffrance, désocialisés, inaptes à l'insertion, n'ayant pas même, bien souvent, les moyens de subvenir légalement à leurs besoins les plus vitaux. La prison, outil de sanction et de préparation au retour à la vie sociale, n'est que « mangeuse d'hommes», finissant d'achever des êtres cabossés par la vie. L'auteur a travaillé douze années comme enseignant à la maison d'arrêt de Nîmes. Il raconte son expérience et défend une thèse : la « pénitentiarisation » de l'enseignement en milieu carcéral l'écarte de sa mission. En effet, les conditions d'exercice qui lui sont faites rendent de plus en plus périlleuse l'exécution de la mission qui lui est pourtant explicitement assignée. Une mission qui, comme le préconise la circulaire d'orientation signée par les ministères de l'éducation nationale et de la justice, doit se fixer trois objectifs : « soutien à la personne, formation et validation des acquis, ouverture aux différentes formes d'accès au savoir. » L'auteur s'est basé sur ses observations, sur le journal qu'il a conçu avec ses taulaurds d'élèves, sur ses relations avec ses collègues enseignants et avec le personnel pénitentiaire, sur des mémoires de stages et enfin sur des circulaires et conventions officielles. Le chapitre, De la maison d'arrêt de Nîmes, essentiellement narratif, est un récit mais aussi le témoignage d'une souffrance. Celui intitulé De l'enseignement en prison, plus réflexif, s'intéresse à la maison d'arrêt de Nîmes mais plus du point de vue de l'enseignant et de ses activités pédagogiques. Un troisième, D'un échec à l'autre et d'une utopie, pour l'instant est au coeur du propos. L'auteur propose quelques pistes de réformes, porteuses d'espérance. Il souligne ainsi combien, malgré les pieux conseils pour « bien faire », il est en l'état actuel des choses, des mentalités et des politiques, illusoire de prendre au pied de la lettre les injonctions et les recommandations. Le chapitre intitulé Des textes réglementaires essaie de montrer comment s'effectue un mouvement d'autonomisation du monde de l'enseignement en milieu carcéral, par l'affranchissement, non totalement abouti cependant, des règles et procédures prévalant dans le monde de l'éducation nationale « ordinaire » dont, à juste titre les enseignants en prison et leurs « cadres », mais pour ceux-ci quand cela les arrange, continuent à se réclamer. Il montre, au fil de ces pages, que cette autonomisation est « carcéralisante ». Avec Du désagrément, pour en quelque sorte « boucler la boucle » et en revenir à ses aventures/mésaventures, l'auteur présente son « désagrément » en tant qu'instituteur de l'administration pénitentiaire. En outre, ce chapitre inclut des réflexions d'ordre à la fois plus personnel, voire intime, et d'autres relevant d'un registre plus général, qui est en quelque sorte une tentative de compréhension de ce qu'il a vécu mais aussi une forme de mise au jour de fonctionnements institutionnels dont l'extrême violence n'est pas le moindre défaut. La conclusion, sur un registre plus sociétal interroge, par-delà la « pénitentiarisation » de l'enseignement en milieu carcéral, la « carcéralisation » de notre société ou à tout le moins la pénalisation de plus en plus fréquente d'illégalismes jusque-là oubliés, ignorés, qui laisse augurer d'une augmentation continue de la population pénale, placée « sous main de justice » comme on dit en français châtié.

