Vagabonde

  • "L'antienne est connue : l'existence est un voyage. Ici, toutefois, la métaphore s'effondre car la navigation en mer, plus qu'aucune autre activité humaine, favorisa au XVIe siècle les ententes fatales entre l'aléatoire (les décrets de la Fortune) et l'inéluctable (la mort) ? la notion de « galère » étant d'autant mieux partagée que son domaine s'étend indifféremment à toutes les brimades que réserve l'existence. Mêlant fable et réalité, Antonio de Guevara, qui n'a jamais pris la mer, a composé une fiction où s'enchaînent la peinture de scènes saisissantes de la vie sur une galère et la description minutieuse du mouvement qui a pu animer ces âmes décidant de « prendre le large ». Pierre Senges lui emboîte le pas en signant un texte inédit d'une ampleur identique, mais qui n'en est pas pour autant la suite « logique ».
    Prédicateur et historiographe de Charles Quint, A. de Guevara (v. 1480-1545) exerça son art de discourir dans divers traités, dont Le Réveille-matin des courtisans et Du mespris de la court. Pierre Senges est l'auteur de livres aussi subtils qu'aventureux, parmi lesquels La réfutation majeure, dont l'écho se prolonge dans ce livre, Fragments de Lichtenberg, Achab (séquelles) et Projectiles au sens propre."

  • « Quand il écrit sur lui-même, / il écrit sur un autre. / Dans ce qu'il écrit, / il a disparu ».
    De son « Opus incertum » à « Éventuellement », qui clôt ce recueil, Hans Magnus Enzensberger fait de l'acte poétique l'expression du sens mystérieux des aspects de l'existence, associant continûment de sombres éclats à des visions familières, mêlant les images des orages et des éclaircies, des aubes et des nuits jusqu'à leur point de dissolution.

    Avec ce choix de 78 poèmes couvrant plus de trois décennies, tour à tour ironiques, « déplaisants », comme il a pu les qualifier lui-même, parce que sapant les puissances établies sur le mensonge et le renoncement, mais aussi déconcertants et réconfortants, mélancoliques et enjoués, il livre une pensée profonde d'une apparente sérénité sur son exploration des limites de l'esprit et de la matière.

  • Une grande épaule. Bien grande. Une fille. Grande aussi. Une chouette, petite (Athene noctua). Le château d'Ancy, colosse. Des titans & des géants. « Comme chez Rabelais ? » Oui, mais plus grands et mieux proportionnés. La Beauté Souveraine. Grande. Des méchancetés. « Comme chez Lautréamont ? Comme s'il avait mis en bas de page de ses Chants les Poésies d'Isidore Ducasse pour grincer des dents tout à son aise ? » Si vous voulez, mais avec l'accent du gaucho plus prononcé - et du tango. Il y a aussi une reine des termites (ne pas l'oublier). Et puis des comparses, nombreux. Et des notes. Des notes. Des notes encore plus nombreuses que les comparses.

    Ce livre est une chasse (coups de fusil, pan, pan ; lapins affolés, pan, pan). Et un cirque d'où le registre du comique - vertigineux - ne pouvait être absent. Un rire des familles est ainsi promis au lecteur. Ajoutons que si ce lecteur est aussi sensible que spirituel, il ne devrait pas manquer de s'éprendre de la fille Marie-Alberte. Pourtant, ce n'est pas une fille-facile-à-vivre : elle démarre au quart de tour, elle fait des histoires et des difficultés, elle a des talents, des bosses, etc. « Une peste, donc ? » Oh, pas seulement, vous verrez.

    Extrait :
    « Si mon esprit s'en va comme les falaises glissent dans la mer, par quoi le remplacerai-je dans mon désarroi ? Mes mains s'affairent sans saisir. Mon crâne bout sans pouvoir cuire. Ce que je mets de côté prend la tangente. Ce que je place en face de moi n'attend pas que je tourne la tête pour fuir ma présence. Un bruit dans la rue, et je m'échappe sur la plus haute cheminée. Un propos ordinaire atteint-il mon refuge, je perds aussitôt l'équilibre, et si dans la chute mes pauvres mains parviennent à agripper quelque chose, c'est un fer rouillé, qui s'enroule autour d'elles pour les serrer comme le cou de Vercingétorix ou celui du père François. »

  • Suite au rêve utopique de la génération qui les a précédés - celle de la Beat Generation - et à la contamination de la vague « contre-culturelle », Frank et Tanya (marquée à jamais par le fantôme d'une mère légendaire) prennent la route. Entre sentiment de révolte et malaise croissant, absorbés par la présence toujours plus écrasante des médias et confrontés à des identités factices se croyant fortifiées par la perte de leurs illusions, ils explorent jusqu'au point de rupture ce qui fut le prélude de l'ère du simulacre, dictant l'attitude et la personnalité de chacun.

