Yannis Ritsos

  • « Poésie/Gallimard » est une collection au format poche de recueils poétiques français ou traduits. Chaque volume rassemble des textes déjà parus en édition courante - tantôt du catalogue Gallimard, tantôt du fonds d'autres éditeurs -, souvent enrichis d'une préface et d'un dossier documentaire inédits. Élégant viatique pour les amateurs de poésie, la collection offre des éditions de référence, pratiques et bon marché, pour les étudiants en lettres. Aujourd'hui dirigée par André Velter, poète, voyageur et animateur de plusieurs émissions sur France Culture, la collection reste fidèle à sa triple vocation : édition commentée des « classiques », sensibilité à la création francophone contemporaine (Guy Goffette, Ghérasim Luca, Gérard Macé, Gaston Miron, Valère Novarina...) et ouverture à de nombreux domaines linguistiques (le Palestinien Mahmoud Darwich, le Libanais d'origine syrienne Adonis, le Tchèque Vladimír Holan, le Finnois Pentti Holappa, le Suédois Tomas Tranströmer et récemment l'Italien Mario Luzi, deux mois seulement après sa disparition...).

  • De 1948 à 1952, époque de guerre civile puis de répression, Yannis Ritsos est déporté pour ses convictions politiques dans les îles de Limnos, Makronissos puis Aï-Stratis, en même temps que toute une génération qui y fut emprisonnée, torturée, exécutée. Mais il écrit toujours, secrètement. Les poèmes sont enfermés dans des bouteilles et enfouis dans la terre. En avril 1967, de retour d'un voyage à Cuba, il est de nouveau déporté, sous la Junte des colonels, dans les îles de Yaros et Léros, puis placé en résidence surveillée à Samos, jusqu'en 1972. Il y écrira plusieurs séries de poèmes, toujours en cachette. Les poèmes de Pierres Répétitions Grilles sont écrits en 1968-69, lors de cette seconde déportation, et publié 1972 (à l'occasion d'un léger relâchement démocratique).
    Durant ses deux expériences de déportation, Ritsos s'est employé à écrire des poèmes qu'on peut dire de témoignage.
    Mais près de vingt années séparent les deux situations, et les poèmes diffèrent par l'appréhension du vécu et par l'écriture ; les premiers (Journal de déportation) témoignaient plus frontalement de l'expérience, tandis que les seconds, « une longue suite de paraboles concises, énigmatiques, d'allégories furtives écrites au plus noir des heures vécues », font preuve d'une certaine distance, malgré une évidente prise sur l'événement que reflètent notamment la datation systématique et certains détails très précis.
    Tout cela fait de ce recueil un des chefs d'oeuvre méconnus de Ritsos, et un des préférés du poète lui-même.
    Nous avons ajouté un corpus conséquent de notes à la partie intitulée « Répétitions », car les références à des textes de l'Antiquité grecque, mythologique et historique, sont importantes allant parfois jusqu'à incorporer des passages entiers dans le poème.

  • Alors qu'il était déporté sur les îles de Limnos et Makronissos, entre 1948 et 1950, Ritsos tenait un «journal» poétique. Chaque matin, malgré les terribles conditions de détention, il se réveillait avant tout le monde pour écrire ses poèmes, sur des petits carnets ou des paquets de cigarettes.
    Le quotidien et l'amertume du détenu, dans la poésie de Ritsos, y font entendre les silences de la pierre et parler les oublis de l'histoire.
    Nous avons publié la première traduction française de ce Journal de déportation en 2009, aujourd'hui épuisé. Parmi les trois livres du célèbre poète grec, Yannis Ritsos, que nous avons publiés, celui-ci, son Journal de déportation, a été le plus apprécié et sans cesse demandé lorsqu'il est devenu introuvable. Nous avons donc décidé de proposer cette nouvelle édition, bilingue grec-français, dans un nouveau format et une nouvelle maquette, dans une traduction revue et corrigée par notre traducteur qui ne cesse de « creuser le vers » et de pousser plus loin son travail sur la poésie grecque pour faire mieux connaître son histoire et son actualité, comme le montre bien sa nouvelle postface.

