Parascolaire
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On a dû insister pour qu'Émile se mette à courir. Mais quand il commence, il ne s'arrête plus. Il ne cesse plus d'accélérer. Voici l'homme qui va courir le plus vite sur la Terre.
« Comme l'éblouissant Ravel, le non moins merveilleux, non moins métaphysique Courir est un roman où rien n'est inventé, mais qui n'est cependant en aucun cas une biographie. Un roman pur et simple, vif, elliptique, ironique. Où l'écrivain cueille Zatopek à l'adolescence, au début des années 40, dans une petite ville de Moravie, pour suivre son parcours glorieux sur tous les stades du monde. Un parcours pourtant initié par le hasard. » (Nathalie Crom, Télérama) « Instrumentalisation d'un athlète à des fins de propagande, censure et contrôle des informations derrière la façade d'une médiatisation à outrance : la lecture de Courir entre en résonance avec le succès en trompe-l'oeil des dernières olympiades à Pékin, capitale d'un régime qui, à l'instar des Soviétiques, n'a pas hésité à employer les chars pour écraser toute velléité de liberté. L'histoire ne se répète pas, mais il lui arrive de bégayer, semble nous murmurer ce roman à triple fond qui déploie tous les paradoxes propres aux grandes oeuvres. Complexe dans sa structure mais aérien d'allure, mêlant l'allégresse de la victoire sur soi-même à la mélancolie de l'impuissance face à un État tentaculaire, Courir décrit merveilleusement la montée, aussi irrésistible que sa chute fut brutale, d'un homme qui trouva la gloire sans la chercher ni même la désirer, un homme qui, en digne personnage d'Echenoz, connut la lumière de manière illusoire et disparut littéralement dans l'ombre, comme effacé du monde. » (Minh Tran Huy, Le Magazine littéraire)
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* Création par le théâtre de la Salamandre, à Lille au Théâtre Saint-Paul, le 10 mai 1985 et repris à Paris, au Théâtre national de l'Odéon, le 28 mai 1985.
Oedipe roi est une tragédie modèle, d'Aristote à Racine, mais aussi le formidable détonateur d'un mouvement dont nous vivons encore et qui a profondément transformé une lecture dont l'histoire avait déjà, comme elle le fait toujours, piégé les accès. Sans Freud, Sophocle ne se tairait peut-être pas, mais avec Freud, certainement, Sophocle n'est plus tout à fait lui-même. Cette traduction s'appuie sur une analyse grammaticale et historique qui a abouti à rétablir le texte sur un nombre considérable de points.
Ni reconstitution ni adaptation : la restauration archéologique pure et simple est rendue vaine par la différence des langues et des mètres, l'adaptation tombe dans le piège de l'humanisme. L'oeuvre est d'abord une pièce de théâtre, où le rythme, les effets, le mouvement font partie du sens.
La traduction de Jean Bollack va à l'encontre du fantasme le plus courant de certains traducteurs : rendre la langue d'accueil humble, discrète, transparente, si transparente que va apparaître le texte d'origine. Jean Bollack appartient à cette minorité de traducteurs pour qui le travail sur le sens qui reste la visée essentielle - est un travail sur la forme ; restituer quelque chose de ce qui se passe dans la langue d'origine ne peut se faire sans violenter les standards de la langue d'accueil. Cette langue française rugueuse, catholique, puissante s'oppose au français véhiculaire délavé et génère une étrangeté sans exotisme qui aide à faire comprendre ce que Sophocle essaie de faire entendre dans sa pièce et qu'une langue usée, défraîchie, ou usuelle ne peut plus faire saisir. Les traductions successives ont tant accumulé de strates de provenances diverses sur le texte de Sophocle, que le faire entendre à nouveau comme un texte vivant et actif ne peut se faire qu'au prix d'un immense travail scientifique et d'une violence qui est celle de la traduction. On retrouve là le propos même de la pièce : ce long accouchement de la parole, cette bataille pour arriver à réénoncer ce qu'on a entendu sans le connaître et qui était impossible à formuler immédiatement, le parricide et l'inceste. Cette tragédie se joue dans les mots ; les mots par lesquels Oedipe opère le douloureux et violent passage de la préconnaissance ( moi, le grand Oedipe ) à la vérité finale ( moi qui suis l'impur des impurs ). Pour le traducteur comme pour le héros, il s'agit de s'approprier une vérité arrachée lambeau par lambeau, pied à pied, à la parole des autres.
Alain Milianti ----- Extrait d'un entretien avec Jean Bollack -----.
Il n'y a pas d'oeuvre dans la conscience universelle qui ne soit plus forte qu'Oedipe roi. Quand je traduis l'une de ces pièces, je suis placé devant deux choses : d'une part la situation dans laquelle est quelqu'un qui a écrit, étant lui-même placé dans une tradition par rapport à laquelle il prend ses distances ; et d'autre part, tout ce que l'on a fait, depuis, de cette oeuvre. La reconstruction du moment où quelqu'un a écrit est au centre de ce que je fais. Et je détache cela très nettement de l'utilisation qu'on a pu faire de ses oeuvres. Je prends le parti de celui qui écrit, de la situation qu'il a lui-même vécue et de sa façon de transformer une situation culturelle dont il a hérité. Je suis donc toujours en face d'une chose dont je peux parler directement. Mais il me faut aussi tenir compte de ce que les gens me disent : pour certaines phrases d'une pièce comme Oedipe roi, il y a huit ou dix interprétations très marquées, reconnaissables. Ce que je cherche, c'est le passage à une forme d'explication du sens, à son expression forte, immédiate, qui laisse entière la rudesse du texte.
