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Corlevour
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On ne résume guère cette pièce, qui est d'une extrême complication, digne des pastorales baroques et maniéristes. Une cour entière est réfugiée en forêt autour de son roi exilé, Frédéric.
C'est alors la peinture des intrigues amoureuses avec masques et changements de sexe, mélancoliques et passionnés, sages et bouffons, jusqu'au rétablissement final de chacun dans ses droits.
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De Ron Rash, le public français ne connaissait jusqu'à présent que les romans noirs, publiés notamment par les éditions du Seuil, et, depuis quelques années, par Gallimard. Or, c'est à sa poésie que Ron Rash est peut-être le plus attaché, ainsi qu'il nous l'a confié lors d'une rencontre à Bruxelles en octobre 2022. Ce manque est désormais comblé avec la traduction de Poems, volume qui réunit l'essentiel de ses divers recueils : Eureka Mill paru en 1998, Among the Believers (2000), Raising the Dead (2002) et Waking (2011).
Nous avons choisi d'intituler cet ensemble Réveiller les morts, car c'est de cela qu'il s'agit au fil de ces 125 poèmes : redonner vie aux disparus. Vous allez remonter un siècle d'histoire américaine sur cette terre du Sud des Appalaches aux confins des deux Caroline, où Ron Rash a grandi. Il a vingt ans en 1973 lorsque la vallée de Jocassee, ancienne terre indienne Cherokee située dans le Nord-Ouest de la Caroline du Sud, est ensevelie sous un lac de barrage. Les vivants qui en sont chassés ouvrent les tombes pour réveiller les morts, les emmener avec eux avant que l'eau n'arrive. Jocassee signifie « lieu de l'être perdu » et c'est bien à une quête de ceux qui ne sont plus que Ron Rash nous invite. Leur mémoire habite les espaces, de l'âpreté des champs à la misère de l'usine. -
Amour, manque, solitude, mémoire, peur de l'oubli... Ils disent qu'il y a un remède, mais lequel ? Face aux fantômes du passé, aux désillusions, à la fatigue d'exister, la poésie de Dorian Masson cherche, questionne, résiste. À travers des fragments d'intimité, des photographies lyriques ou crues du réel, le jeune auteur évoque les passions qui griffent, les regrets qui grattent et les rêves qui s'étiolent avec le temps. On s'accroche aux restes d'une fête qui s'éteint, aux visages entrevus, aux amours qui n'ont pas tenu ou aux promesses que l'on s'était faites et que l'on aurait tellement voulu croire. Dans une langue électrique et sensuelle, les souvenirs d'enfance côtoient les errances nocturnes, les figures aimées se mêlent aux absents, et derrière l'occasionnel cynisme, toujours, la tendresse. Un livre à vif, dicté par une seule certitude : avancer, malgré tout.
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« Réginald Gaillard livre dans ce nouveau recueil le récit émouvant, complexe, dur, parfois cru, d'une grande épreuve, d'une longue descente dans un « enfer... vivant », un désert spirituel, après la perte d'une présence féminine et ouvertement sexuelle. Celui qui parle dans les poèmes se regarde déchoir dans un monde déchu, en retenant toujours, cependant, l'espoir. L'espoir ne se trouve, en effet, dans toute sa force que lorsqu'on s'expose à l'horreur, en avouant tout ce que l'on trouve en soi et en y faisant face. » Michael Edwards
Réginald Gaillard est poète, romancier. Co-fondateur de la revue L'Odyssée (1996-1997), fondateur de Contrepoint (1999-2000) puis en 2002 de la revue NUNC et des éditions Corlevour. Il a publié trois recueils de poésies dont : L'attente de la tour (2013), L'échelle invisible (2015), et Hospitalité du gouffre (2020, Prix Max Jacob 2021), parus chez Ad Solem. Son premier roman, La partition intérieure (Le Rocher, 2017) a reçu le Grand Prix catholique de littérature. -
Altération, confusion, désordre, colère, dépression...Les violences qui nous frappent jour après jour altèrent l'esprit, le coeur et le corps. Est-il possible de lutter contre nos passions tristes ? Résister à l'angoisse, au siège que tiennent en nous l'impuissance et l'amertume ? Du joyeux choc que provoqua sa rencontre avec l'oeuvre de la philosophe des sciences, Donna Haraway (et donc d'une multitude d'altérités vivaces et inspirantes découverte par la suite), la poète Anne Mulpas propose ici de patauger dans la tourbe du rêve, s'enfoncer dans le compost du poème. Épopée poétique, patchwork de désirs et/ou Grand Bordel de la création : pas de « réponse », de « solution », plutôt un mouvement, un chant - singulier et polyphonique. Dans le trouble, avec « amour&rage », quelques voix tricotent leur « improbable » émancipation avec et dans les marges du Réel, rappelant que la moindre fissure convoque la lumière, qu'un simple bout de fil pelote l'imaginaire.
