Philippe Rey

  • Poursuite

    Joyce Carol Oates

    De son enfance, Abby garde le souvenir de nuits tourmentées, habitées par un cauchemar récurrent : un champ peuplé d'ossements humains dans lequel elle erre à l'infini. Aujourd'hui Abby a vingt ans et, tandis qu'elle pensait avoir vaincu ses démons, son mariage imminent ravive l'affreux cauchemar. Moins de vingt-quatre heures après la cérémonie, Abby s'engage sur la chaussée et se fait renverser par un bus.

    Accident ou résultat d'un geste prémédité ? C'est ce qu'essaie de déterminer son mari, Willem, alors qu'un troublant faisceau d'indices se présente à lui : quelle est donc cette marque rouge autour du poignet droit d'Abby ? Pourquoi se réveille-t-elle en hurlant chaque nuit ?

    De confession en confession, Abby partage avec Willem ce qu'elle n'a jamais avoué à personne : l'histoire de Nicola, sa mère perpétuellement terrifiée, et de Lew, son père jaloux, violent, vétéran de la guerre d'Irak, accro à toutes sortes de drogues. Entre les deux, une fillette prise en étau...

    Porté par une écriture nerveuse oscillant entre le présent et l'enfance torturée d'Abby, à la poursuite de la surprenante vérité d'une famille, ce roman méticuleusement orchestré tient en haleine le lecteur jusqu'à la dernière seconde.

  • 2 novembre 1999. Luther Dunphy prend la route du Centre des femmes d'une petite ville de l'Ohio et, se sentant investi de la mission de soldat de Dieu, tire à bout portant sur le Dr Augustus Voorhees, l'un des « médecins avorteurs » du centre.

    De façon éblouissante, Joyce Carol Oates dévoile les mécanismes qui ont mené à cet acte meurtrier. Luther Dunphy est à la fois un père rongé par la culpabilité car responsable de l'accident qui a causé la mort d'une de ses filles, et un mari démuni face à la dépression de sa femme. Pour ne pas sombrer, il se raccroche à son église où il fait la rencontre décisive du professeur Wohlman, activiste anti-avortement chez qui il croit entendre la voix de Dieu. Comme un sens enfin donné à sa vie, il se sent lui aussi chargé de défendre les enfants à naître, peu importe le prix à payer.

    Dans un camp comme dans l'autre, chacun est convaincu du bien-fondé de ses actions. Mené par des idéaux humanistes, Augustus Voorhees, le docteur assassiné, a consacré sa vie entière à la défense du droit des femmes à disposer de leur corps. Les morts de Luther et d'Augustus laissent derrière eux femmes et enfants, en première ligne du virulent débat américain sur l'avortement. En particulier les filles des deux hommes, Naomi Voorhees et Dawn Dunphy, obsédées par la mémoire de leurs pères.

    La puissance de ce livre réside dans l'humanité que l'auteure confère à chacun des personnages, qu'ils soient « pro-vie » ou « pro-choix ». Sans jamais prendre position, elle rend compte d'une réalité trop complexe pour reposer sur des oppositions binaires. Le lecteur est ainsi mis à l'épreuve car confronté à la question principale : entre les foetus avortés, les médecins assassinés ou les « soldats de Dieu » condamnés à la peine capitale, qui sont les véritables martyrs américains ?

    Joyce Carol Oates offre le portrait acéré et remarquable d'une société ébranlée dans ses valeurs profondes face à l'avortement, sujet d'une brûlante actualité qui déchire avec violence le peuple américain.

  • Dans cet ouvrage très personnel, écrit en hommage aux poètes chinois de l'époque Tang (618-907) - parmi lesquels Li Bai, Du Fu, Wang Wei, Bai Juyi... -, J.M.G. Le Clézio fait revivre ces figures d'une époque troublée, qui aimaient le vin, les femmes, les errances, la nature, le passage des saisons, qui partageaient les souffrances du peuple face à la pauvreté ou à la violence des guerres... Poètes pour lesquels l'homme ne doit pas dominer mais plutôt échanger avec les autres règnes, les animaux, les plantes, l'eau, la terre, les pierres, les nuages, la brume, les astres...

