Galilee

  • Le choix d'Hémon

    Paul Audi

    Hémon est un drame librement inspiré de la tragédie de Sophocle, Antigone. Très vite les différences surgissent.
    Dans la pièce de Sophocle, pour n'avoir pas été capable de faire entendre raison à sa fiancée rebelle, Antigone, ni à son père tyrannique, Créon, Hémon écartelé entre deux volontés inflexibles, se donne la mort un peu avant le dénouement.
    Dans Hémon, Hémon ne meurt pas et cette survie témoigne de la force intérieure du personnage.
    Personnage intelligent, mais sans grande envergure, Hémon surprend au fur et à mesure que les épreuves qu'il traverse le transforment, l'amenant à occuper le centre de l'arène tragique.
    Ces épreuves sont colossales : avec Antigone, il voit son grand amour mis à l'épreuve ; avec Créon, il voit son affection filiale mise en cause. De ce parcours, ce qui émerge n'est-ce pas sa stature de héros ?
    Héros, c'en est peut-être un, mais paradoxal. Au lieu de conquérir quelque chose d'impossible et de s'en prévaloir, Hémon finit par apprendre, au fil de ses diverses dépossessions, qu'il lui reste à se détourner de la folie du monde et à se tourner vers lui-même, au nom d'un principe : le respect de la fragilité essentielle de l'être, qui est la sienne autant que celle d'autrui.

  • Divinités

    Ivan Alechine

    Dans les montagnes de la Sierra Madre, les Huichols - ils se nomment Wirarika, peuple devin - pensent comme Goethe que Ce qui est formé est aussitôt transformé. La source cachée de la vie est oscillante et impermanente.
    Les étapes de son développement de l'invisible au visible sont pourtant marquées. Le filet de la pensée wirarika capture un monde d'escapades qui va du feu au soleil et du cerf au maïs. Mettre un nom sur le visage d'une pensée, c'est créer une légende. Mieux que d'assister passivement au développement de la légende, les Huichols l'assistent. Pas de savoir sans saveur. Pas de coeur sans saveur. Un coeur doit parler. L'origine sapiens du mot savoir prospère dans sagesse. On lui souhaite de rencontrer son principe charmant - le sel du plaisir.
    Entre divinités précolombiennes et divinités post hollywoodiennes, j'y étais. Presque.

  • Quand un texte vient jusqu'à atteindre la béance où il puise, il concerne ce que nous pouvons connaître de plus contemporain. C'est le cas du chef-d'oeuvre surprenant de Sadegh Hédayat, La Chouette aveugle, célébré par André Breton.
    Ce court roman est troué de textes anciens, de légendes lointaines, de rêves érudits, de cauchemars, d'espaces et de temps disjoints. Un peintre d'écritoires, enfermé dans sa chambre obscure, raconte le meurtre insensé qu'il a commis sur sa femme et le deuil infini qu'il en éprouve. Mais ce deuil ouvre sur ses propres ténèbres et sur ce qui se joue parfois dans le crime, une absence abyssale. Les abîmes déplient alors sur des temps contrariés et distincts, sur la manière dont les humains fabriquent leurs propres gouffres par ignorance, fanatisme, cruauté, bêtise.
    De ces ténèbres naît une écriture sans bavardage, ouverte sur des sarcasmes, passeurs d'une lucidité qui nous touche aujourd'hui. Nous apprenons alors sur le rêve, sur le crime, sur le temps, sur la folie, sur l'inconscient, sur une position exacte de l'écriture.
    Cet essai n'est pas un commentaire, mais, à partir de l'enseignement de ce roman, une mise en oeuvre de sa méthode. Notre époque est ouverte sur des temps et des textes proches ou lointains, le pur contemporain n'existe pas. Mais il s'éclaire de ces déhiscences immenses qui font remonter sur nos rivages les tissages d'une poésie terrible.