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Ce livre part d'un événement réel, une attaque de loups dans le jardin de la maison où vit le poète. Pendant une année, celui-ci a suivi leur piste en forêt, découvrant plusieurs chemins d'approche, dont ces poèmes sont la trace. Ce livre explore l'ambivalence entre les humains et les loups, loin des imageries habituelles, pour parler de la porosité de la frontière actuelle entre l'humain et le sauvage. Ces poèmes existentiels offrent ainsi une élégie forestière, au temps de l'éco-anxiété, des néo-chamanismes et de la mondialisation sauvage.
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Sauf bêtise de ma part, corrigez-moi, jadis votre vie était un festin où s'ouvraient tous les coeurs, où tous les vins coulaient, je m'en souviens parfaitement, c'est une chose que d'ailleurs j'avais notée, j'eusse aimé en faire un poème de saison. Que de longtemps le poète se soit attelé à l'office de grand échanson de l'ivresse générale, et que son émoi de créateur ait connu au siècle passé (le vingtième) plusieurs décennies de sourcilleux alcootests ne change rien à la chose : il est urgent de réhabiliter dare-dare cette mythologie éméchée de la poésie comme supplément de joie. Et puisque l'on sait depuis Thérèse d'Avila que Dios se mueve entre los cacharros (le Très-Haut récure aussi les casseroles de la cuisine), je propose de ne pas perdre un instant et de restituer au poète, au miroir des tendances alimentaires actuelles, son ministère romantique de Pizzaïolo Officiel des Dieux... et de Chef Etoilé des Muses ?
Olivier Liron est né en 1987, poète et romancier, il vit à Paris. Il est l'auteur, chez Alma éditeur, de deux romans, Danse d'atomes d'or (2016) et Einstein, le sexe et moi (2018, Grand prix des blogueurs littéraires). Puis, chez Gallimard : Le Livre de Neige, et, dernièrement un récit : La Stratégie de la sardine, 2023, Robert Laffont. -
Maria Zambrano est à la fois une philosophe, c'est sa formation, et une poète, c'est son inclination. Elle écrit des sortes de poèmes philosophiques qui tout ensemble émeuvent, donnent à voir et à penser, s'inscrivent très profondément dans la mémoire, agissent sur nous de l'intérieur et aident à vivre. Mais - est-ce parce qu'ils échappent à un genre défini, parce qu'en eux la pensée et la vision vont chercher d'elles-mêmes la forme où elles se diront ? - ils résistent à une lecture académique. Il est difficile de traduire Maria Zambrano, ce qui désespérait Camus qui ne trouvait pas de traducteur pour L'homme et le divin, il est tout aussi difficile d'écrire sur elle. J'ai mis plus de quinze ans avant de le tenter, et encore, timidement. J'ai essayé de différentes manières. La plus importante, qui n'apparaîtra pas ici, a été l'écriture poétique. écrire des poèmes, c'était essayer de rejoindre Maria Zambrano. Ce n'était pas écrire sur elle mais avec elle, selon elle, dans la direction qu'elle m'indiquait par son oeuvre dans ma vie. Je pense que c'était une juste manière de lui être fidèle, de recevoir son enseignement. Ainsi, en écrivant, en la lisant, ma vie peu à peu s'ouvrait de l'intérieur, s'éclairait, se transformait, s'illuminait sans s'éblouir.Jean Marc Sourdillon
