Flammarion

  • Carol Gilligan est l'auteur d'un livre capital, célébré dans le monde entier : Une voix différente, qui a forgé l'éthique du care, centrale aujourd'hui dans les réflexions sur le féminisme et la démocratie. Son nouveau livre, Pourquoi le patriarcat ?, avance une hypothèse psychologique nouvelle sur la persistance du patriarcat. S'il perdure, c'est non seulement parce que les personnes en position de pouvoir sont réticentes à renoncer à leurs privilèges, mais aussi parce qu'il sert une fonction psychologique. Dans la mesure où il requiert le sacrifice de l'amour au nom de la hiérarchie (songeons à Abraham qui se soumet à l'ordre divin en tuant son fils Isaac), le patriarcat s'érige en rempart contre la vulnérabilité associée au fait d'aimer. Par là même, il se dresse en bouclier contre la perte. La simple prise de conscience que c'est notre capacité à communiquer nos sentiments personnels et à capter ceux des autres qui menace les structures hiérarchiques change entièrement la donne.
    Une thèse forte, et un combat résolument actuel.

  • «J'ai entrepris ce livre parce que je savais que les affirmations courantes sur la laïcité - l'idée selon laquelle elle est nécessairement synonyme d'émancipation des femmes - n'étaient tout simplement pas vraies. Ayant étudié l'histoire du genre et des femmes en France, j'étais stupéfaite d' entendre des politiques prétendre que l'égalité de genre est une valeur primordiale de la démocratie au moins depuis la Révolution française. En réalité, l'égalité de genre est absente des documents fondateurs des démocraties occidentales, même lorsque celles-ci invoquent les principes universels des Droits de l'homme. Elle n'est devenue une valeur centrale pour les politiques français que depuis le début de ce siècle, et seulement pour marquer une opposition à l'islam. C'est ce qui m'est apparu clairement en faisant des recherches sur la loi de 1905 de séparation de l'Église et de l'État en France.»

  • Sexe contre ressources : et si cet échange sulfureux, stigmatisé comme le monopole des filles de joie et autres sugar babies, constituait en réalité le ressort de toutes les relations sentimentales? Tel est le sens de l'échange économico-sexuel, théorie selon laquelle, de la simple «passe» au mariage bourgeois, il n'y a de différence que d'amplitude, et non de nature.
    Le monde des sentiments est aujourd'hui un marché, entretenu par un modèle culturel dominant ayant capitalisé sur une nature humaine d'homo comptabilis qui n'a jamais cessé de s'exploiter elle-même. Internet a achevé ce travail de marchandisation en nous transformant tous en acteurs d'un mercato permanent, au sein duquel chacun évolue comme client et marchandise. Monnaie d'échange et intimité sont substantiellement liés, mais nous sommes perpétuellement invités à faire comme si ce n'était pas le cas.
    Dès lors, notre époque se caractérise par un gigantesque refoulement de la nature comptable de l'être humain et de la nature vénale de l'amour. Ce qui nécessite un double mouvement en apparence contradictoire : la mise au ban de la putain comme rappel de cette insupportable vénalité, et l'investissement dans l'amour comme religion ultime.

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