  • L'étrange parfum des fleurs exotiques, la couleur des balisiers, la poétique de la toponymie, les formes tropicales transformées en forces, le cimetière qui est une plage, la trace sur le sable d'un enfant à venir, le pays natal où l'on n'est pas né, la vie sous l'eau, le regard d'un serpent, l'oeil d'un poisson flûte, la lenteur des animaux marins, les séquences d'une pèche miraculeuse, les lumières de la nuit dans un mouillage, l'ombre de Gauguin, la géométrie cosmique d'un squelette d'oursin, le surgissement d'un cercueil, la secousse d'un tremblement de terre, les temps de l'holothurie ou du colibri, le langage des bateaux, la déesse rousse du volcan, les lumières d'un vaisseau fantôme, la naissance de la nuit, la cérémonie d'une noce païenne, l'énergie du rayon vert, le partage des eaux avec une tortue, la furie d'un combat de coqs, la mélancolie du carnaval :
    La poésie est toujours autobiographique. Voici l'un de mes journaux.

  • Vicky Colombet pratique la peinture à la façon d'un ensemencement. Ses tableaux, que l'on pourrait nommer paysages bien qu'ils restent résolument abstraits, sont faits de plis où la lumière se niche, entre enfouissement et éblouissement.
    Un pli se forme, un pli s'ouvre, afin que quelque chose advienne, encore. Chaque tableau, qui naît d'un rituel intime, oscille entre mélancolie et renaissance.
    C'est la beauté du monde, celle qui s'enfuit, celle qu'il est peut-être possible de sauver un peu, par la peinture comme manière de vivre, qui se donne là.

    Vicky Colombet paints almost the way one might cultivate soil. Her paintings, which could be called landscapes even though they remain resolutely abstract, are made of folds in which light nestles, between burrowing and effulgence.
    A fold is created, a fold opens, so that something can emerge.
    Each painting, born of an intimate ritual, oscillates between melancholy and rebirth.
    The beauty of the world, a fleeting beauty, of which some can be saved a little through painting as a way of life, gives itself over to her work.

  • L'âme ressemble aux rues quand les rues promènent leur vague à l'âme...
    C'est au coeur de cette marche effrénée, affamée, que nous emmène Juliette Brevilliero, auprès de ces insatiables Mangeurs de rues.
    Et tandis que l'âme du monde se repaît de leurs impasses, passages, allées et venues, est-ce la quête de leur propre âme ou bien celle de sa fuite qui meut les avides promeneurs dévorant ces rues.

  • Chair papier

    Juliette Brevilliero

    Face à des pages blanches comme des nuits, dans lesquelles s'invite une muse nue sous son encre, Juliette Brevilliero nous plonge, avec Chair Papier, dans une sensorialité musicale et colorée.
    S'écrivent ici les poèmes issus de songes à fleur de page, hirsutes d'une peau de papier charnel, à vif et sujette aux aléas de l'impératrice inspiratrice, tantôt capricieuse, tantôt généreuse, toujours plurielle.

  • L'autre portrait

    Jean-Luc Nancy

    Publié à l'occasion d'une exposition sur le portrait contemporain au MART de Revereto, ce texte donne une lecture de l'histoire du portrait comme étant celle de la "vérité en peinture" dont parlent Cézanne et Derrida. De l'immortalisation et la glorification du modèle à son effacement dans une vision brouillée ou un miroir sans reflet, il s'agit autant de la vérité du sujet que de celle de l'art.