Jean Marc Sourdillon a publié en poésie Les Tourterelles (La Dame d'onze heures, préface de Philippe Jaccottet, encres d'Isabelle Raviolo, 2009), Les Miens de personne (La Dame d'onze heures, préface de Jean-Pierre Lemaire, lavis de Gilles Sacksick, 2010), Dix secondes tigre (L'Arrière-pays, 2011), En vue de naître (L'Arrière-pays, 2017), La Vie discontinue (La part commune, 2017) et chez Gallimard : L'unique réponse et Aller vers. Il a également traduit Maria Zambrano et édité les oeuvres de Philippe Jaccottet dans la Pléiade. -
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Récit des origines, le livre de la Genèse ouvre l'Ancien Testament. Cet ouvrage en reprend les onze premiers chapitres, à l'aspect symbolique et mythique très forts. Présenté dans la traduction du chanoine Osty, ce récit met en scène la création du monde, de l'homme et de la femme, et les premiers moments de l'humanité. Texte fondateur de la civilisation judéo-chrétienne, il propose, plus qu'un récit historique d'événements passés, un regard symbolique sur la condition originelle de l'homme dans son rapport à l'univers et à Dieu, sur les liens entre homme et femme, et sur l'apparition du mal dans le coeur de l'homme. Sont évoqués tour à tour les deux récits de la création, la chute originelle, le premier meurtre de l'humanité avec Cain et Abel, l'expansion du mal, la construction de l'arche de Noé, le déluge, l'origine des nations, la tour de Babel.
Loin du texte naïf auquel on le réduit souvent, la Genèse fait partie de ces grands écrits symboliques qui proposent à chacun une réflexion sur l'origine et la destinée humaine, dans un langage très simple. Un incontournable de notre culture subtilement enluminé.
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Salvatore Quasimodo (Modica 1901- Naples 1968) est l'un des principaux poètes italiens du vingtième siècle. Son oeuvre a été couronnée par le prix Nobel de littérature en 1959.
Dès 1930, le poète renouvelle le genre (Eaux et terres) par une concision, une densité et une puissance d'évocation peu communes. Ce recueil et les suivants seront rassemblés en 1942 sous le titre Et soudain c'est le soir. Le succès de ce livre est immédiat.
Viendront, après la guerre, des textes plus amples chantant l'épopée de la Résistance et la difficile conquête quotidienne de la liberté (Jour après jour, 1947; La vie n'est pas un songe, 1949; Le vert, faux et vrai, 1954; La Terre incomparable, 1958 ; Donner et avoir, 1966). Continûment, Quasimodo explore la nostalgie d'un impossible retour aux origines, qu'il s'agisse de l'enfance ou de sa Sicile natale, confondues dans un seul mythe dominé par la perfection du modèle grec antique.
Ce volume, bilingue, propose au lecteur l'ensemble des recueils que Quasimodo a publiés.
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Par vous, fleurs opaques,
j'ai touché à l'énigme
de la mort annoncée
J'avance à tâtons
vers cet espace offert
où plus rien ne fait signe
jusqu'à la douceur
qui s'accroît du pas
de la nuit -
Des revues meurent, des revues naissent la forge, revue nouvelle, une de plus... Une revue de poésie, qui plus est, cette « chose » prétendument étrange et incompréhensible, légère et futile. Y a-t-il trop de revues ? Jamais assez ! Et qu'importe si le lectorat s'étiole - il en fut toujours ainsi de la plainte quant au délaissement de la poésie... C'est l'une des lamentations des poètes et des éditeurs de poésie. Parions qu'il restera un dernier carré de lucides, avides de cette futilité essentielle ; de réfractaires résistants qui ne se rendront pas aux impératifs des écrans, de l'information et du divertissement - fût-il littéraire.
