Solitaires Intempestifs

  • À trois reprises, la réflexion de Gilles Deleuze s'est dirigée spécifiquement sur les arts scéniques : dans l'introduction à Différence et répétition, dans un essai qui accompagne un texte de théâtre du metteur en scène italien Carmelo Bene (« Un manifeste de moins ») et un autre qui fait suite à une série de pièces brèves de Samuel Beckett (« L'Épuisé »). Les notions proposées là par le philosophe - celles de « mouvement », « différence », « répétition », « minoration », « variation », « devenir », « disjonction », « inclusion », « épuisement », « ouverture » - invitent la réflexion sur le théâtre contemporain à un vivifiant déplacement : une sorte d'appel à penser celui-ci de manière plus inventive et moins cloisonnée. Inversement, poser le regard sur ces trois textes donne d'approfondir, depuis une pratique concrète (le théâtre donc), le dialogue avec la pensée deleuzienne ainsi que la compréhension qu'aujourd'hui l'on a de cette dernière.

  • Suivi des contributions de Thomas Dommange, Matthew Feldman, David Tucker, Anthony Uhlmann, Rupert Wood.
    Ouvrage établi par Nicolas Doutey avec la participation de Eri Miyawaki.
    Traduit du latin par Hélène Bah-Ostrowiecki et de l'anglais par Nicolas Doutey.

    En 1967, un critique demanda à Beckett comment aborder son oeuvre. L'écrivain, bien en mal de répondre, évoqua tout de même comme possible point de départ la pensée d'Arnold Geulincx (1624-1669). Philosophe flamand méconnu, dont les oeuvres ne furent traduites du latin qu'à la fin du XXe siècle, Geulincx aggrave la séparation cartésienne du corps et de l'esprit au point de rendre leur union dans la vie humaine proprement miraculeuse, et défend ainsi une forme d'occasionalisme mystique particulièrement singulière. En 1936, sur les conseils d'un ami philosophe, Beckett était parti à travers Dublin à la recherche de cette oeuvre réservée aux « spécialistes ». La trouvant finalement aux fins fonds de la bibliothèque de Trinity College, il sentit immédiatement l'importance de cette lecture, prenant plusieurs dizaines de pages de notes, qu'il conservera avec lui jusqu'à sa mort. Découverte en cette période décisive des années 1930 où se forme « l'esprit beckettien » des grands textes à venir, l'oeuvre de « ce vieux Geulincx, mort jeune » (Molloy) va profondément marquer l'écrivain, tant par l'originalité de sa pensée et la radicalité de ses positions philosophiques que par son « beau belgo-latin » (Murphy) qui le place au rang des « poètes-philosophes ».

    Ce livre rend disponible pour la première fois l'intégralité des notes de Beckett sur les oeuvres de Geulincx (extraites des Quaestiones Quodlibeticae, de la Metaphysica vera et de l'Ethica), dans leur traduction française. Si ces notes parlent d'elles-mêmes à qui est un peu familier de l'univers beckettien, elles sont ici accompagnées de textes se proposant de prendre plus précisément la mesure de la rencontre entre l'écrivain et le philosophe. Quatre articles inédits en français de spécialistes renommés de Beckett (Matthew Feldman, David Tucker, Anthony Uhlmann, Rupert Wood) interrogent les diverses facettes de la présence de Geulincx dans son oeuvre : qu'elle se manifeste à travers la reprise et la réélaboration d'images ou de formules geulincxiennes, dans certaines caractéristiques de « l'homme beckettien », ou encore dans sa conception particulière du geste artistique. Un texte de Thomas Dommange complète ces réflexions sous un angle plus philosophique, en proposant de réfléchir à ce que l'approche de Geulincx peut donner à penser aujourd'hui, notamment à travers la notion de grâce, si chère à Beckett dans son travail théâtral. Mis en perspective dans une introduction articulant l'ensemble, ce volume espère ainsi éclairer les principaux aspects de cette rencontre entre l'un des plus grands dramaturges du xxe siècle et cette figure originale et méconnue de la philosophie classique.