  • Persona grata

    Pierre Nahon

    S'agit-il de portraits ? De souvenirs ? Des deux ? Qu'importe. Griffonnés depuis toujours, par à-coups, sans plan préalable, perdus et retrouvés, enfin rangés et mis au net, ou presque, ces textes évoquent des êtres attachants ou pas, guillerets ou atrabilaires, discrets ou hauts en couleurs.
    Par quelle bizarre, obscure alchimie, se sont-ils transformés en personnages ? Et pourquoi les ai-je retenus, alors que certaines femmes, d'autres hommes ont joué dans ma vie un rôle aussi considérable que le leur ? Volonté irrépressible d'être sur la photo, avec des stars ? Hélas, l'éclat de la renommée de Clodie Bacri, de Bernard Sobelman, d'André Serval, de Joaquim Vital, pour ne citer qu'eux, n'aveugle pas les foules.
    Leur seul dénominateur commun est d'avoir un peu, beaucoup, à la folie aimé la vie et l'art. Il ne m'a pas paru illogique de les réunir dans un livre. Ils interviennent ici dans l'ordre où ils sont apparus dans mon existence, mais cet Adieu n'est pas une autobiographie, ou alors très parcellaire.
    J'ai trié, c'est vrai - ou plutôt, je savais ce que je n'écrirais pas. Je savais, n'ayant aucun goût pour l'exhibition, que je n'exhiberais personne, ni ceux ni celles que j'ai connus, rencontrés ou côtoyés. Ni moi-même. Décoller des masques, oui, à l'occasion. Rapporter de trop confiantes confidences, non et jamais.
    L'amitié m'a passionné et j'ai beaucoup aimé la scène, le cinéma, les fêtes ; des paysages m'ont ému, des villes, des lieux, des maisons m'ont séduit ; des maîtres, des amis, des proches m'ont rassuré. Et les oeuvres qui ont balisé mon chemin n'ont pas toujours été celles de mes contemporains. Risquerai-je une confidence ? Je préfère Piero Della Francesca à Jeff Koons, Michel Ange à Damien Hirst, Saint-Simon à Michel Houellebecq.
    Ces personnages, dont je tente d'aviver l'image, pariaient sur la chance supplémentaire de durer que l'oeuvre ou la chose imprimée peuvent procurer, misant, de cette façon-là aussi, sur l'improbable postérité. J'espère ne pas les trahir.

  • Dans « Le miracle secret », Borges imagine la mort étrange d'un écrivain praguois que la Gestapo arrête en mars 1939 et condamne, au seul prétexte qu'il est juif et qu'il a été dénoncé comme tel, à être passé par les armes. La nuit qui précède son exécution, il a rêvé que la voix même de Dieu lui accorde le temps nécessaire pour achever son travail. Le lendemain à l'aube, entre le moment où les soldats du peloton braquent leurs fusils sur lui et celui de la décharge mortelle, le temps de l'« univers physique » est comme suspendu : l'écrivain remanie et accomplit en secret son « oeuvre », à jamais pourtant inachevée.

    À la considérer sous l'angle de son ultime « récit » publié, L'Instant de ma mort, et d'un énigmatique fragment « autobiographique » antérieur, « (Une scène primitive ?) », on est peut-être en droit d'estimer que le conte de Borges emblématise assez bien l'oeuvre « désoeuvrée » de Blanchot, tout entière écrite ou réécrite, achevée inachevable, dans le temps incommensurable qui sépare le 20 juillet 1944, date à laquelle il faillit être fusillé par les nazis (ou telle journée de l'hiver 1914 ou 1915, qui fut celle d'une extase enfantine), et la mort désormais survenue le 20 février 2003 : le temps atemporel de l'agonie native et de la mort immémoriale, « impossible nécessaire », qui aura autorisé la dernière méditation de celui qui avait interrogé sans relâche la Littérature ou l'Écriture dans sa possibilité même.

    Ce livre tente de proposer une lecture de ces deux textes. Plus exactement, il les interroge pour mettre à l'épreuve ce qui, à travers la hantise du « mourir », s'est joué quant aux catégories majeures de la fiction et du mythe, du testimonial et du testamentaire, de l'aveu et du secret, de la non-présence à soi et du retrait, de l'autre (éthique) et de l'être-ensemble (politique), etc. Mais surtout quant à ce qu'il faut bien se résoudre à nommer l'écriture posthume de Blanchot.

  • « ...je me Je... ...en boucle... ...et rien que ça... ...et rien que ça... ...en boucle...
    ...je me Je... ... ... ... ... ... ... ... ...et je me Je... ...et en boucle... ...et rien que ça... ...et rien que ça...
    ...et rien que ça... ...mais en vérité même pas...

    ...et même mon non-être n'est pas le mien... ».



    « [...] ».