La forge n'est en rien, dans ses intentions, la suite de la revue NUNC car, à la différence de celle-là, elle sera exclusivement consacrée à la poésie. Sa motivation première consiste à ne pas obéir à une logique de chapelles qui, quand elles ne s'ignorent, le plus souvent se méprisent. Toutes, nous semble-t-il, méritent notre attention, quand même nous ne serions sensibles qu'à telle ou telle d'entre elles. Toutes sont des lieux d'exploration du langage et de renouvellement de la façon de dire le monde et notre présence fugace ; des lieux de défense, des « ZAD » de la langue contre les détournements qu'elle subit à des fins idéologiques - simplifications / distorsions de la réalité - ou économiques - réduction du langage à des slogans publicitaires, au strict nécessaire de la relation commerciale.
Ces détournements n'ont d'autre objectif que l'aplatissement de la pensée, l'anéantissement de la réflexion, l'asservissement au divertissement et à la consommation. En somme : l'abrutissement de l'individu et, de facto, la destruction de sa dimension citoyenne afin de le contenir dans un état végétatif répondant aux ordres publicitaires, identitaires, ludiques.
REGINALD GAILLARD Liminaire D'AILLEURS FAUSTO URRU . SEBASTIEN MINAUX . ELISA BIAGINI . ROLAND LADRIERE . CAROLYN FORCHE THIERRY GILLYBOeUF . RON RASH . GAËLLE FONLUPT . ANNE SEXTON . SABINE HUYNH DIANE SEUSS . AUDOMARO HIDALGO . GAËTANE MULLER VASSEUR . ROHAN CHHETRI . ÉRIC AUZOUX LUUK GRUWEZ . DANIEL CUNIN & D'ICI OLIVIER BARBARANT . EMMANUEL LAUGIER . REGINE FOLOPPE . FRANÇOIS BORDES PALOMA HERMINE HIDALGO . COLINE HEZARD . ISABELLE ALENTOUR . ADELINE BALDACCHINO SOPHIE GRENAUD . JEAN ADRIAN . DOMINIQUE SAMPIERO . ROLAND LADRIERE . TOM BURON THIERRY ROMAGNE . CAROLINE GIRAUD . ORIANE TAÏEB . DAVID LESPIAU . NOUR CADOUR BLANDINE BESCOND . ANANDA BRIZZI . CHANTAL RINGUET . ANNA JOUY . DELPHINE CONSTANT L'INTIME DU POEME Mireille Havet Voix oubliées MIRON KIROPOL LA FORGE DU POETE CHRISTIAN VIGUIE . JEAN-CLAUDE PINSON . JACQUES VINCENT DAVID LESPIAU . ADELINE BALDACCHINO CAHIER CRITIQUE accompagné d'encres de Julien Spianti -
Marion Richard
Tim Bowling
Mahtab Ghorbani
Lola Ridge
Roberto Mussapi
Pauliina Haasjoki
Joan Navarro
Cristovam Pavia
Antoon Van den Braembussche
Daniel Cunin
Jean-Michel Maubert
Matthieu Messagier
Guylaine Monnier
Étienne Raisson
Marina Skalova
Marie-Noëlle Agniau
Nicolas Jaen
Alexis Audren
Francis Gonnet
Luc Marsal
Hélène Fresnel
Clara Calvet
Matthieu Gounelle
Jean-François Bardeligne
Erwann Rougé
Florence Giust-Desprairies
Michel camus
Paul valet
Régis Lefort
Jacques Lèbre
François Coudray
Patrick Dubost
Albane Gellé
Laurent Noël -
Édition bilingue français néerlandaisTraductions du français de Katelijne De VuystTraductions du néerlandais de Daniel CuninAccompagné de 32 reproductions d'oeuvres réparties en 2 cahiers couleurs de 16 pages
Nicolas Rozier : Karel DierickxBernard Dewulf : Pendant le dessinGaëtane Lamarche-Vadel: Lignes de vieGuido de Bruyn : PoèmesHeiner Hachmeister : Présence illusionnaireInge Braeckman : Pour Karel DierickxJo Gisekin : Sans fin peu s'en faut, toujours plus avantStefan Hertmans : Ballets de la main et réflexionsStefan Hertmans : L'inéluctable adieuRoland Jooris : PoèmesKarel Dierickx : Une promenade d'intérieurTexte du documentaire éponyme réalisé par Guido De Bruyn, 2006 -
Le nouveau recueil de Céline Walter, Poèmes de gouttière, est une déambulation poétique au-dessus de ses Toi. Toi, c'est d'abord Dieu que l'on célèbre à la manière des transcendantalistes, au coeur de la nature, dans des cathédrales d'os et d'oiseaux. Toi ce sont aussi les disparus qui ne le sont qu'en apparence - le silencieux, Une en présence multiple - comme le rappelle la longue prière au coeur du recueil, Ombre sans épine, sorte de transe chamanique où une jeune fille morte dialogue avec le nocher qui l'embarque de la vie vers la vie. La vie s'incarne, après ce voyage, dans la re-naissance et l'innocence enfantine - L'écorce d'avril.