    Incursion dans une civilisation qui a ouvert la Chine à la modernité, ce livre singulier et passionnant nous conduit dans la création et l'intimité de ces femmes et de ces hommes qui nous touchent encore aujourd'hui par leur art de vivre, leur élégance et leur intransigeante vérité.

  • Un jour de juillet 1650, Geertje Dircx est arrêtée et conduite à la maison de correction pour femmes de Gouda, condamnée à y passer douze ans. À l'origine de cette peine, Rembrandt Van Rijn. Jugée par contumace, la prisonnière, depuis sa cellule, revient sur les années qui ont précédé son arrestation et sur son idylle avec le célèbre peintre.
    De milieu modeste, Geertje entre à tout juste trente ans au service de Rembrandt, en tant que nourrice de son fils Titus. La mort de Saskia Van Uylenburgh, femme de l'artiste, fait de Geertje la maîtresse de maison, et la cohabitation laisse vite place à l'amour. Les deux amants vivent une liaison scandaleuse, hors mariage, jusqu'à la trahison de Rembrandt...
    S'appuyant sur des documents historiques et des sources sérieuses, La maîtresse du peintre redonne voix à Geertje Dircx, injustement désavouée par l'histoire. À l'encontre de l'image répandue d'un homme visionnaire et intouchable, Simone van der Vlugt dresse de Rembrandt le portrait d'un être complexe, un génie certes, mais capable de manipulation. Un roman puissant qui met en lumière une femme réduite au silence.

  • Né dans un bidonville de la banlieue de Douala au Cameroun, Petit Wat est un adolescent haut en couleurs qui fait les quatre cents coups avec ses copains. Mais, sans avenir chez lui, il prend la douloureuse décision de partir pour accomplir son rêve : faire un boza, passer en Europe. Avec un sac à dos troué et une immense foi en lui-même, Petit Wat découvre de nombreux dangers. Abandonné par un passeur aux portes du Niger, il doit affronter ghettos et déserts. Arrivé au Maroc, il rejoint des centaines de jeunes déshérités qui s'organisent pour affronter le « Monstre-à-Trois-Têtes » : des barrières massives séparant l'Afrique de l'Europe. Pourront-ils vraiment passer de l'autre côté ? Dans Boza !, Ulrich Cabrel et Étienne Longueville proposent un regard inédit sur les réalités migratoires. La verve des personnages et l'humour du narrateur contrastent avec les enfers qu'ils traversent, offrant à ce roman d'aventures une tonalité et un rythme captivants.

  • Esther est une enfant de droite née par hasard dans une famille de gauche, au mitan des années 70. Chez elle, tout le monde vit nu. Et tout le monde - sauf elle - est excentrique.

    Sa mère est une secrétaire anticapitaliste qui ne jure que par Mai 68. Son père, juif pied-noir, conjure son angoisse d'un prochain holocauste en rédigeant des listes de tâches à accomplir. Dans la famille d'Esther, il y a également un frère hyperactif et des grands-parents qui soignentleur nostalgie de l'Algérie en jouant à la roulette avec les pois chiches du couscous. Mais aussi une violence diffuse, instaurée par le père, dont les inquiétantes manies empoisonnent la vie de famille.

    L'existence de la petite fille va basculer lorsque ses géniteurs, pétris de contradictions, décident de la scolariser chez l'ennemi : une école catholique, située dans le quartier le plus bourgeois de Marseille.

    La petite conformiste est un roman haletant, où la langue fait office de mitraillette. Il interroge notre rapport à la normalité et règle définitivement son sort aux amours qui font mal. C'est à la fois drôle et grave. Absurde et bouleversant.