Entretien paru dans Libération, le 8 juillet 1994.
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La libre satisfaction des besoins instinctuels de l'homme est-elle compatible avec l'existence d'une société civilisée ? C'est à cette question qu'essaie de répondre la présente étude. Prolongeant la pensée de Hegel, de Marx et de Freud, ce livre ne révèle ni de la psychologie des profondeurs, ni de la philosophie, ni de l'anthropologie, ni de l'interprétation des mythes, ni de la sociologie des systèmes culturels ; il est pourtant tout cela à la fois. La thèse de Freud, selon laquelle le bonheur n'est pas une valeur culturelle, est radicalement mise en question. Le pessimisme freudien, lié à la structure de la société répressive, est situé dans son contexte historique, et l'auteur montre qu'une civilisation est finalement possible qui ne serait pas payée au prix d'une restriction quasi totale de la vie instinctuelle. L'ouvrage de Herbert Marcuse offre la première synthèse entre psychanalyse théorique et marxisme ouvert.
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L'objet absolument singulier est incapable de décliner son identité, puisqu'il n'est rien qui lui soit identique : il est à la fois unique et étrange, et pour la même raison.
Tel est le monde dans son ensemble : " un être unilatéral dont le complément en miroir n'existe pas " (ernst mach). et telle est la réalité en général, composée d'objets singuliers, ensemble indéterminé d'objets non identifiables. objets proprement indescriptibles, mais d'autant plus évocateurs du réel que la description en est plus malaisée. ainsi, par exemple, les objets du rire, de la terreur, du désir, du cinéma, de la musique donnent-ils lieu à d'étranges et exemplaires appréhensions du réel.
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Que ce soit en définissant la question phénoménologique fondamentale comme celle de l'origine du monde ou en insistant sur le rôle central de la réduction, ces quatre études (1930-1939) restituent d'abord toute sa rigueur et sa singularité à la pensée husserlienne.
Mais, simultanément, elles conduisent la phénoménologie à ses limites, c'est-à-dire à son enracinement spéculatif, à ses présupposés métaphysiques.
Edmund husserl souscrira à ce double mouvement. aussi dira-t-il d'un de ces textes centraux : " il ne contient pas une seule phrase que je ne puisse intégralement m'approprier, que je ne puisse expressément reconnaître comme ma propre conviction. ".
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Le règne de la critique
Reinhart Koselleck
- Éditions de Minuit
- Arguments
- 1 Septembre 1979
- 9782707302748
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Chair et corps sur la phénoménologie de Husserl
Didier Franck
- Éditions de Minuit
- Arguments
- 1 Octobre 1981
- 9782707305862
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Heidegger et le probleme de l'espace
Didier Franck
- Éditions de Minuit
- Arguments
- 1 Février 1986
- 9782707310651
L'analyse de l'existence que développe Être et Temps établit le sens temporel de l'étant que nous sommes, du Dasein, en comprenant chacune de ses manières d'être, et notamment la spatialité, comme un mode de la temporalisation. Mais l'espace relève-t-il du temps et pourquoi Heidegger a-t-il finalement déclaré irrecevable sa propre tentative de reconduire la spatialité à la temporalité ? La spatialité du Dasein, comprise à partir des ustensiles à portée de main, présuppose un espace manuel irréductible à la temporalité puisque la main, la chair et la vie ne sont pas constituées par le temps. Si la langue de la métaphysique, au compte de laquelle Heidegger inscrit l'inachèvement d'Être et Temps, est dominée par des significations spatiales et que les structures essentielles du Dasein impliquent une référence à l'espace, c'est l'ensemble du projet d'ontologie fondamentale qui est remis en cause. Le Dasein ne saurait avoir un sens exclusivement temporel et le problème de l'incarnation exige que soit repensé l'être de l'homme, les rapports de l'homme à l'être et de l'être à l'homme. Aussi cette interprétation d'Être et Temps devrait-elle permettre de délimiter la fin de la métaphysique à partir de l'émergence de la question du corps et de la chair.
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Dialogue avec Heidegger Tome 3 ; approche de Heidegger
Jean Beaufret
- Éditions de Minuit
- 1 Septembre 1974
- 9782707300263
Les textes jusqu'ici proposés au lecteur ne rejoignaient heidegger qu'à partir des penseurs dont la parole avait avant lui porté au langage la question de l'être en mode philosophique.
Heidegger cependant n'est pas un nouveau philosophe. sa pensée n'est pas une nouvelle " thèse sur l'être " qui répondrait encore une fois à la question de l'étant par oú il est. avec lui, c'est bien plutôt cette question qui devient à son tour question. sur quoi repose donc la possibilité même de la question posée traditionnellement par toute philosophie, sans que jamais aucune ne se soit avisée de ce qu'abrite en elle, dans l'inapparence du " non-dit ", une telle question ? cette tentative d'approche de la question de l'être est par elle-même l'unique approche possible de la pensée de heidegger.
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Les aventures de la diifference
Vattimo/Rolland
- Éditions de Minuit
- Critique
- 1 Octobre 1985
- 9782707310491
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Logique structure enonciation: lectures sur le langage
Oswald Ducrot
- Éditions de Minuit
- 1 Novembre 1989
- 9782707313102
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