  • La culture scolaire est-elle en crise ? Est-elle responsable de l'échec scolaire ? Faut-il attendre la maîtrise d'un socle minimal de compétences avant d'introduire certains élèves à une véritable culture ? Quels changements de la culture scolaire entraîne l'évolution du monde ? Doit-on former un individu entièrement absorbé par son « employabilité » ou une personne libre de ses choix, gagnant, par sa culture, un peu plus d'humanité ? Est-il possible de définir une culture qui transcende les clivages et les groupes sociaux, qui crée des liens forts et une aspiration à plus d'égalité et de progrès pour tous ou faut-il se résigner à ne plus construire que quelques comportements collectifs ? Ce livre répond à ces questions et mène une réflexion sur ce que pourrait être une nouvelle culture scolaire, commune à tous les jeunes, répondant mieux aux missions de l'École. Il tente d'évaluer la place nouvelle des savoirs, d'esquisser ce que pourrait être la figure ordinaire d'un homme et d'une femme cultivé(e)s. Il bouscule les idées reçues : aussi bien celles qui, prétendant dénoncer la faillite scolaire, rêvent de retrouver l'École des années trente, que celles qui, se parant de la modernité, croient ouvrir à tous le paradis du libéralisme avec de miraculeuses « compétences clés ». Ce livre propose des pistes pour rééquilibrer le curriculum en faveur des savoirs pratiques et des savoirs d'action, pour mieux l'ouvrir aux diversités culturelles, pour retravailler l'identité collective, pour mieux faire entrer tous les jeunes dans la culture écrite, pour redonner une épaisseur problématique aux sciences. Il propose une école sensible aux valeurs et à la création. Il propose de réfléchir à l'introduction de nouveaux savoirs. La nouvelle culture ébauchée se veut plus ouverte sur les cultures : trouvant la voie de passage entre l'universel et le relatif, conciliant la rigueur de la preuve et la prise en considération des opinions et des croyances, façon essentielle de résorber les rejets, les racismes et les violences. Elle accorde une place éminente aux langues étrangères et régionales comme vecteurs de communication. Elle retravaille l'identité collective qui nous constitue en donnant à comprendre comment les mémoires singulières nourrissent la mémoire commune. Elle veut faire de la pensée scientifique un élément clé du développement des intelligences en lui restituant l'épaisseur historique des problèmes
    qu'elle aide à résoudre. La nouvelle culture devra donner à tous les élèves une ouverture sur le monde de la production des biens et des services et sur celui du travail. Elle devra recentrer le travail scolaire sur l'action, la prise d'initiative et la production d'objets culturels de tous ordres. Elle devra renforcer sa capacité à créer du collectif, du lien social, de la solidarité plutôt que de la compétition et de l'individualisme scolaire ; elle attachera une nouvelle importance aux sciences sociales et humaines et à tous les savoirs qui permettent aux hommes de vivre en société et d'y faire respecter l'égalité et la justice entre groupes sociaux mais également entre hommes et femmes. La culture commune devra accentuer l'effort de pratiques interdisciplinaires construites, et renforcer la mise en synergie des programmes, facilitant l'échange et la circulation des connaissances dans des contextes différents, et permettant la compréhension des frontières et des échanges entre les disciplines. La culture commune enseignera explicitement les méthodologies du travail intellectuel, notamment l'activité documentaire, et les usages raisonnés de l'ordinateur. A chaque étape, l'élève devra gagner en conscience civique et morale, non pas comme des apprentissages distincts mais comme un devoir de tous les instants de la formation, liant l'acquisition des savoirs à la réflexion philosophique qui seule permet d'en envisager les principes fondateurs et l'usage raisonnable. Se faisant, la culture commune aura peut-être fait gagner chacun en humanité.

  • Plusieurs périodes scandent l'histoire de la Fédération­ syndicale unitaire (FSU). Les quatre premières années de sa vie, celles de la création, ont fait l'objet d'un premier tome Une Percée flamboyante (1993-1997) paru en 2010 (Syllepse, ISBN: 978-2-84950-268-6).
    Dix années plus tard, le second tome retrace les années qui courent de 1997 à 2010.

    La FSU, qui occupe une place singulière dans le champ syndical - comme fédération de syndicats d'enseignants et de syndicats de la Fonction publique issue des aléas de l'histoire du mouvement syndical français dans l'après-guerre - tente de déployer un syndicalisme de transformation sociale, sur fond de détricotage de l'État social, de conversion de la gauche de gouvernement à la doxa néolibérale, et de crise des partis politiques.

    Alors que le mouvement social reprend des forces sous des formes renouvelées, sur des thèmes nouveaux, mêlant ONG, associations, syndicats, non seulement au niveau national mais aussi mondial, en partant d'un capital ancien de principes, d'idées et d'actions qui constituent le socle de son histoire et de son identité, la FSU s'inscrit dans la recherche tâtonnante d'alternatives aux politiques néolibérales.

    Ce second tome de l'Histoire de la FSU est une analyse de cette «histoire du temps présent».
    Après un examen du contexte général dans lequel le syndicalisme doit intervenir, le livre examine la FSU en action, son corpus, sa politique revendicative, ses structures, en tentant constamment de faire la part des succès et des échecs.

  • La transmission d'une culture économique, sociale, politique est une nécessité démocratique.
    L'école doit plus que jamais y contribuer. Cela inclut l'étude des entreprises dont les multiples aspects ne peuvent être ignorés des citoyens et des salariés. Un tel enseignement ne peut se confondre sans conséquences avec la propagande ou la publicité. Il doit s'appuyer sur l'observation indépendante et l'analyse objective. Cela va à l'encontre des modes d'inculcation de " l'esprit d'entreprise " et de diffusion des " images positives de l'entreprise ", nouveau catéchisme que l'OCDE et la Commission européenne, relayées par de nombreux experts et administrateurs nationaux, fermement soutenues par le patronat, voudraient imposer.
    Ce discours invitant à modeler les comportements plus qu'à transmettre des connaissances fait de l'Entreprise un mythe, le lieu de toutes les réussites et la source des valeurs fondamentales. Il trouve sa justification dans la mobilisation générale au service de la compétitivité, à laquelle ne devrait se soustraire aucune institution à l'âge de la mondialisation. La nature de l'enseignement des réalités économiques engage donc le sens fondamental de la laïcité, la liberté de l'esprit.
    L'ouvrage offre une analyse critique des relations actuelles entre l'école et le monde des entreprises et présente une large gamme de propositions visant à faire de la connaissance du monde des entreprises une composante indispensable d'une culture du citoyen moderne.