  • Le chef-d'oeuvre monstrueux

    Yannis Ritsos

    • Ypsilon
    • 19 Septembre 2017

    En 1977, lorsque Ritsos écrit ce poème, il est un homme d'âge mûr qui se retourne sur son passé et signe, en effet, son poème le plus clairement autobiographique. Mais il ne le fait pas de manière ordinaire, il le fait poétiquement. On y trouve les étapes de la vie de Ritsos, son attitude de vie, le processus créatif, le credo artistique, etc. Tout ce qui fait du Chef-d'oeuvre monstrueux un lointain cousin du Chêne et chien (1937) de Queneau et du Canto general (1950) de Neruda (on pourrait aussi citer le Chant de moi-même (1855) de Whitman et Moi-même (1922) de Maïakovski), tous héritiers du Testament de Villon.
    Son écriture, intime et quotidienne a priori, mêle le lyrisme aux dérapages les plus insolites, au sarcasme, à l'humour, à la clownerie, jusqu'à une certaine trivialité. Stylistiquement, il ne s'attache à aucune école littéraire.
    Ritsos fait usage de tous les acquis des mouvements poétiques qui ont pu l'influencer durant sa vie littéraire : réalisme, romantisme, symbolisme, futurisme, surréalisme... tout cela ensemble et simultanément, tout en restant, parallèlement, à distance certaine.
    Sur le plan autobiographique, son écriture fait cohabiter une double approche du présent (la surface synchronique) et du passé (l'élément diachronique), allant jusqu'à émailler le texte de divers anachronismes (tels que, par exemple, « les tramways verts de 1821 », ou la présence de Rilke et Lou Salomé sur le Potemkine : tous deux impossibles d'un point de vue strictement historique).
    Le 21e vers est une des clés de lecture : ce « passé interrompu qui se préparait à devenir un chef-d'oeuvre ». Ce qui est à dire, non pas un chefd'oeuvre en tant que tel, mais en tant que ce poème. C'est le passé qui ne fuit plus, qui se cristallise dans le présent du poème.

  • Les Dix-huit petites chansons pour la patrie amère, dont nous proposons une nouvelle traduction, constituent un chant de résistance. Elles ont été écrites sous la dictature des colonels alors que Yannis Ritsos se trouvait déporté dans le camp de Léros depuis 1967. Seize d'entre elles ont été composées le même jour, le 16 septembre 1968, à Parthéni, à la suite d'une lettre que Mikis Théodorakis fit parvenir secrètement au poète, le priant de lui donner un texte inédit qu'il mettrait en musique. Dans ces courts poèmes, composés sous la forme de distiques qui se répondent, Yannis Ritsos chante la Grèce, « notre pauvre mère ». Le regard tendre et douloureux qu'il porte sur sa terre natale, son peuple à genoux, son labeur, ses fêtes ne l'empêchent pas d'en appeler à la résistance.

  • Arioste promène sur la vie un regard ironique et farfelu, mi-tendre, micauchemardesque.
    C'est un « naïf perspicace » ; il devine le secret des êtres et des choses.
    Arioste est l'anagramme d'Aoriste, ce qui en grec signifie l'Attentif... On retrouve dans ce singulier roman la vision du poète, son sens aigu de l'étrangeté des faits et des objets de la vie quotidienne. Écrit à Athènes en 1942, alors que la famine sévissait dans la ville, ce livre est une sorte d'exorcisme de la guerre et de la misère. On savait que Ritsos était l'un des plus importants poètes de ce temps. Avec Arioste, on découvre le prosateur, le merveilleux conteur, qu'il était aussi.

  • Athènes, mars 1985. Tous les jours, ou presque, un vieux poète grec arrache au silence de courts textes qui transfigurent son quotidien. Ce n'est pas un journal qu'il écrit, mais des poèmes, scrupuleusement datés, qui accompagnent sa vie et entrent en résonance avec le monde qui l'entoure. Livre posthume de Yannis Ritsos, Balcon est ainsi constitué des soixante-six poèmes que l'auteur écrivit entre le 1er et le 21 mars 1985. « Pain bénit », « Une porte », « Au balcon », « Humidité », « Un soir », « Érotisme », «Caserne», « Après la pluie », « Les galets blancs » : les textes se suivent comme autant de pierres sur un sentier.
    À chacun d'eux, correspond un instant de vie, une pensée intérieure, un regard sur l'existence. La preuve, par les mots, que la poésie est indispensable à la vie.

  • Recueil de poèmes lyriques et engagés, célébrant l'insoumission et la fierté de la Grèce, alors en proie à la guerre civile opposant les communistes au gouvernement monarchiste.