  • Lenz

    Georg Büchner

    « Le 20 janvier Lenz traversa la montagne. Les sommets et les hauts flancs de montagnes dans la neige, les vallées vers le bas, une pierraille grise, des surfaces vertes, rochers et sapins. » Au sein même de la nature, la menace couve déjà. Voilà l'itinéraire d'un homme qui s'éloigne, poète aux nerfs saccagés, sujet à de grands troubles psychiques. Sur ce chemin ponctué de rencontres et d'affrontements, nul apaisement ne peut plus être éprouvé. Reste le vertige d'un homme en lutte contre la désagrégation de son esprit.

    Tels sont quelques-uns des éléments de ce récit basé sur une histoire réelle, celle du poète et dramaturge Jakob Lenz, ami de jeunesse de Goethe, lors de son passage dans les Vosges. Par le filtre de son imaginaire, Georg Büchner (1813-1837) a fait de la course folle de ce personnage étonnant l'une des histoires les plus troublantes de la littérature universelle.

  • Devant un mystérieux auditoire, un orateur livre des vues saisissantes sur la condition humaine. Évoluant dans un univers à la fois réel et étrange, repoussant ses propres limites et celles du langage aux confins de l'hallucination, il entraîne, par ses assauts répétés, le lecteur dans une troublante confrontation avec les lois de l'imagination. Utilisant le mode narratif du discours, László Krasznahorkai explore dans cette fiction composée de trois mouvements des thèmes fondateurs de la littérature : la tristesse, la révolte, la possession. Face à l'escalade de la peur et du mépris, tel un anatomiste de l'apocalypse des désirs, il tisse une trame burlesque et acérée où l'invention jubilatoire se conjugue aux effets les plus périlleux.

  • Mars 1936, Boukharine, jadis l'enfant chéri du Parti selon Lénine, se sait au bord du gouffre. Or, voici que, contre toute attente, Staline l'appelle et lui donne l'ordre de se rendre en France afin de négocier l'achat des manuscrits de Marx alors aux mains des socialistes allemands en exil.
    Est-ce une invitation à l'exil ? Ou, au contraire, l'amorce d'un retour en grâce ?
    Plus étrange encore, le même Staline autorise, quelques semaines plus tard, la très jeune épouse de Boukharine à quitter Moscou et à le rejoindre à Paris.
    Que faire ? Que vont-ils faire ? Que peuvent-ils faire ?

  • L'Histoire des nuages, comme l'expression de thématiques aussi légères dans leur construction que lourdes de questionnement, comme un défi aux zélateurs aveugles et autres partisans de l'ingratitude. 99 méditations traduites par Frédéric Joly et Patrick Charbonneau, cheminant dans la pensée du vivant, soulignant les défis qu'affronte l'homme, mais aussi les impasses où il se perd.
    Le regard de Hans Magnus Enzensberger jette une lumière vivifiante sur les chemins difficiles empruntés par une humanité partagée, à l'heure de l'accélération digitale, entre mobilisation infinie et mélancolie existentielle, chez qui l'audace de questionner le « phénomène de la vie » a disparu : la vie, dans toute son ambiguïté, entre puissance d'affirmation de soi et fragilité, entre identité et différence, liberté et nécessité.
    Hans Magnus Enzensberger, en s'essayant aux genres les plus variés - poésie, essai, roman, autobiographie... - poursuit une oeuvre considérable. Ses volumes poétiques, parmi lesquels Mausolée et Le Naufrage du Titanic, témoignent avec éclat de l'intolérable et « extraordinaire persistance » de la poésie, dans la mesure où, « en face de ce qui est présentement en place, [elle] rappelle ce qui va de soi et qui n'est pas réalisé » et qu'elle « partage avec la plaisanterie et la rumeur l'enviable capacité de circuler sans aucune médiatisation industrielle ».

  • Terribles brisants aux abords de l'île d'Aros, Les Joyeux Compères sont un piège redoutable pour les navires en perdition. Jadis, un vaisseau appartenant à l'Invincible Armada disparut dans les environs, échoué sur ces récifs battus par une mer démontée. Charles, un jeune Écossais en vacances chez son oncle Gordon, décide de retrouver l'épave de l'"Espirito Santo" et son trésor englouti... En offrant enfin une traduction digne de ce nom à cette fiction, Patrick Reumaux rend justice à la force du texte original, car « le récit de Stevenson est moins un récit qu'un rugissement, ou un grondement, une danse, un menuet mortel ; une sonate fantastique orchestrée par la mer et les naufrages, l'oncle devenant fou dès lors qu'il s'identifie à l'un de ces récifs diaboliques qui jubilent à chaque naufrage et la folie devenant d'autant plus perceptible qu'elle se coule plus étroitement dans ce qui est pour la langue dominante (l'anglais que parle son neveu) le langage du mal, le dialecte écossais, l'idiome du démon, grimé ici en Noir abandonné par ses compagnons, unique survivant du naufrage ». Cette édition des "Joyeux Compères" est suivie d'un choix de poèmes de l'auteur de "L'Île au trésor" maître incontestable du roman d'aventures.

