Sciences humaines & sociales

  • Partant du récit de sa vie d'enfant juif caché durant la Seconde Guerre mondiale, Louis Van Delft délaisse ici l'érudition (on lui doit notamment Les Moralistes. Une Apologie, Gallimard, 2008 et Les spectateurs de la vie, Hermann, 2013) pour dire ce qu'il doit aux moralistes. De l'Antiquité au XXe siècle panique, ces philosophes atypiques furent reconnus pour des guides expérimentés de l'« humain voyage ». Grisés de postmodernisme, de posthumanisme, nous avons trop tendance à les jeter à la trappe. Or leur oeuvre est essentielle pour comprendre notre « modernité ».

    Déçu par le « pépin terrestre » et les philosophes branchés incapables de lui expliquer le sens de ses mésaventures, Perplexe tente d'échapper à l'emprise de la veuve noire, Melancolia. Il est recueilli par le grand humaniste Érasme, dont la maîtresse, Stultitia, préposée aux Sans Joie de Vivre, l'initie à une sagesse dont notre temps a oublié jusqu'au nom : la morosophie (littéralement : folie-sagesse).

    Mais si, quand le monde part à la renverse, ces « spectateurs de la vie » (Montaigne) - La Rochefoucauld, La Bruyère, La Fontaine, Chamfort, etc. -, penseurs sans jargon ni système, se révélaient à même d'assurer la relève ? Si leurs choix de vie, leurs maximes, fables, caractères, fleuron de l'art d'écrire, étaient les meilleurs antidotes à notre humeur inquiète ? Et s'ils allaient jusqu'à répondre à la question séminale :

    Quelle Loi, désormais, après « la mort de Dieu » ?

    Rien ne tire plus à conséquence que de manquer la rencontre avec ces observateurs de terrain, vrais connaisseurs de la nature humaine. Par chaque étape de notre propre voyage ils ont déjà passé. Sur chacune d'elles, ils nous ont confié, fraternellement, l'essentiel. C'est ce voyage que nous conte Louis Van Delft.

  • « Quiconque a vu des masques dans un bal danser amicalement ensemble et se tenir par la main sans se connaître pour se quitter le moment d'après, et ne plus se voir ni se regretter, peut se faire une idée du monde. » Nous appliquons-nous jamais à découvrir notre commune nature ?

    Lire Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues (1715-1747), c'est accéder au véritable esprit des Lumières, c'est posséder les armes nécessaires pour s'élever au-delà des querelles, c'est échapper aux illusions de l'époque et éviter les malices du temps, c'est être éclairé par les feux d'une langue qui foudroie autant qu'elle éblouit. Mais c'est aussi voir parfois dans les écrits de ce moraliste sans égal comme les reflets d'une époque monstrueuse : la nôtre.

  • Sahara dévoilé

    William Langewiesche

    Si aride que la plupart des bactéries ne peuvent y survivre, et aussi vaste que les Etats-Unis... Tel est le Sahara, territoire de l'extrême, parfois menaçant, où se conjuguent de multiples enjeux : migrations volontaires ou involontaires, affrontements entre groupes rivaux, guerres civiles... Toutefois, les lois de l'hospitalité y ont toujours cours. D'Alger à Dakar, traversant l'Algérie, le Niger, le Mali et le Sénégal, William Langewiesche parcourt ces vastes étendues (en voiture, en taxi, en camion, par bateau et en train), explorant leurs richesses visibles et enfouies, relatant avec esprit le tumulte de la vie de ses habitants, les interrogeant sur leurs destinées. Touaregs, expatriés, voyageurs, nomades sédentarisés, marchands, rebelles et populations soumises à l'hostilité de « cette partie invisible du monde » composent ainsi une puissante partition sensible à laquelle se mêlent les sensations propres de l'auteur, ses impressions, mais aussi l'Histoire et des contes, donnant au Sahara toute sa dimension réelle et imaginaire. Un voyage épique et éclairant, à la mesure de cette terre éclaboussée de lumière qui semble reculer tel un horizon intérieur à mesure qu'on avance.

  • Entre voix, textes et images, court, récurrent, le souci de la transmission et l'incertitude, le toujours ouvert du destin de la psychanalyse dans l'écoute de l'inconscient.

  • Marc Bonnet né en 1940, a été psychologue, psychanalyste, membre du Quatrième Groupe(OPLF) dont il est toujours membre honoraire.

    Sa pratique de psychanalyste s'est développée auprès d'enfants rencontrés dans un cadre institutionnel puis avec des adultes reçus dans son cabinet à Villeurbanne dans le Rhône.

    Durant son parcours professionnel, il s'est intéressé aux différents destins de psyché en les comprenant dans un ensemble de contraires : savoir et ignorance, transfiguration et défiguration, folie et raison, archaïque et apocalypse, barbarie et culture...

    Depuis sa retraite en 2010, il essaie de rendre compte, à nouveau, de ces destins en articulant les perspectives psychanalytique et spirituelle.

  • Le souci d'exister Nouv.

    Le souci d'exister

    Henryk Elzenberg

    En philosophie, il ne s'agit pas d'obtenir un résultat déterminé et définitif; il s'agirait même plutôt du contraire : faire en sorte que, en dépit des contraintes étroites propres à chaque époque, toutes les possibilités raisonnables de compréhension du monde restent accessibles. Pour ne pas étouffer, l'homme a besoin de ces perspectives ouvertes.
    Tenu durant près de six décennies (1907-1963), traversé par les questions douloureuses de la guerre, de la violence et du cynisme, mais aussi par celles de l'État, de la démocratie et de la religion, ce journal frappe par la clarté et la profondeur de vue de son auteur, opposant radical au relativisme, au matérialisme et à l'hédonisme. Henryk Elzenberg y expose avec courage ses réflexions, explorant parmi les sources les plus vives issues de la haute culture occidentale (Platon, Shaftesbury, Goethe, Flaubert, etc.).
    En disciple des Stoïciens, dont il adopta l'idée du renoncement, mais resté hermétique à toute pensée du déclin - ce qui fit sa force devant des dégradations réelles -, il conserva pour principal horizon cette joie de saisir dans la dynamique même de l'esprit les conditions d'un réel enracinement, nous laissant nombre de lignes directrices (éthiques, esthétiques) applicables à notre crépuscule. Ne notait-il pas dès 1910 : « Il n'est pas de meilleur indicateur de la vitalité d'un individu que son attitude face à la mort. »

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