Kouzmine/Mikhail

  • La publication en 1906 des Ailes de Mikhaïl Kouzmine (1877-1936) fut un énorme scandale.
    Pour la première fois en Russie un écrivain russe publiait un roman ouvertement homosexuel suscitant la fureur de la critique conservatrice qui ne voyait dans cette oeuvre que " pornographie ", tandis que de nombreux lecteurs prenaient ce court roman comme une véritable libération à propos d'un sujet qui demeurait tabou. L'histoire de ce jeune homme, découvrant la vie à travers des rencontres avec des êtres qui lui font prendre conscience de la sensualité, de la beauté de la vie, de la liberté indispensable à l'épanouissement de la personne humaine, assura la gloire à son auteur, surnommé le " Wilde de Petersbourg ", mais elle en fit par la suite un marginal honni avec le triomphe de la morale petite-bourgeoise du stalinisme..

  • La Truite rompt la glace, titre du premier cycle, écrit en 1927, donne son titre au recueil de 1929 qui en comporte six. Grâce au nerf et à la couleur de la traduction de Serge Lipstein, le public francophone va pouvoir enfin connaître un grand poète russe atypique. La truite prisonnière de la glace peut être perçue comme l'homosexuel frappé d'interdit et qui cherche à se libérer. Les coups de queue donnés par la truite rythment le progrès du recueil, au nombre de douze avec deux prologues et un épilogue : ce sont des moments émotionnels et non des étapes autobiographiques. Pas de chronologie à proprement parler, mais une poétisation du réel : une soirée à l'opéra, un petit-déjeuner, une lettre, le départ d'un amant... Mort et résurrection, mort et transfiguration car l'imagination créatrice de Kouzmine est empreinte de mysticisme, de gnosticisme, de religiosité. Les amants se retrouvent pour fêter au champagne l'An neuf.

    Une Note de l'éditeur, une postface, des notes abondantes et une Notice biographique aideront le lecteur à entrer dans cette oeuvre originale injustement méconnue.

  • Avec ce titre, d'abord publié dans une revue en 1906, puis dans le recueil Filets en 1908, Kouzmine rencontra à Saint-­-Pétersbourg un succès aussi considérable qu'avec la parution, la même année, de son roman Les Ailes (lui aussi traduit par Bernard Kreise et publié en 2000 aux éditions Ombres).
    Ces deux oeuvres signent son entrée dans le monde artistique et littéraire russe.
    Interprétées au piano, en 1905, par l'auteur-­-compositeur, chez Viatcheslav Ivanov, à la Tour où se rencontraient les artistes de l'époque, ces Chansons avaient marqué le public tant par leur grâce alexandrine que par leur mélodie.
    D'où l'importance, après La Truite rompt la glace (1er cycle), et la biographie de John E.
    Malmstad et Nicolas Bogomolov, Mikhaïl Kouzmine, Vivre en artiste (1872-­-1936), parues aux éditions ErosOnyx, de publier texte et musique de ce recueil pour mieux faire connaître le grand artiste qu'est Kouzmine.

  • Pourquoi Rodion Pavlovitch Mioussov a-t-il recueilli au domicile familial, au grand dam de sa mère, l'enfant que feu son dissolu de père a eu d'une autre femme ? Pourquoi celui-ci, qui voue à son demi-frère une indicible admiration et veut le protéger contre les menaces obscures dont il est l'objet, s'acoquine-t-il à cette fin avec un jeune et dangereux voyou ? C'est que le coeur a ses raisons que la raison ignore.
    Mikhaïl Kouzmine, dans L'Ange gardien, roman aux multiples personnages, construit comme un vaudeville tragique, aux dialogues d'une grande vivacité, aux coïncidences et aux rebondissements inattendus, nous montre qu'entre la pureté et la dépravation, entre l'amour et la misanthropie, entre le crime et la sainteté, il n'y a parfois qu'un pas. Ce Saint-Pétersbourg du début du XXe siècle n'est plus tout à fait celui de Crime et Châtiment, même si on ne peut s'empêcher d'y penser.
    Kouzmine n'est pas moins mystique que Dostoïevski, mais il est avant tout un poète, parfois lyrique et parfois sarcastique. Les récits et contes qui complètent ce volume l'illustrent parfaitement. On y retrouve, dans une Chine, une Asie Mineure ou un Moyen Age de fantaisie, les mêmes grandes interrogations que dans L'Ange gardien, et des réponses tout aussi peu conventionnelles.

  • " Quant à Cagliostro, ce n'était plus le même homme.
    Il tenta bien, dans sa prison, de bander sa volonté, de prononcer des formules, de hurler ses désirs; on n'entendait que des chocs contre les murs, et de vagues lueurs se discernaient à peine. Il se jetait à terre, se mordait les doigts pour ne pas hurler d'humiliation et de souffrance. Par moments il criait réclamant du vin, des promenades, et il se frappait la tête contre la paroi. "

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