  • Une vie psychosomatique

    Carl Watson

    Le chemin qu'emprunte cette histoire ressemble à celui du mouvement des nuages : un homme erre dans les rues, prisonnier de rêves violents, durs et absolus, dérouté ici par une ombre, là par un étrange assemblage de façades. Et il finit par échouer dans un endroit inconnu où il ne songeait pas à se rendre.

  • L'âme & la Langue

    Dezsö Kosztolányi

    Dans cette sélection de proses brèves - authentiques manifestes - centrées sur le thème de la langue, Dezso Kosztolányi nous livre un véritable traité d'éthique et d'esthétique, souvent impertinent, mais toujours rédigé avec la juste distance nécessaire face à l'émotion, au savoir académique, à l'altérité, sans cesser d'interroger l'énigme du langage et de la beauté pour mieux laisser jaillir la force d'une pensée toujours en mouvement.

  • Alger, Athènes, Palerme, Naples, Rome, Marseille, Damas, Le Caire... Des visages, des leurres. Dans cette enquête où les scènes de vie et les légendes s'enchâssent à 'histoire - on y voyage en compagnie des Grecs et des Romains, parmi des oeuvres éclairant les équivoques -, l'auteur pose un regard en clair-obscur sur la nature des cultures méditerranéennes. À la rencontre de l'Autre (un défi permanent pour l'esprit humain), il recueille les paroles, l'une habillant l'autre, dans une forme inédite de littérature d'évasion.

  • Rime

    Guido Cavalcanti

    Danièle Robert offre ici une traduction intégrale des Rime qui prend en compte la subtilité métrique et prosodique constitutive de cette poésie afin de donner à entendre, à l'intérieur même d'un système désormais inscrit dans le passé, la modernité et l'universalité d'une pensée extraordinairement vivante.

  • La fureur

    Pierre Lafargue

    Qui est S. ? Une sensation aussi démesurée que l'univers en expansion ? Les atomes d'une joie retrouvée ? « Une Apocalypse heureuse qui vient sourire à ceux dont la bouche attend d'être fendue », comme le dit l'auteur ? Tout cela, mais aussi : la perception de la grâce.
    Car dans ces pages aux climats troubles et vivifiants, le narrateur donne à voir un Éden halluciné et traduit avec un humour pétulant la démence de lieux hantés par l'effondrement, l'oubli et la fuite hors du temps.

  • Cofondateur du Cabaret Voltaire et du mouvement Dada à Zurich, Hugo Ball (1886-1927) a écrit une oeuvre d'une sombre beauté et débordante d'humour. Dans ce roman mettant en scène une « faune » déracinée et polyglotte d'artistes de variétés et du cirque, Hugo Ball ouvre un chemin acrobatique dans la création littéraire. Entre Bâle et Zurich, traversant des demi-mondes, quartiers-pandémoniums, et croisant le chemin d'individus impliqués dans la démence du premier conflit mondial, ceux-ci tentent par leur art de guérir de la « folie du temps » en élaborant « une langue des astres ». C'est avant tout par sa restitution étonnante du climat de l'époque et sa capacité à nous rendre si proches de ce monde « révolu », que Hugo Ball nous touche, rendant toute la féerie de ces lieux à travers les scènes de vie de ces « artistes de la faim ». Mais c'est aussi en soulevant dans l'esprit des lecteurs la question de l'adhésion (ou pas) à une vie « invivable » ou à un simple régime de survie qu'il rend son roman inoubliable.

  • Le héros de ce livre ? Un homme fait de tous les hommes et qui les vaut tous (mais que pas un ne vaut). Ce qu'il fait est littéralement extraordinaire, ce qu'il dit est inouï. Il va vite ; il était ici ; il n'est déjà plus là. Sa bague le tire en avant : avec elle à son doigt, il n'épouse rien ni personne. Voici un chat et un crapaud rouges, voici Sarah Palin amoureuse, voici un pape beau garçon et quelques fruits, un cycliste ayant une conception exigeante de l'équilibre et la nuit sans fin, menaçante - sans compter les menées du diable.