Toi enfin, c'est l'inconscient de la poète qui guide la Louve qui clôt le recueil - vas au plus profond/de plus en plus loin/de plus en plus seule/de plus en plus mortelle. Louve est aussi métaphore du passage à l'acte d'écrire qui, chez Céline Walter, est enfant de l'imagination active décrite par Jung dans Le livre rouge.
Les poèmes de gouttière sont les empreintes d'un chemin spirituel incarné en poésie. -
Si nous ne l'avions pas, nous aurions quoi
Pour incendier la cervelle de nos chiens dans l'aube, si seuls
Les faire descendre dans leur sang, le sang, un givre
Nous aurions quoi comme roc, en pointe, au corps
Quelle involution
Nous aurions quelle salive
Quels genoux, incrustés de farine, plantés, en lumière qui faiblit, le fil
On rentrerait encore plus lourds du fond des arbres, dans l'ombre, le lait
On avalerait la mort
Sans les yeux scintillants, suppliciés
Sans la gorge déployée, entravée
D'une dernière caresse, carcasse fauve
On aurait quoi -
Car le jour touche à son terme est composé de treize textes répartis en trois mouvements qui font entendre le souffle et partager la foulée, tantôt courts tantôt amples, de ces êtres que poursuivent l'abandon et sa violence. Ils s'accrochent aux terres anciennes, qu'elles soient héritées ou confisquées (c'est l'arrière-pays de la première partie) ; ils empruntent aussi la voie de leur disparition, qu'elle soit sans issue ou sans retour ; ils consentent enfin, peut-être, à ce que la lumière ne vienne plus du jour mais de son terme. Alors peut arriver un soir inespéré, de gratitude et de visitation.
Car le jour touche à son terme est porté par une écriture attachée à dire l'effondrement aussi bien que le relèvement, une écriture qui est dépouillement (notamment dans son lexique) aussi bien que vêtement (notamment dans son ampleur).
Le recours au verset et à une progression par amplification d'un terme ou d'un thème apparentent l'auteur à des poètes tels que Paul Claudel, Charles Péguy ou Pierre Oster. Cependant, le choix fréquent par celui-ci d'un lexique dur et cru, la présence parfois d'une syntaxe heurtée et saccadée, destinés à dire l'échec de la relation, la solitude et l'effondrement dans toute leur nudité et leur évidence, révèlent l'influence d'autres voix : celle d'Henri Michaux mais celles aussi, au-delà du champ de la poésie, de Samuel Beckett, Louis-René Des Forêts et même Eugène O'Neill. -
La « charge d'âme » en quête du « lieu » où s'incarner est le seul acte qui importe aux humains. Que nous en soyons conscients ou pas, il nous oblige, tant il est vrai que le poème ne parle jamais que d'amour. Il est notre unique séjour, notre orgasme et le creuset de nos tourments. L'identifier au fait de vivre, de créer ou de bâtir c'est reconnaître que l'amour crée l'âme, de même que la terre crée la vie. L'amour est énergie. L'intuition du ressourcement en soi, en Dieu ou dans les molécules du hasard sera toujours pour les hommes la révélation des révélations. D'après nos mythologies relatives à l'âme et l'esprit, c'est du dehors que la vie est provignée. Appréhender ainsi la vie et l'amour est très séduisant, car nous nous offrons la transcendance à peu de frais. Or, rien n'est plus faux. Innombrable en ta lumière de Nathalie Swan nous fait voir le contraire. (...) Nimrod Extraits :
La brûlure de se voir en coup de vent, la neige saupoudre le vide. Elle baptise notre écho. L'émeute à mes tempes, une fêlure d'enfance. Le ciel se coud de grâce à ta venue. Nos enchevêtrements, nos souffles affamés. Sur le bleu du ciel, mon pied dresse une cathédrale. Tu y écartes le silence, lieu de notre disparition.