    « Ce livre est la recherche de soixante-dix possibilités de conjurer/ l'impossibilité d'être soi/ (xante-dix impossibilités de conjurer l'impossibilité/ d'être soi/ (xante-dix possibilités de conjurer l'impossibilité d'être soi/ (xante-dix impossibilités de conjurer l'impossibilité d'être soi/ (xante-dix possibilités de conjurer l'impossibilité d'être soi/ (xante-dix impossibilités de conjurer l'impossibilité d'être soi/ (xante-dix possibilités de conjurer l'impossibilité d'être soi/ (xante-dix impossibilités de conjurer l'impossibilité d'être soi))))))). »

  • La Sagesse des abeilles commence sur la tombe d'un père mort et se termine dans les astres, en passant par un trajet vers l'étoile polaire, une naissance dans un quartier de boeufs décomposés, une réincarnation d'hommes doux, l'âme d'un mort comme condition de possibilité de l'éloquence d'un fils, une méditation sur le cosmos et les figures du destin, une anti-fable des abeilles, une cérémonie orgiaque destinée à des initiés, des libations en l'honneur des solstices, une célébration des républiques de ces mouches à miel, une généalogie du mal, une leçon donnée par un essaim.

    Sur le mode lyrique et poétique, ce texte, destiné à une mise en scène théâtrale réalisée par Jean-Lambert-wild à la Comédie de Caen, prend place, après Le Recours aux forêts, comme la première leçon d'un Démocrite ayant commencé à scruter le ciel pour y trouver les leçons données par le cosmos aux hommes. Cette sagesse donnée par les abeilles invite au surhumain - qui est tout simplement connaissance du rôle architectonique de la volonté de puissance, amour de ce savoir et, de ce fait, obtention d'une jubilation qui sauve du nihilisme.

  • Michel Onfray a commencé à écrire des haïkus dans les hôpitaux où il accompagnait celle qui fut sa compagne pendant trente-sept ans. Elle vivait alors les dernières années de sa vie, ravagées par un cancer qui a duré treize années. Ignorant au départ qu'Avant le silence, le premier volume de ces petits textes (paru en 2014), deviendrait le journal de l'agonie, de la mort et du deuil, il a continué à écrire.
    Ce deuxième livre, Les Petits Serpents, est celui du chagrin. La suite, en cours, s'intitulera L'Eclipse de l'éclipse.

  • Gorgô

    Claude Louis-Combet

    Jean-Pierre Vernant a caractérisé la figure de Gorgô comme celle d'une Puissance de Terreur, associée à « Épouvante, Déroute, Poursuite qui glacent les coeurs », ainsi qu'il est écrit dans L'Iliade. De cette sombre image de la femme - l'une des plus ténébreuses de la tradition mythologique grecque - la mémoire collective a retenu, par-dessus tout, l'instance de vie qui lui ouvre la gorge, le nid de vipères de sa chevelure et la puissance mortifère de son regard. L'approche psychanalytique du mythe a fait, de ce dernier, une métaphore violente de l'interdit lié à la vision du sexe de la femme.
    Il y a donc, autour de Gorgô, une lourde accumulation d'angoisses et de fantasmes. C'est de ce fond toujours vivant de création inconsciente que procède le texte ici donné : réécriture actuelle d'un récit immémorial où l'on voit la femme s'enfoncer dans la part la plus sauvage de son être et l'homme, sous les traits de Persée, le jeune héros, parachever par la mort sacrificielle le destin sexuel du monstre féminin. Ainsi se laisse reconnaître la fécondité, jusqu'ici, des images religieuses, éthiques et esthétiques laissées par la mythologie classique en son reflux.

    C. Louis-Combet

  • Bestiaire nietzschéen

    Michel Onfray

    Les philosophes ont presque tous eu recours à des animaux pour dire leur monde: du taon de Platon au hérisson de Derrida en passant par le ciron de Pascal ou le porc-épie de Schopenhauer, il existe dans l'histoire de la philosophie un bestiaire qui pourrait donner des fables avec lesquelles se diraient simplement leurs pensées complexes.
    Nietzsche a abondement sollicité les animaux. Dans Ainsi parlait Zarathoustra, les bêtes humaines disent l'humain, le trop humain: la dénégation de l'autruche, la veulerie du buffle, l'agenouillement de l'âne, la ruse et l'hypocrisie du chat, la servitude volontaire du chameau, la servilité du chien, la grossièreté du cochon, la lourdeur de l'éléphant, la mesquinerie de la fourmi, la rancune des mouches, l'opportunisme des sangsues, le ressentiment des tarentules, la méchanceté des vipères ...
    Les bêtes surhumaines sont un contrepoison aux bêtes humaines : la félicité de l'aigle au regard perçant, la paix dans l'affirmation dont sont capables les colombes, le volontarisme du lion qui dit «je veux », l'éternel retour exprimé par le serpent qui se mord la queue, le sens de la terre du taureau.
    Le bestiaire nietzschéen dit la pensée de Nietzsche. Ces petites proses poétiques la ramassent. Comme un vade-mecum pour s'éloigner des hommes et se rapprocher du surhumain.