  • Basse naissance

    Kerry Hudson

    Kerry Hudson est née en 1980 dans les quartiers populaires d'Aberdeen, en Écosse, d'une mère vulnérable, isolée et sans emploi, et d'un père alcoolique et absent. De centres d'accueil en bed and breakfast, sa petite soeur, sa mère et elle ont connu pendant près de vingt ans la précarité extrême, les queues le lundi matin aux caisses d'allocation, la détresse et la violence familiale. Aujourd'hui, Kerry est une femme mariée de quarante ans, qui a écrit deux romans et a voyagé de par le monde. Mais elle n'oublie pas l'enfant qu'elle a été. Dans cette autobiographie, Kerry Hudson revient avec humour et fierté sur les lieux où elle a grandi, puise dans ses souvenirs et pose un regard acéré sur les inégalités de classe actuelles et les moyens de s'élever. S'abstenant de tout jugement et sentimentalisme, elle cherche à comprendre, à donner voix aux exclus et aux invisibles dont elle a un jour fait partie. Basse naissance est un texte courageux sur la pauvreté, un récit aussi drôle que bouleversant sur l'urgence.

  • Qu'elles soient veuves, célibataires, ou qu'elles vivent leurs premiers émois adolescents, les femmes qui composent ce recueil se retrouvent inévitablement confrontées aux dangers et menaces du monde extérieur, provoquant en elles un sursaut de noirceur et de révolte...

    Il en va ainsi de Jill, fascinée par son beau et mystérieux cousin plus âgé, qui comprend bien trop tard les intentions malsaines et funestes de celuici, mouton noir de la famille. Ou de Stephanie, adolescente boulotte et mal dans sa peau, jalouse de sa soeur aînée et attirée par le même garçon, qui finit par prendre le mors aux dents. Ou encore Mariana, hantée par le souvenir de la maison qu'elle partageait avec son défunt mari, qui fait une découverte des plus perturbantes. Claudia, quant à elle, est obsédée par les oiseaux du lac tout proche et fantasme de se transformer en héron vengeur pour régler son compte à un beau-frère un peu trop cupide.

    Exposant avec brio la frontière ténue entre fantasmagorie et réalité, les sept nouvelles rassemblées ici nous font pénétrer dans le quotidien de personnages vulnérables, perturbés, en prise avec la violence qui les entoure. Qu'elle prenne la forme d'un père autoritaire et abusif ou d'une compagnie aérienne outrageusement zélée, c'est bien la folie qui règne - magistralement - chez la grande Joyce Carol Oates.

  • La fabrique

    Simone Van Der Vlugt

    Amsterdam, 1892. Lydia n'espère rien lorsqu'elle se plonge dans les affaires de son père tout juste décédé. Mais la découverte d'un carnet la laisse songeuse : au fil des pages, elle comprend qu'il projetait la création d'une fabrique de fromage moderne, actionnée à la vapeur. Contre toute attente, elle se promet de réaliser ce projet un peu fou. L'époque interdisant à une femme seule de mener une telle entreprise, Lydia trouve de l'aide auprès d'un fermier de la région, Huib. À eux deux, et malgré leurs origines sociales différentes, ils comptent bien construire la plus grande fabrique de fromage de la région, et peut-être trouver en chemin plus que le succès...

    Anvers, 1914. Nora, fille unique de Lydia, a trouvé refuge en Belgique, dans les bras de son jeune époux. Un départ précipité qui prend toutes les apparences d'une fuite, tandis qu'elle cherche du réconfort loin des siens. Réussira-t-elle à assouvir cette nouvelle soif de liberté, alors que la Première Guerre mondiale frappe aux portes de son pays d'adoption ?

    Simone van der Vlugt nous tient en haleine avec cette histoire émouvante, pleine de péripéties - celle de deux femmes courageuses décidées à accomplir leurs rêves.

  • Sur les rives de la mer du Nord, Renaud coule des jours malheureux dans sa maison de maître, malgré l'attention de ses amis, presque aussi perdus que lui : François, vieux chômeur lunaire, et Brigitte, investie auprès des migrants. Ni les rencontres régulières et souvent dangereuses avec Tarik, son dealer, ni les voyages sporadiques en Angleterre chez l'excentrique tante Clarisse ne viennent guérir son dégoût de l'existence. À la mort de sa vieille gouvernante, Renaud recrute Teodora, jeune Salvadorienne taciturne, sans connaître son violent passé... Dans la grande demeure remplie d'oeuvres d'art et de courants d'air, entre ces deux écorchés s'installe alors un étrange climat de méfiance et d'attraction.