Tes coups de reins labourent mon visage là où tu viens d'un pas léger. Éboulis. Quand tu creuses la faille à l'aveugle, s'avance la lumière. Deux anges retiennent de leurs mains un cri qui voudrait tout oublier. Des prières montent au secours des mots. Mes pas, de roses, jonchent ton chemin. Mon amour de derrière les églises, c'est toi quand ta pluie me flaque sur un frisson.
Nathalie Swan est professeure de philosophie et poète. Elle publie régulièrement dans les revues Margelles, Les Hommes sans épaules, la forge, etc. Elle a publié un premier recueil, L'exigence de la chair (Corlevour, 2022). -
Ce premier roman évoque l'histoire d'une enfant, Nieve, développant peu à peu des troubles psychotiques après la mort de sa mère.
Il s'agit, tout à la fois, d'une fiction et d'un texte d'inspiration autobiographique : j'ai moi-même fait l'expérience de l'hôpital psychiatrique, de cette traversée difficile, empreinte de violence, dont il est malaisé de se remettre. S'il repose sur une base auto-biographique, le texte a pour objectif de transcender, dans un but cathartique, le vécu par le biais d'une fiction très libre, et d'évoquer la découverte initiatique, par une enfant, du monde, de la langue, de l'écriture. Le tout fortement sous-tendu par la structure et l'imaginaire des contes de fées, où la mère est la reine, où les hommes sont des ogres, où Nieve est Blanche-Neige, où la mauvaise soeur est la mauvaise fée dont les sorts et les malédictions sont rompus par Svet, la bonne fée. La dernière phrase du roman, adressée à la mère, condense l'enjeu du texte : « Qu'avais-je à expier, Maman, sinon le crime de te survivre ? »
Les dimensions sociale et politique sont esquissées dans le roman : Nieve est en effet d'origine argentine ; sa mère, au fil des souvenirs, évoque la dictature militaire qui a sévi dans son pays natal, et son expérience de l'exil en France, à la fin des années 1970.
Nieve s'identifiera volontiers aux enfants perdus ou adoptés (les desaparecidos), victimes de disparition forcée en Argentine.
Ce texte est par ailleurs porteur d'interrogations politiques et sociales sur la psychiatrie occidentale : « Et je pense, humiliée de ma miction, que l'hôpital est moins le lieu du soin que de la régression. Que la violence détermine le monde psychiatrique, que la méthode consiste à mater le fou, l'aliénation, à obtenir par le mépris sa docilité, et qu'une sollicitude maternelle, par instants, est le baume de ces tactiques ».