  • Quand Michel Onfray a commencé à écrire des haïkus, il ne savait pas qu'il inaugurait un genre de journal intime qui saisirait les derniers mois de vie de sa compagne, le deuil qui a suivi sa disparition après un cancer de treize années incluses dans trente-sept années de vie commune, et la vie qu'il faut vivre ensuite.
    Ce journal de peine et de chagrin, de tristesse et de mélancolie, est aussi un journal de présence au monde. En voici la troisième année. On y trouve des couleurs et des parfums, des sensations et des émotions, des souvenirs et des perceptions consignés ici ou là, dans son village natal, dans la ville normande qu'il habite désormais, ou n'importe où ailleurs sur la planète.
    Le haïku nous écrit bien plus que nous ne l'écrivons. Il nous oblige à être aux aguets de l'infime. Il nous apprend aussi que l'infime nous guette.
    Ou que l'absence est une présence.

  • « Une nuit est tombée dans un livre.
    Nuit d'automne, pluvieuse, brumeuse, sinueuse, tortueuse, anguleuse, étrangleuse.
    Je ne vis pas, je me regarde simuler : regarde, cher miroir, c'est lui, le « Je » du début de cette phrase, oui, regarde, c'est bien lui que je dois duper...
    Nuit de réflexion, rêveuse, douteuse, questionneuse, ensorceleuse, hasardeuse, vertigineuse.
    C'est cette nuit, je l'ai vu, qui a écrit ce livre. » Stéphane Sangral

  • Un cahier de seize illustrations couleur illustre ce petit livre sous-titré : « La sécession du geste dans la peinture de Stig Brøgger ». Il s'agit d'une réflexion sur l'exposition de deux cent cinq petites peintures (mélange d'alkyde sur contreplaqué, avec additions de pigments en poudre) présentées au Statens Musuem for Kunst de Copenhague, en 1990. Peu connu en France, Stig Brøgger a été invité à la septième Biennale de Paris (1971) dans la section « Concept ».

  • Un empilement et une confrontation des multiples facettes de l'objet fascinant du Je : objet-idée, objet-mouvement, objet-Dieu, objet-ombre.

  • Le jeu de la nuit Nouv.

    C'est une ode à la nuit. Mais pas n'importe laquelle : la nuit en nous, cette partie étrangère à nous-mêmes, immergée dans notre Inconnu.
    La nuit qui abrite un Je qui se joue de nous : le double Je(u) de l'inconscient avec ses lapsus, ses manques dans ses actes manqués, sa nostalgie, ses impostures, ses paradoxes, ses désirs frustrés, et ses rêves...
    Juliette Brevilliero révèle ici la face cachée de l'âme nocturne, là où le Je(u) de dupes n'est finalement plus dupe de rien, entre onirisme, réalité et surréalité.
    Les Mots rares est le troisième recueil de poésie de Juliette Brevilliero.

  • Michel Canteloup : le temps de l'oeuvre Nouv.

    Il s'agit de rendre sensible l'oeuvre d'un peintre, Michel Canteloup, et de traduire la richesse et la complexité de son art. Depuis les années fondatrices de la Villa Médicis, il conduit, patiemment mais non sans ardeur, une production inclassable, gorgée de nature mais tendue par la plus exigeante abstraction. Il a recours aux techniques et aux formats les plus divers, mais c'est le rapport pulsionnel qu'entretiennent dessin et peinture qui prime, dans la définition d'un espace palpitant. Dans une interaction constante, le trait devient une touche. On tente par ailleurs d'analyser les liens qu'entretient Canteloup et l'art du livre, qui constitue un des axes de sa création.