  • Une naissance c'est toujours le fruit du hasard et de la nécessité. Une naissance c'est souvent le fruit de beaucoup de sentiments, de passions et de choix plus ou moins lucides. Dans la naissance de la FSU il y a tout cela, en même temps, qui est à l'oeuvre : intentions et accidents, joies, peines, raison.
    Transcription de la parole vive des acteurs de cet événement, ces actes du colloque qui s'est tenu à Paris les 15 et 16 décembre 2006 racontent ce moment historique du syndicalisme français. Ils permettent de faire la lumière sur des points essentiels pour mieux le comprendre. Ils pointent sans concession les zones d'ombre qui réclament encore le travail des historiens.
    Pour tous ceux qui étaient au début des années 1990 plus jeunes de près de vingt ans, engagés ou non dans l'action syndicale, la lecture de ce livre est une jouvence réflexive. Pour tous les plus jeunes qui le liront, elle est un acte de connaissance.

  • L'extrême-droite a fait une apparition spectaculaire sur la scène politique française en se plaçant au second tour de l'élection présidentielle d'avril 2002.
    Si l'on connaît assez bien les grandes orientations de ces formations sur quelques sujets majeurs (immigration, insécurité, Europe), on connaît moins leurs thématiques connexes. En l'occurrence sur l'école, elles ont une importante production idéologique et une politique offensive prête à l'emploi. Leurs discours sont ceux de la diabolisation de l'école de la République et leurs politiques sont celles de la répression.
    Diable !, monstre !, communiste !, disent-ils de cette école contemporaine, pour rajouter ensuite décadence !, illettrisme !, laxisme !, barbarie !, affairisme !, pornographie ! ou pédophilie ! Cette école qu'ils détestent, ils veulent la sanctionner en la débarrassant de ses " lubies idéologiques ", en abolissant le collège unique, en supprimant les instituts universitaires de formation des maîtres, les zones d'éducation prioritaire, l'Institut national de la recherche pédagogique.
    A l'inverse, ils réclament la " séparation de l'école et de l'Etat " et l'instauration du " coupon scolaire ". En livrant de tels assauts contre l'école actuelle, l'extrême-droite ne fais que perpétuer les guerres qu'elle a toujours menées contre l'école de la République. Quelques petits détours par l'histoire permettent d'en témoigner. Jules Ferry voulait-il l'école laïque, gratuite et obligatoire ? Ses adversaires les plus virulents parlaient déjà de " monstre aux cent gueules ".
    Plus tard, Edouard Herriot réclamait-il la gratuité du secondaire ? Ils criaient : " Trouvaille diabolique ". Puis, le collège de René Haby sera le " collège des soviets ". Quant à la " décadence " scolaire dont l'extrême-droite contemporaine fait ses gros titres, elle est concomitante de l'histoire de l'école. Les ennemis des lois scolaires républicaines prophétisaient déjà meurtres, prostitution et suicides.
    Contre celles des années 1920, ils promettaient nivellement, déclassements et déracinements en tous genres. Dans les années 1970, ils crieront au " sacrifice de génération ". Quant aux sanctions politiques que prévoient le programmes du Front national ou du Mouvement national républicain, à bien des égards, le gouvernement de Vichy les avaient déjà mises en oeuvre...

  • À l'heure du démantèlement de l'éducation, de la «crise» de l'enseignement et des luttes enseignantes, ce livre vient opportunément lever le voile sur une pratique syndicale de masse entre 1944 et 1967. Le Syndicat national des instituteurs et institutrices (SNI) a regroupé, dans les années qui ont suivi la seconde guerre mondiale, la grande majorité du personnel enseignant.

    Nous découvrons ici l'histoire méconnue de cette organisation qui a développé une vivante et innovante articulation entre pédagogie et politique, enseignement et émancipation.

    En retraçant l'histoire de ce syndicat dans ce qui est alors le département de la Seine, son inscription dans les luttes sociales, dans les larges mouvements de grèves qui agitèrent ces années de reconstruction, c'est aussi à une réflexion sur les rapports entre l'éducation et l'histoire politique du pays que nous invite l'auteur.

empty