L'intérêt du roman réside à mon sens dans son originalité, tant dans son sujet que dans sa forme hybride (mi roman d'inspiration autobiographique, mi conte de fées), qui devrait pouvoir intéresser un public avisé. -
L'autre versant du cri : Sur la poésie de Jean-Louis Chrétien
Jérôme de Gramont, Jérôme Laurent, Collectif
- Corlevour
- 6 Décembre 2023
- 9782372091213
Poète et philosophe, et chrétien aussi - c'est le même homme assurément, parce que le même corps habité de toutes ces passions. Et pourtant combien de voix distinctes échangent, se répondent, comme une première polyphonie, restreinte mais déjà bien réelle, avant de convoquer tant d'oeuvres au fil d'une érudition prodigieuse et pourtant légère. On le connaît philosophe, tout à la tâche de méditer les promesses de sens contenues dans la parole, de toute parole qui se lève et se risque à répondre à l'appel du monde, du beau, des autres, de Dieu..., mais contenues aussi dans l'espace plus resserré du poème. La parole et la voix, le nom et le corps, le cri et le murmure, la nudité et la pudeur, le plus bouleversant dans le plus intime, l'aventure entière d'être-homme dans le souffle des mots et leur silence - la poésie ne dit rien d'autre, mais avec une encore plus grande retenue, et sans aucun souci d'illustrer. Le poème juste dit, ne démontre rien. On le sait chrétien, sans jeu de mots facile, et surtout sans que la foi brûlante qui fut la sienne ne dresse le moindre péage dont le lecteur devrait s'acquitter pour entrer dans l'espace tout d'hospitalité du poème. Poésie profane donc, comme lui-même le reconnaissait, et sans qu'il y ait lieu d'émettre sur ce point le moindre soupçon. Voilà pour les différences - mais n'eussions-nous que les livres de philosophie, sans doute aurions-nous pu deviner une sensibilité poétique à l'oeuvre, doublant de sa langue d'orfèvre la rigueur des descriptions et commentaires.
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En 1935, l'année de création d'Ivan Vassilievitch, Staline étendait la peine capitale aux enfants de douze ans après avoir interdit tout recours contre les sentences de mort prononcées par les juridictions spéciales du NKVD - la police d'État. C'est avec ce repère historique en tête qu'il faut lire Ivan Vassilievitch. Alors on goûte mieux l'insolence formidable et l'humour dévastateur de cette pièce en trois actes, pleine de rebondissements, de quiproquo et de coups de théâtre. Hélas, catalogué de petit-bourgeois réactionnaire, Boulgakov ne verra jamais monter son oeuvre théâtrale, ni publier ses romans. La censure savait ce qu'elle faisait : nul doute que cette pièce aurait connu l'énorme succès que ses répétitions présageaient. Dans un décor familier à tous les soviétiques - un appartement communautaire - Timoféïev, un savant fou a mis au point une machine à faire tomber les cloisons du temps et de l'espace. Son déclenchement met en scène Ivan le Terrible en même temps que le terrible Ivan, syndic de l'immeuble qui, s'il porte le même nom que le tsar, lui ressemble aussi comme un jumeau. Sur le principe des poupées russes, ce vaudeville truculent et sarcastique cache une satire du pouvoir, qui dévoile à son tour celle de la société moscovite, puis de l'intelligentsia de l'époque.
Le génie satirique de Boulgakov est tel, que la machine de Timofeïev se met en marche pour chaque lecteur, quels que soient le monde, l'époque, et la société qu'il habite. Il ne peut plus alors que pleurer...
De rire.
Christiane Rancé
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Qui si je criais... ? oeuvres-témoignages dans les tourmentes du xx siècle
Claude Mouchard
- Corlevour
- 3 Mai 2007
- 9782916010205
Dans cet essai, Claude Mouchard s'interroge sur le lien singulier que de nombreuses oeuvres littéraires du XXe siècle ont instauré avec le témoignage, quand celui-ci concerne certaines des destructions massives et organisées du XXe siècle : la Shoah, les camps staliniens, Hiroshima, la machine de mort Khmère rouge. Les écrivains et poètes dont il parle sont, entre autres, Robert Antelme, Paul Celan, Imre Kertész, Margerete Buber-Neumann, Varlam Chalamov, Takarabe Torito, Ibuse Masuji. Claude Mouchard pose une double question : d'une part quand et comment l'exigence de témoigner devient-elle oeuvre littéraire ; d'autre part qu'est-ce que l'oeuvre littéraire rend possible que le témoignage ne permet pasoe L'essai de Claude Mouchard donne largement la parole aux écrivains : de nombreux poèmes, de nombreux extraits parcourent son livre qui est ainsi une sorte de bibliothèque des oeuvres consacrées aux horreurs collectives et historiques du XXe siècle.
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