  • Ceci n'est pas un ouvrage de « philosophie du théâtre », au sens général du mot. C'est bien la scène qui est prise ici comme objet de pensée. En effet, cette réalité a souvent été étudiée d'un point de vue historique, ou pratique, ou dans ses usages dramatiques - mais, paradoxalement, on s'est peu intéressé, jusqu'à aujourd'hui, à l'étude de la notion : qu'est-ce au juste qu'une scène ? Qu'est-ce qui en fait la nature, à la différence d'autres constructions proches ? Cette préoccupation, abordée avec un regard philosophique, rassemble les textes des six essayistes, philosophes ou hommes de théâtre réunis par ce volume.

  • La musique est une opération de transformation de l'auditeur en un homme musical. À partir d'une analyse philosophique des indications en mots dans les partitions de Schumann, l'auteur essaie de faire le portrait de cet homme, et de montrer en quoi il diffère radicalement de nous : la musique est pour l'auditeur un lieu privilégié d'expérimentation d'un nouveau rapport à soi. On le dit depuis longtemps : elle n'est pas d'abord une affaire de musiciens, une affaire esthétique, mais une affaire métaphysique et morale. En quoi la morale et la politique sont-elles finalement engagées dans l'audition d'une oeuvre et dans l'émergence de cet homme-là ?

  • Pour sa première année d'existence‚ le Groupe de Recherches Théoriques de l'université Paris-Sorbonne a voulu s'interroger sur la notion de théorie, telle qu'on l'utilise en particulier dans les sciences humaines. Le goût de la théorie et des théorisations‚ qui fut tellement en faveur dans un passé récent‚ peut paraître aujourd'hui objet d'une certaine méfiance. Le GRT a sollicité des chercheurs de divers pays qui ont accepté de répondre‚ par l'exemple de leur recherche en cours‚ à la question de l'utilité‚ ou de la légitimité‚ des constructions théoriques dans la marche de la pensée vivante.

    Ce volume réunit sept essais Denis Guénoun : Dramaturgie du football et question nationale Marcello Vitali Rosati : Réflexions pour une resémantisation du concept de virtuel Bernard Stiegler : Devenir ceux que nous sommes Sarah Kay : La poésie, la vérité, et le sujet supposé savoir Thomas Dommange : Pourquoi une théorie de l'espace musical ?
    Michel Deguy : Poétique & théorie Judith Butler : La question de la non-violence

  • Voici le seul échange public entre Jacques Derrida et Richard Rorty‚ figures philosophiques centrales de la deuxième moitié du xxe siècle. La discussion‚ aussi directe qu'amicale‚ entre ces deux grands penseurs‚ est éclairée et nourrie par des contributions de Simon Critchley‚ Chantal Mouffe et Ernesto Laclau. Prenant pour objet la question de la démocratie‚ le débat donne à voir dans toute leur ampleur les points d'accord et de divergence entre ces deux traditions de pensée‚ la « déconstruction » et le « pragmatisme »‚ et constitue ainsi un document précieux pour la question de plus en plus vivace des points de passages entre les philosophies dites continentale et anglo-saxonne.

  • Lévinas écrivait à propos de Maïmonide : « L'aspect véritablement philosophique d'une philosophie se mesure à son actualité. Le plus pur hommage qu'on puisse lui rendre consiste à la mêler aux préoccupations de l'heure. » C'est un hommage semblable que ce livre voudrait tenter de rendre à la philosophie de Lévinas lui-même, en l'articulant à quelques traits saillants de l'époque qui est la nôtre. Il invite ainsi à marcher dans les pas de Lévinas, ou plutôt à s'accorder au pas philosophique de Lévinas - un pas à contretemps pour le temps qui nous arrive.

  • Depuis sa première publication en anglais, il y a plus de vingt ans, ce livre a été au centre de nombreux débats. Les discussions et controverses qu'il a suscitées sont pourtant loin d'être apaisées : la désintégration du bloc soviétique, l'émergence de nouvelles identités sociales et politiques en lien avec la transformation du capitalisme avancé, et la crise d'un projet de la gauche dont les fondements essentialistes ont essuyé des critiques de plus en plus nombreuses, ont bien plutôt rendu les perspectives théoriques proposées dans ce livre plus pertinentes que jamais. Le projet politique qu'il élabore, la « démocratie radicale et plurielle », constitue un puissant antidote aux tentatives de dépassement par une troisième voie de l'opposition classique entre droite et gauche. Ce texte essentiel, dont voici la première traduction française, aide à comprendre la nature et le sens des luttes sociales contemporaines.

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