  • Ce livre réunit les trois derniers recueils de Ritsos : Les négatifs du silence, L'arbre nu et Tard bien tard dans la nuit, qui donne son titre à l'ensemble. Yannis Ritsos a écrit ces poèmes entre juin 1987 et mai 1988. La période où ils ont été écrits leur confère une valeur testamentaire. Ritsos y dresse le bilan de sa vie, de ses engagements poétiques et politiques. Il se montre comme à son accoutumée toujours amoureux de la vie et lucide, sans complaisance pour lui-même.
    Mais il ne renie rien. Et au lieu que l'approche de la fin assombrisse le climat des poèmes, ceux-ci baignent dans une atmosphère sereine, teintée d'humour, avec toujours ce mélange de réalisme et de merveilleux qui caractérise la parole de celui qui fut, au-delà de la Grèce, l'un des plus grands poètes du XXe siècle.

  • Publié initialement en 1937 dans une Grèce sous le joug de la dictature, ce long poème de Y. Ritsos raconte avec tendresse le plongeon de sa soeur Loula dans la démence. Il évoque sa folie, mais aussi les souvenirs d'enfance qui les lient, entre réconfort et désespoir.

  • En 1939, tandis qu'éclate la Seconde Guerre mondiale et que résonnent les marches militaires de l'armée allemande, Yannis Ritsos écrit un long texte composée de 39 chants : La Marche de l'océan . Le poète grec répond à la déferlante nazie par la houle continue de la mer. Celle que « les enfants restés seuls » regardaient hier « devant la fenêtre du soir » ; celle du capitaine qui hisse les voiles, du marin qui s'est depuis longtemps perdu, de ces mâts « qui s'obstinent à mesurer les étoiles ». Plus encore peut-être, celle des coeurs qui ne connaissent pas de frontières. Face aux horreurs de la guerre, devant les hommes qui « préparent des échelles / avec des os humains / pour monter », Yannis Ritsos fait entendre un chant de résistance et d'espoir. Une tentative de libération par la poésie.

  • Au crépuscule, non loin du port de pêche, sept vieilles femmes se souviennent : le départ des navires, les secrets de la maison vide du marin, les tempêtes, les naufrages...
    Ouvrières dociles de la vie, elles racontent et conjurent un destin imposé par le règne de la mer. Après des années où humblement elles ont gardé les yeux baissés, elles défient le vent et parlent, emplissant l'espace de la vie passée. Cet hommage aux vieilles femmes de la Grèce, Cassandres s'adressant à leurs descendantes et annonçant comme l'oracle les risques de l'orgueil et de l'ignorance, est un doux rappel à elles-mêmes et à tout ce qu'elles savent sans jamais l'avoir appris.

  • On connaît bien le poète engagé que fut Ritsos dès 1936 dans sa vie comme dans son oeuvre. On connaît moins le chantre de la vie, de l'émerveillement devant "l'éternelle jeunesse du monde" qui nous donne peut-être la clé de son énergie infatigable face à la maladie, à la ruine de sa famille, aux deuils de ses proches les plus chers qu'il a dû affronter très tôt et à l'histoire sanglante de la Grèce durant le XXe siècle. Dans Le Monde est Un, deuxième volet du Triptyque italien que les éditions Kédros publièrent en 1982, éclate ce rayonnement de vivre. Il parcourt l'Italie en quelques jours avec Nicola Crocetti, son traducteur italien et futur éditeur.

  • Secondes

    Yannis Ritsos

    Malgré les divers exils et enfermements qu'il eut à subir de 1948 à 1974 du fait de ses engagements politiques, le poète grec Yannis Ritsos (1909, 1990) a produit une ouvre considérable : plus de cent recueils de poèmes publiés (traduits en plus de 40 langues), des proses, des pièces de théâtre, des essais ainsi que des traductions. En 1974, il acquiert, avec la liberté, le statut de "poète national". Secondes est le dernier des quatre recueils réunis sous le titre Tard bien tard dans la nuit et qui ont fait l'objet d'une publication posthume à Athènes en 1991.