    Avec un humour mêlé de tendresse, Emmanuelle Pirotte brosse un portrait vitriolé de notre Occident épuisé. Mais elle esquisse également la possibilité d'une rédemption. D'Ostende à Douvres, en passant par l'Espagne et l'Amérique latine, nous marchons dans les pas de personnages intenses et fragiles qui se heurtent à leurs démons, à la violence et à la beauté du monde. Renaud et Teodora sortiront-ils de leur profonde nuit pour atteindre l'aube d'une vie nouvelle ?

  • Je m'appelle Jim Carlos, je suis jardinier.

    J'ai disparu le 12 janvier 2021. Un de mes derniers chantiers s'est de´roule´ aux Pre´s Poleux, dans la proprie´te´ des Loubet : Arnaud et Laure. Lui est re´dacteur en chef a` la te´le´vision, elle est professeure d'e´conomie dans l'enseignement supe´rieur. Chez eux tout est aussi harmonieux, aussi faux qu'une photographie de magazine de de´coration. Tout, me^me leurs cordiales invitations a` partager des cafe´s ou des de´jeuners au bord de leur piscine, vers laquelle je me dirigeais avec autant d'entrain que pour descendre au bloc ope´ratoire...

    Vous trouverez dans ce livre les deux cahiers que j'ai e´crits lors de mon aventure chez ces gens. Mais aussi l'enque^te mene´e par la juge Carole Tomasi apre`s ma disparition.

    Lebowski est le nom de mon chien. Tout est sa faute. Ou bien tout le me´rite lui en revient. C'est selon.

    Maintenant il est mort.

    Et moi, suis-je encore vivant ?

  • « De Moscou à Vladivostok, de Saint-Pétersbourg à Kazan, du cours puissant de la Volga aux confins orientaux de la Sibérie, quelle variété, quelle démesure ! C'est l'immensité de ce pays qui me fascine, ces forêts plus vastes que partout ailleurs, ces fleuves plus larges, cette façon de vivre plus folle et plus généreuse, cette aspiration de l'âme à perdre le sens de ses limites, ces oeuvres d'art d'une ampleur sans égale, films, romans, symphonies, ballets, tout un monde d'images et de rêves qui se déploie jusqu'à l'infini. » Dominique Fernandez

  • American dirt

    Jeanine Cummins

    Libraire à Acapulco, au Mexique, Lydia mène une vie calme avec son mari journaliste Sebastián et leur famille, malgré les tensions causées dans la ville par les puissants cartels de la drogue. Jusqu'au jour où Sebastián, s'apprêtant à révéler dans la presse l'identité du chef du principal cartel, apprend à Lydia que celui-ci n'est autre que Javier, un client érudit avec qui elle s'est liée dans sa librairie... La parution de son article, quelques jours plus tard, bouleverse leur destin à tous.

    Contrainte de prendre la fuite avec son fils de huit ans, Luca, Lydia se sait suivie par les hommes de Javier. Ils vont alors rejoindre le flot de migrants en provenance du sud du continent, en route vers les États-Unis, devront voyager clandestinement à bord de la redoutable Bestia, le train qui fonce vers le nord, seront dépouillés par des policiers corrompus, et menacés par les tueurs du cartel...

    Porté par une écriture électrique, American Dirt raconte l'épopée de ces femmes et de ces hommes qui ont pour seul bagage une farouche volonté d'avancer vers la frontière américaine. Un récit marqué par la force et l'instinct de survie de Lydia, le courage de Luca, ainsi que leur amitié avec Rebeca et Soledad, deux soeurs honduriennes, fragiles lucioles dans les longues nuits de marche... Hymne aux rêves de milliers de migrants qui risquent chaque jour leur vie, American Dirt est aussi le roman de l'amour d'une mère et de son fils qui, au coeur des situations tragiques, ne perdent jamais espoir. Un roman nécessaire à notre époque troublée.