  • Chaldée ; Scratch

    Nick Tosches

    Chaldée est un livre patchwork rempli du souffle de lieux défunts, de caniveaux qui traversent le paradis et de dieux hantés par la folie, de sagesse et de rythmes anciens revenant en ville en pantalons mohair pour gosses. Chaldée est Newark. Chaldée est le lieu de toute magie noire plongée comme dans un lac au plus profond du coeur : lieu de résurrection, d'annihilation, et des brises de tout ce qui est prohibé.

    Récit d'une sombre beauté, où l'humour se mêle à la férocité, Scratch résonne d'un enfer qui est le paradis secret de son auteur.

  • Sous l'empire des oiseaux

    Carl Watson

    Dans les bas-fonds légendaires de Chicago (Skid Row), le passant Carl Watson resta des années à boire, cherchant un signe que l'homme n'était pas complètement séparé de l'éternité. Le dangereux labyrinthe de rues quadrillées recelait bien des pièges : l'arme blanche, le fusil à pompe, les furies déchaînées dans l'oeil des alcooliques, un mot de travers dans les hôtels-cages ou encore les succubes des arrières salles. À mesure que ses nerfs s'habituaient aux chocs répétés, la terreur du passant Watson était rythmée par des instants d'extase. Il rampait si loin du ciel que cette énigme se mit à l'obséder. Alors, il leva les yeux vers les oiseaux : " Tout comme la lumière réclame de l'espace pour se déployer, l'esprit doit s'envoler pour supporter de vivre. "

  • Qu'il s'agisse de ressortissants pris au piège d'une attente insoutenable alors qu'ils s'apprêtent à s'exiler, de la vengeance exercée par un piégeur professionnel à l'encontre de ses concitoyens, de la fuite d'un homme en supposé danger ou des errances d'un autre ayant commis un crime « pour rien ni personne », l'irrésistible drôlerie du grand prosateur hongrois se révèle toujours aussi percutante. Mais derrière une apparente désinvolture, László Krasznahorkai interroge la nature humaine, les illusions, la perfidie, la trahison, la paranoïa, offrant ici une rhapsodie fantaisiste sous haute tension où se répercutent de l'un à l'autre de ces huit mouvements de multiples échos.

  • Redonner à des textes antiques valeur de voix poétique : tel fut le défi que se lança Salvatore Quasimodo. Tenter d'approcher de façon vraisemblable le « chant » qu'ils véhiculent, la « cadence interne de la parole érigée en vers » créatrice de sens. Si cette approche déconcerta nombre de ses contemporains (ils finirent pas céder devant tant d'éclat), aujourd'hui encore on peut ressentir le souffle constant qui anime ces pages lumineuses.

  • Thomas Browne ne considérait pas « le monde comme une auberge mais comme un hôpital, non comme un lieu pour vivre mais où mourir ». Se faire une opinion sur l'originalité de ses vues, seuls peuvent s'y risquer ceux qui décident, à ses côtés, de sonder le mystère de la pluralité des voix intérieures qui l'anime.

  • Faustus kelly

    Flann O'Brien

    Il faut qu'il parte ! Qui ? Le diable ? Faustus Kelly ou le pacte avec Faust revisité par celui que James Joyce célébrait comme « un écrivain authentique doué du véritable esprit comique »... et qui négocie avec brio les courants de l'humour et de l'invraisemblance (entre chien et loup), sans rien perdre de sa charge subversive.

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  • Dans la solitude que la pampa a créée ex professo pour l'aventurier, on entend un crissement. C'est un bruit aigre et régulier, assidu comme le malheur et la pauvreté. Ce crissement est le bruit du sang qui irrigue le corps informe d'un pays (l'Argentine) encore cloué au sol comme Gulliver, mais qui s'éveillera sous peu.

  • Avec ce récit intime et exclusif, Nick Tosches continue à explorer l'un des thèmes précieux de son oeuvre : la fin de l'innocence. De la promesse brisée par une mère « ne se souvenant plus » qu'elle avait dit à son fils qu'elle l'autoriserait à fumer une cigarette le jour de son douzième anniversaire aux relations entre les personnages (la figure centrale et énigmatique du grand-père tissant des liens privilégiés avec Johnny) et aux rêves de cet enfant « cool » qui ponctuent le livre, jusqu'à la découverte de l'amour, l'écrivain américain, sans aucune nostalgie pour le monde de l'enfance, signe-là de nouveau un livre tour à tour baigné par la douceur et provocant : il pourrait en effet amener certains adultes faisant la lecture avec leur enfant à se questionner sur leurs propres renoncements, sur les quelques principes auxquels ils semblaient tant tenir durant leur jeunesse. et qu'ils n'ont fait que trahir. Mais cela, seul le regard de leur propre enfant pourra le leur faire savoir au fil de la lecture.

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