    Poèmes traduits du grec par Marie-Cécile Fauvin

  • Hélène

    Yannis Ritsos

    Dans  ce  monologue,  l'un  des  dix-­--sept  du  recueil  Quatrième  dimension,  c'est  un  de  ses  poèmes théâtraux  queYannis  Ritsos  (1909-­--1990)  nous  donne  à  lire,  à  voir  et  à  écouter.  La  belle  Hélène  de  Troie  est  à impotente,  humiliée  par  des  servantes  devenues  bourreaux.  Bourreaux  semblables  à  ceux  de  Ritsos,  au moment  de  l'écriture  d'Hélène  en  1970,  alors  en  résidence  surveillée  à  Samos,  sous  la  dictature  des  colonels.
    Et  pourtant  sont  intacts  le  feu  des  yeux  d'Hélène,  sa  raison,  sa  parole.  Au  fil  de  sa  longue  confidence  à  un ancien  amant  ou  simple  visiteur,  se  déroule  un  bilan  :  naufrage  bien  sûr,  mais  aussi  dernier  surplomb  au dessus  de  toute  sa  vie,  fascinante  élévation  où  les  mots  peuvent  encore  filtrer  l'essentiel  des  bonheurs  et  des malheurs,  sourire  encore  des  médiocrités  et  des  cruautés.  Atteindre,  avant  la  mort,  une  réconciliation  avec l'Histoire  et  son  histoire,  grâce  à  la  «  quatrième  dimension  »  de  la  Vie,  du  Temps  et  de  la  Poésie,  tous  trois mystérieux,  irrationnels,  à  la  fois  prosaïques  et  mythiques,  crépusculaires  mais,  au  bout  de  ce  monologue, d'une  étonnante  jeunesse  pour  l'éternité.

  • Erotika

    Yannis Ritsos

    La notoriété de yannis ritsos est immense pour son combat contre toute oppression, dans les épreuves traversées par la grèce du xxe siècle.
    Salué par aragon comme le plus grand poète grec de son temps, il fut aussi un flamboyant chantre d'eros. avec cette traduction nouvelle, d'anne personnaz, " les mots aussi sont des veines ", comme le dit le poète dans les premiers vers d'erotika, et la peau du papier s'enflamme rouge comme au moment de l'amour la peau de l'homme et de la femme.

  • Phaidra

    Yannis Ritsos

    Déclaration du désir d'une femme a un tout jeune homme, Hippolyte, le fils de son mari Thésée. Courage de l'impudeur pour dire le sexe, le sang, les sens et l'éternité de ce désir, mais aussi son trop plein de souffrances. Avec autant de force et de flamboyance que l'héroïne d'Euripide, plus déchaînée que celle de Racine, la Phaidra de Ritsos ne contient plus son désir fou trop longtemps retenu et dont seule la mort, elle le sait, pourra la délivrer. Mais avant de mourir, il faut éclabousser de sa sensualité et de sa fureur le bel intouchable.

  • Symphonie du printemps. Dès les premiers chants de ce long poème écrit en 1938 sous le régime dictatorial de Metaxas, Yannis Ritsos fait allusion aux drames qui ont jalonné le printemps de sa vie : l'effondrement économique d'une famille noble, la mort prématurée de sa mère et de son frère, la démence qui conduisit son père dans un asile psychiatrique, le désespoir qui l'a lui-même guetté. Mais une présence lumineuse, celle d'une femme, vient effacer les traces de ce passé, apportant avec elle la jeunesse, l'espérance et la vie. La femme aimée devient alors médiatrice entre l'homme et le monde, le désir s'étend à l'univers entier. Une invitation à ouvrir portes et fenêtres pour regarder le monde ? Oui, et à relever la tête, car dans le contexte difficile de la Grèce des dictateurs, le lyrisme explosif de Yannis Ritsos est une tentative de libération par l'imaginaire.

  • Ces poèmes offrent des variations à la première personne sur les rapports trop souvent tacites qu'entretiennent la vie, l'histoire et la littérature, un mélange au présent des faits, des dires, des époques, un défilé dans le désordre d'actualités restées brûlantes et de visions de l'avenir, les mémoires d'un homme bien tranquille et qui ne veut rien savoir, le «monologue intérieur» d'un poète à cheval, sur l'imaginaire du langage et qui se découpe à l'horizon comme sur l'écran familier d'un théâtre d'ombres.
    La vitesse ici rejoint la lenteur, le réalisme a la fièvre et le burlesque est la pudeur même. Cet acte de foi désespérée dans la destinée est sans doute de Yannis Ritsos l'oeuvre la plus directe, la plus ouvertement contemporaine.

  • Journal de déportation

    Yannis Ritsos

    • Ypsilon
    • 8 Octobre 2009

    Alors qu'il était déporté sur les îles de Limnos et Makronissos, entre 1948 et 1950, Ritsos tenait un «journal» poétique. Chaque matin, malgré les terribles conditions de détention, il se réveillait avant tout le monde pour écrire ses poèmes, sur des petits carnets ou des paquets de cigarettes.

    Le quotidien et l'amertume du détenu, dans la poésie de Ritsos, y font entendre les silences de la pierre et parler les oublis de l'histoire.
    Ce Journal de déportation est traduit pour la première fois en France.

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