  • Septembre 2018. Paul, assistant-qualité, vide l'usine bretonne. Cinquante ans d'histoire partent à la benne. À Plaintel, on a fabriqué des masques à perte de vue : des masques de protection, des masques respiratoires, des sexys et des becs de canard. Alors que la fermeture semble inéluctable, c'est la vie entière de Paul qui tangue : ses enfants ayant quitté le nid, son épouse s'absente le soir pour rejoindre de nouveaux amis.
    Quand Paul découvre sur Facebook un appel à se rassembler sur les ronds-points, il se lance dans l'aventure, prêt à faire corps avec ces gens qui souffrent, comme lui, depuis trop longtemps. Sur la départementale, il y a un monde fou, ça klaxonne, ambiance bon enfant. Paul retrouve son copain syndicaliste Dédé et croise Zozo le zingueur, une Fée et une Duchesse, des hommes et des femmes hauts en couleur, décidés à reprendre leur destin en main. Au point de donner à Paul la force de se battre pour la réouverture de son usine.
    Dans ce premier roman, Étienne Longueville raconte de manière épique l'histoire de l'usine de Plaintel, de ses ouvriers confrontés à une fermeture. Paul et ses amis tentent de survivre, côtoient les Gilets jaunes, traversent le confinement du printemps 2020, moment propice aux initiatives surprenantes... Car ces figures attachantes, pleines d'humour, révélatrices d'une France qui galère mais ne rend pas les armes, sont surtout des « braves », enfin prêts à exercer leur pouvoir.

  • De si bons amis

    Joyce Maynard

    Quand Ava et Swift Havilland, couple de philanthropes fortunés, décident de prendre Helen McCabe sous leur aile, celle-ci est au plus bas. À quarante ans, elle a récemment perdu la garde de son fils Oliver, huit ans, et partage sa semaine entre rencontres aux Alcooliques Anonymes, petits boulots pour un traiteur, et soirées à faire défiler sur son écran les profils d'hommes célibataires de sa région. S'étant réfugiée depuis son enfance derrière des récits de vies fantasmées - un jour orpheline, le lendemain petite-fille d'Audrey Hepburn -, elle trouve auprès des Havilland ce qu'elle a toujours recherché : se sentir unique.

    Couverte de cadeaux et d'attentions, Helen n'a jamais été autant choyée. Vulnérable, impressionnable, elle tombe rapidement sous l'influence du couple, les laissant régir jusqu'à sa vie intime et amoureuse, tandis qu'ils lui promettent la seule chose qui compte à ses yeux : récupérer la garde à temps plein de son fils. Mais lorsque Oliver, témoin d'un accident impliquant Swift, est accusé par ce dernier d'en être à l'origine, Helen se retrouve confrontée à un grave conflit de loyauté. Jusqu'où est-elle prête à aller pour garder la confiance des Havilland ?

    Dans un style fluide et percutant, Joyce Maynard offre un roman saisissant sur l'amitié, la trahison et l'amour maternel. Remarquablement construit, De si bons amis est le récit d'un drame inévitable, qui nous tient en haleine du début à la fin.

