Religion & Esotérisme

  • Le voyage nocturne de mahomet . l4aventure de la parole

    Jamel-Eddine Bencheikh

    • Actes sud
    • 20 Mars 2002

    En Islam, le domaine de Dieu est inaccessible aux hommes sinon de par la volonté de Dieu lui-même et selon la lettre du Coran, texte de la Révélation, fondamental, nécessaire et suffisant.
    Les musulmans s'interdisent donc toute autre représentation du divin et singulièrement celles qui procèdent de l'imagination. C'est pourtant le Coran qui, par sa sourate XVII, ouvre une brèche dans cette interdiction " Gloire à celui qui a fait voyager de nuit son serviteur de la Mosquée sacrée à la Mosquée très éloignée dont nous avons béni l'enceinte, et ceci pour lui montrer certains de nos Signes.
    " La tradition populaire s'est autorisée de ces versets pour broder sur le thème d'un voyage fait en songe par le Prophète, de La Mecque à Jérusalem, puis dans les au-delà célestes et infernaux. Des moyens merveilleux, une échelle sublime (mi'radj) ou une monture prodigieuse, ailée, à visage féminin, conduisent jusqu'à Dieu, à travers les Cieux, font découvrir l'Enfer et permettent la rencontre d'Adam, des patriarches et des prophètes, d'Abraham à Jésus, en passant par Moïse.
    Les variantes attestées et écrites sont nombreuses, précisément parce qu'il s'agit de la seule ouverture sur l'imaginaire religieux. Et leur objectif est simple : convoqué à comparaître devant Dieu qui va prononcer sa légitimité, Mahomet franchit ces espaces utopiques accompagné et vénéré par tous les grands témoins du credo monothéiste. Dernier des Envoyés, il se trouve immédiatement confirmé dans sa supériorité sur tous les précédents.
    Ici, l'islam se fonde tout en célébrant sa primauté.
    Face à la variété des textes issus de ce que gardiens du temple et islamologues distingués traitent de " fatras et folklore matérialiste pour croyants médiocres aux appétits grossiers ", Jamel Eddine Bencheikh a réécrit, avec une magnifique sensibilité littéraire, l'une des versions, la plus étoffée, en l'enrichissant des autres de façon à restituer un récit poétique complet et dont l'homogénéité se justifie par l'unicité de la source d'inspiration.
    Il s'en explique dans une postface remarquable sous le titre de L'Aventure de la Parole. Ce faisant, il fait justice à un peuple musulman de plusieurs centaines de millions d'âmes pour qui ces représentations sont le corps de la foi. Si l'islam est aujourd'hui l'une des religions les plus répandues au monde, c'est aussi grâce à ces récits apocalyptiques. Sans doute leur popularité tient-elle à ce qu'ils donnent à voir.
    D'où, encore, leur succès auprès des miniaturistes. Car, telle est l'autre qualité de ce livre : un chatoiement d'images et de couleurs nées du texte et qui y trouvent immédiatement leur place. Rarement harmonie aura été aussi parfaite.

  • Chemins français de Compostelle

    Thorsten Droste

    • Actes sud
    • 30 Mars 2009

    Tous les chemins de France mènent à Compostelle : au point que la route qui traverse le Nord de l'Espagne, de Pampelune à la Galice, fut baptisée Camino Francés et que la coquille, emblème du saint, fut interprétée comme une représentation symbolique du royaume de France où toutes les routes de pèlerinage convergeaient vers un point unique. De fait, les quatre axes majeurs décrits par le Liber Sancti Jacobi (milieu du XIIe siècle) sont doublés de multiples chemins de substitution ou de traverse et le réseau se ramifie à l'infini. La Via Touronensis, « chemin de Tours », partait de Saint-Denis et gagnait les Pyrénées par Tours, Poitiers, Aulnay, Saintes et Bordeaux. La Via Lemovicensis, chemin de Vézelay, traversait le Berry puis le Limousin et rejoignait la précédente à Saint-Palais, en Pays basque. Non loin de là, à Ostabat, elles rencontraient la Via Podiensis, le « chemin du Puy », pour une fois bien nommé, qui, du Puy-en-Velay, traversait les Cévennes, le Quercy et la Gascogne. Excentrée, la Via Tolosana, avait son origine en Arles et à Saint-Gilles, parcourant d'est en ouest la Provence, le Languedoc, Toulouse, la Gascogne et le Béarn pour franchir les Pyrénées, non par le col de Roncevaux, comme les trois autres, mais par celui du Somport, en direction de Jaca. Il y avait aussi la route des Pyrénées : elle quittait la précédente à Saint-Guilhem-du-Désert et la longeait par Foix, Carcassonne, Saint-Bertrand-de-Comminges, avant de la retrouver à Oloron ; et en outre, le chemin de l'Atlantique, cher aux Anglais, qui débarquaient dans l'estuaire de la Gironde et gagnaient Bayonne en suivant la côte ; et encore, la dérivation de la Touronensis, par Angoulême ; ou les routes transversales joignant Podensis à Lemovensis par Rocamadour et Agen, à Tolosana par Rodez et Albi

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