  • Aller aux mystères de la scène du livre, aux temps de l'A.
    Ant, de son avènement, de son effacement, écrire la joie d'aller à l'écriture, de se laisser aller à la joie qu'il y ait de quoi écrire : Hélène Cixous est dans cette enjambée qui la tient à tous les âges du récit. Au comble de l'écriture. Car l'écrivain est à la fois dans le trait - bête de trait au labour du texte - et au point d'illumination où il arrive qu'on ose oser, où il est donné d'oser écrire.
    Le livre est alors la fragile embarcation de traversées vouées à l'inconnu ; l'intrigue, ce sont les menées de la langue lorsqu'elle prend par les racines, fait des rejetons, des combinaisons, révélant nos théâtres intimes les plus enfouis. Nos gisants. Tout est langue : là est le territoire où opérer. Ecrire où ça vibre. Dans la veine du devenir. En prenant le parti de la créature et de la création, le livre inscrit la topologie d'un auteur-fantômes.
    A l'oeuvre, Hélène Cixous veille à déconstruire aussi bien les prisons du moi que les prises d'auteur ; à délivrer aux lecteurs un visa pour l'inconnu-soi. L'" Auteur ", ni auctorial ni autoritaire, est le site des revenants et des partants. Il donne jour, donne vie, donne lieux à naissances. Du café à l'éternité dit tout cela : l'infime et le sublime de l'être-au-monde. Et ces traversées dans l'oeuvre cixousienne s'efforcent de désarmer la lecture, de lui donner les moyens de l'accueil.
    L'envol. Un double dispositif, par suite, s'est imposé, qui permet de jouer des distances. L'analyse procède tantôt avec la longue-vue tantôt à l'aide de la loupe, alternant des plages d'essais interprétant les motifs majeurs de l'oeuvre, et des passages du texte au crible d'un déchiffrement mot à mot. Ce trajet à deux vitesses a semblé le plus apte à rendre compte de la perpétuelle accommodation qui requiert 1'oei1 de la lecture.
    Car celle qui écrit est plurielle ; l'écriture de ses voyages est moins métaphore que phosphore : porteuse de lumière, de feu.

  • Le haïku, c'est le dernier verbe juste avant le mütisme. Il constitue un exercice de connaissance extraordinaire c~r il apprend à voir ce qui advient de façon minimale, microscopique. Écrire des ..
    Haïkus contraint à ne plus voir le monde de la même manière et à le saisir comme un prétexte à connaître les frissons du réel.
    Cette connaissance par les pointes, et non par les gouffres, génère une sagesse primitive. Le haïku dit ce qui a eu lieu sans les hommes, ce qui aura lieu sans eux, ce qui n'a pas besoin d'eux pour avoir lieu. Il dit pour n'avoir plus à dire, il manifeste pour laisser une trace qui s'estompe et disparaît - comme le réel.
    En matière de poésie, les mallarméens commencent par la fin et font disparaître le réel au profit du verbe; à l'inverse, les auteurs de haïkus commencent par le début, ils saisissent le réel dans l'une de ses manifestations et utilisent le verbe au profit des images qui génèrent la sensation enfuie. Ils présentifient la disparition, ils actualisent la fugacité, ils fixent le mouvement, ils nomment l'éphémère, ils montrent l'à peine visible. Le haïku est l'ultime parole avant le silence.
    Avant le silence est un recueil des haïkus d'une année, 2013-2014. Ce fut l'année pour Michel Onfray des derniers temps, de la mort de sa compagne de trente-sept années de vie commune, et du deuil- ce qu'il ignorait en écrivant son premier texte.

  • Avoir pénétré en cette quatrième de couverture, mais y avoir pénétré si loin que s'est révélé son centre : l'impossibilité d'avoir véritablement pénétré en cette quatrième de couverture.
    Ce livre, gravitant autour de ce centre (dans une tension entre le fuir et s'y écraser), s'écrira à l'encre du vertige. Circonvolutions. Ce livre, s'enroulant autour de ses propres replis (dans une tension entre l'étrange et l'impensable), deviendra l'organe du vertige. Circonvolutions. Ce livre, tordant ses idées et son écriture autour de l'idée d'écriture (dans une tension entre le soi et le soi de l'écriture), ne sera que le vertige de ce livre. Circonvolutions.
    Faire des noeuds sur le fil de cette quatrième de couverture, et tenter d'y grimper suffisamment haut pour que le vertige se transforme en la possibilité de véritablement pénétrer en l'écriture. »

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