  • La pensée blanche

    Lilian Thuram

    Un jour, je demande à mon plus ancien ami :
    « Éric, tu as bien conscience que moi, je suis noir ?
    - Ouais.
    - Mais si moi, je suis noir, toi, tu es quoi... ?
    - Ben, je suis normal ».
    Ce drôle de mot, « normal », a été pour moi comme un détonateur. J'ai réalisé brutalement que les Blancs ne se voient pas blancs et, plus largement, qu'ils n'ont pas conscience de la position de domination dans laquelle l'histoire les a placés. Pourtant, quand on leur demande : « Est-ce que vous aimeriez être traités comme la société traite les personnes noires ? », tous sans exception répondent : « Non. » C'est bien qu'ils savent. Mais que savent-ils vraiment ? Et pourquoi l'acceptent-ils ?
    De ces interrogations est né cet essai, où j'essaie de décrypter la manière dont la supériorité blanche s'est enracinée dans les esprits au fil des siècles, au point de sembler « aller de soi » encore aujourd'hui. C'est cela, la pensée blanche : je parle, je signifie aux autres ce qu'ils doivent être, mais personne n'est autorisé à parler de moi. La longue domination des hommes sur les femmes fonctionne selon le même principe.
    Ce livre revisite tout d'abord certains pans de l'histoire : les conquêtes coloniales, l'esclavage, les empires, le Code Noir, l'instrumentalisation de la science et de la religion, la post-décolonisation et le pillage des ressources naturelles, le vol du patrimoine africain... Il examine les mécanismes intellectuels invisibles qui assoient la domination des Blancs. Il désigne le racisme ordinaire de nos sociétés, tissé d'une succession de petits faits parfois connus, parfois pas du tout : joueurs de football noirs accueillis par des cris de singe, discriminations à l'embauche, contrôles policiers au faciès, politique de « quotas » des minorités...
    Pour autant ce n'est pas un livre « anti-Blancs » : il ne s'agit pas pour moi de pointer quiconque du doigt. Je ne demande qu'une seule chose : qu'on ouvre les yeux avec honnêteté et lucidité sur des faits. Mon rêve est que nous soyons capables d'affronter les problèmes sans préjugés, comme des femmes et des hommes qui descendent tous du même ancêtre. Ce livre entend participer à sa manière à la libération des esprits pour que nous puissions un jour dépasser les couleurs de peau, pour finir par nous considérer comme ce que nous sommes : des êtres humains.

  • Adriane Strohl, une adolescente imprudente et idéaliste, vit dans un futur proche : une Amérique totalitaire en 2039 contrôlée à l'excès par la « Véritable Démocratie », où il est interdit à quiconque de sortir de la moyenne. Alors qu'elle est nommée major de sa promotion de terminale, elle commet l'erreur de vouloir briller dans son discours de fin d'études, et se voit condamnée à être télétransportée dans une bourgade rurale d'Amérique du Nord appelée Wainscotia pour y effectuer ses études supérieures... quatre-vingts ans plus tôt.

    Forcée d'adopter une nouvelle identité et constamment sous surveillance, Adriane - alias Mary Ellen Enright - découvre avec stupeur l'Amérique surannée de 1959. Désireuse de purger sa peine de manière exemplaire et de rentrer chez elle au terme des quatre ans fixés, Adriane s'immerge dans le travail, notamment son cours de psychologie. Mais elle ne tarde pas à tomber amoureuse de son professeur, Ira Wolfman, un exilé du futur comme elle qui tentera de la convaincre de s'échapper avec lui...

    Mélange parfaitement réussi de dystopie et d'histoire d'amour, le roman offre le portrait saisissant d'une société faussement égalitaire où délation et médiocrité sont la règle, un « petit paradis » en saisissant écho avec nos sociétés modernes actuelles...

  • Au XVIIe siècle, après la mort mystérieuse de son mari, la jeune Catrijn quitte sa campagne néerlandaise pour tenter sa chance à la ville. Le hasard des rencontres la mène à Amsterdam où elle est engagée comme intendante dans une famille. Passionnée de peinture, Catrijn aide la maîtresse de maison à parfaire son apprentissage. Elle fera même la rencontre de Rembrandt dans son atelier.

    Mais, poursuivie par son passé, en la personne d'un ancien valet de ferme qui menace de révéler les circonstances de la disparition de son mari, la jeune femme doit fuir à Delft où elle est engagée dans une faïencerie, et formée par un ami de Vermeer. Le grand peintre voit d'un oeil bienveillant le succès fulgurant de Catrijn lorsqu'elle met au point le célèbre bleu de Delft.

    Tiraillée entre deux hommes qui veulent l'épouser, passionnée par son métier, Catrijn doit faire des choix et tracer avec courage son propre chemin.

    Simone van der Vlugt offre le le magnifique portrait d'une femme artiste au Siècle d'or néerlandais, qui cherche à se faire une place dans un monde d'hommes en dépit des violences et des préjugés. Un roman captivant.

  • Folles nuits Nouv.

    Plus inventive - et brillante - que jamais, Joyce Carol Oates joue à imaginer les derniers jours de cinq géants de la littérature américaine. Dans Le Phare, Edgar Allan Poe, devenu gardien de phare, se retrouve, en proie à ses démons, sur une île déserte du Pacifique avec pour seule compagnie celle d'un chien, témoin de sa lutte contre un monstre hybride né de sa démence. Grand-papa Clemens et Poisson-Ange raconte un Mark Twain obsédé par ses rencontres clandestines - et sa correspondance - avec de très jeunes filles, tandis que Papa à Ketchum décrit un Hemingway réfléchissant avec soin à son suicide. Dans Le Maître à l'hôpital Saint-Bartholomew, Henry James, surmontant ses révulsions premières devant une salle remplie de soldats blessés, ne manque pas de s'enamourer de ces « chers garçons » qu'il a toujours désirés en secret EDickinsonRépliLuxe redonne vie à Emily Dickinson sous la forme d'une poupée androïde, un robot vivant fait sur mesure pour un couple de bobos entichés de poésie...

    Incomparable tour de force que ces histoires de folie, de désespoir, de solitude et de frustration sexuelle, superbement tricotées par Oates dans le style même de chacun de ces cinq maîtres pourtant réputés inimitables.

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  • L'appel a résonné au creux de la nuit : « Votre mari, Raymond Smith, est dans un état critique... » Titubante d'appréhension mais espérant contre tout espoir, Joyce se précipite à l'hôpital dont, guéri d'une banale pneumonie, Ray devait sortir le matin même. À l'arrivée, son compagnon de près d'un demi-siècle est déjà mort d'une violente et soudaine infection nosocomiale. Sans avertissement ni préparation d'aucune sorte, Joyce est confrontée à la terrible réalité du veuvage. Au vide. À l'absence sans merci.

    J'ai réussi à rester en vie est la chronique du combat d'une femme pour tenter de remonter de ce puits sans fond. En proie à l'angoisse de la perte, cernée par un cauchemar de démarches administratives - et les absurdités pathétiques du commerce du deuil -, Oates décrit l'innommable expérience du chagrin, dont elle ne peut s'extraire que rarement, et à grand-peine, en se tournant vers ses amis.

    Avec sa lucidité coutumière, parfois sous-tendue d'un humour noir irrésistible (quand, par exemple, elle se lamente sur l'absurdité des luxueux paniers gargantuesques de saucissons et de pop-corn au chocolat déposés devant sa porte en manière de condoléances), elle nous offre, avec ce livre - qui ne ressemble à rien de ce qu'elle a écrit jusqu'ici - non seulement une belle histoire d'amour, mais aussi le portrait d'une Joyce Carol Smith inconnue et formidablement attachante.

  • « Nous devons reprendre l'ouvrage. Nous, la Gauche. En renouant avec notre identité : refaire de la justice sociale la colonne vertébrale des politiques publiques ; reprendre en charge la question démocratique ; penser la culture ; retisser les liens de solidarité internationale avec les travailleurs, les déshérités, les femmes opprimées, les enfants exploités, les croyants et les incroyants persécutés, les victimes des traites, des guerres, des misères, des catastrophes. Et assumer tout cela tête haute. » Ch. T. Dans une langue éblouissante, Christiane Taubira s'indigne des inégalités et des violences sur notre planète, s'attaque aux idées dangereuses des extrêmes, critique l'invocation permanente du concept de crise qui assoit la domination des puissants, identifie les règles de vie commune dans une société laïque, redonne leur sens aux mots si souvent dévoyés aujourd'hui, trace les axes d'un combat urgent. Un livre lucide et engagé, un livre d'espoir porté par le souffle d'une citoyenne de la Terre qui ne peut vivre sans exaltation ni s'accommoder du monde tel qu'il lui est donné.

  • Veuve au matin d'une nuit de noces hallucinante, lorsque son époux, un jeune pasteur, se suicide en se jetant dans les chutes du Niagara, Ariah Littrell se considère désormais comme vouée au malheur. Pourtant, au cours de sa semaine de veille au bord de l'abîme, en attendant qu'on retrouve le corps de son mari d'un jour, La Veuve banche des Chutes (ainsi que la presse l'a surnommée avant d'en faire une légende) attire l'attention de Dirk Burnaby, un brillant avocat au coeur tendre, fasciné par cette jeune femme étrange.
    Une passion improbable et néanmoins absolue lie très vite ce couple qui va connaître dix ans d'un bonheur total avant que la malédiction des chutes s'abatte de nouveau sur la famille.
    /> Désamour, trahison, meurtre ? C'est aux enfants Burnaby qu'il reviendra de découvrir les secrets de la tragédie qui a détruit la vie de leurs parents. Une quête qui les obligera à affronter non seulement leur histoire personnelle mais aussi un sombre épisode du passé de l'Amérique : les ravages infligés à toute une région par l'expansion industrielle gigantesque des années 1950 et 1960, expansion nourrie par la cupidité et la corruption des pouvoirs en place.

  • Ma vie de cafard

    Joyce Carol Oates

    Doit-on être loyal à la justice ou loyal à sa famille ?

    Rejetée par ses proches, Violet Rue Kerrigan revient sur son passé. Sa faute ? Avoir dénoncé pour meurtre ses grands frères, tortionnaires d'un jeune Africain-Américain. Lors de leur accès de violence raciste, elle avait douze ans.

    Dans un récit émouvant, Violet se remémore son enfance en tant que cadette d'une fratrie dysfonctionnelle d'origine irlandaise, durant les années 70 dans l'État de New York. Une famille où la parole du père ne souffre aucune contestation et où les garçons ont plus de valeur que les filles. La jeune femme raconte comment elle est passée du meilleur au pire : elle était la préférée des sept enfants Kerrigan, elle est maintenant celle qui « a cafardé » et entraîné l'arrestation de ses frères. Une décision qui lui a valu d'être exilée, chassée par ses parents, ses frères et soeurs, son Église...

    À partir de ce bannissement, Joyce Carol Oates analyse les souffrances de Violet, mais aussi comment elle s'est émancipée de l'emprise familiale pour partir en quête de sa propre identité. En définitive, c'est une vérité douloureuse qui parcourt ce roman sombre et sensible : les émotions les plus tendres peuvent changer en un instant. Vous pensez que vos parents vous aiment ? Êtes-vous bien certain que c'est vous qu'ils aiment, et pas juste l'enfant qui est le leur ?

  • Ady, soleil noir

    Gisèle Pineau

    Lorsque Man Ray, quarante-quatre ans, et Adrienne Fidelin, dix-neuf ans, se croisent au Bal colonial de la rue Blomet dans le Paris des Années folles, naît entre eux une histoire d'amour intense, qui durera quatre années avant d'être brutalement interrompue par la guerre. Des années de complicité et de passion qui les marqueront tous deux à vie.

    Gisèle Pineau, par la voix d'Ady, fait revivre ce temps suspendu du bonheur. Obligée de quitter sa Guadeloupe natale à l'âge de quinze ans pour s'installer à Paris, la jeune femme spontanée séduit bientôt Man Ray et se voit entraînée par le grand artiste américain dans la vie de bohème qu'il mène avec ses amis. Car, à Montparnasse, comme durant les étés à Mougins avec Paul et Nusch Éluard, Pablo Picasso et Dora Maar, Lee Miller et Roland Penrose, les instants sont d'une liberté sexuelle et intellectuelle sans pareille : les corps nus s'exposent au soleil ou à l'objectif de Man ; Ady, Lee et Nusch s'accordent tous les plaisirs désirés. C'est un âge d'or que raconte Ady, un temps de nouveauté et de création, une vie volcanique dont les protagonistes sont des géants de l'histoire de l'art.

    Gisèle Pineau a écrit le roman vrai d'Ady, une muse éblouissante, le « soleil noir » de Man Ray - une femme toute de grâce, dont Éluard aurait assuré qu'elle avait « des nuages dans les mains ».

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