Jeanne Favret-Saada

  • Dans le bocage, être ensorcelé c'est être pris dans la répétition de malheurs qui atteignent gravement les personnes et les biens d'un ménage.
    N'importe quoi peut se produire dans cette escalade mortelle dont les victimes attribuent l'initiative à un sorcier. seul un désorceleur a le pouvoir de vaincre l'agresseur, en lui livrant un combat magique. etre pris dans les sorts, dans la mort, dans les mots qui nouent le sort ou qui le détournent, c'est tout un.

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  • « Le jour où un ancien ensorcelé m'annonça que j'étais «prise», que mes symptômes et l'état de ma voiture en témoignaient à l'évidence, et qu'il me demanderait un rendez-vous chez sa désorceleuse, Madame Flora, j'en fus presque soulagée. »L'anthropologue et psychanalyste Jeanne Favret-Saada rapporte dans Désorceler la suite de ses travaux sur la sorcellerie dans le Bocage de l'Ouest français. Dès ses premiers livres publiés chez Gallimard, les travaux de Jeanne Favret-Saada ont frappé les esprits en ce qu'ils s'opposaient à la doxa anthropologique ainsi qu'à un usage conventionnel de la psychanalyse : l'auteur s'était en effet laissé impliquer dans les processus qu'elle étudiait et, bon gré mal gré, elle était devenue désorceleuse.Presque trente ans ont passé et la démarche comme le travail de l'anthropologue n'ont rien perdu de leur originalité. Le présent livre est donc un retour sur les matériaux relatifs au désorcèlement - description des éléments empiriques, étude du désorcèlement comme thérapie du collectif des habitants d'une ferme, description de l'invention de cette thérapie au cours du XIXe et du XXe siècle, illustration du travail (très inquiétant) de Madame Flora, magicienne-thérapeute, etc.-, et pose la question de savoir comment le fait d'« être affecté(e) » permet paradoxalement de construire un discours scientifique . ici sur la sorcellerie.

    Bref, un ouvrage.envoûtant, accessible à tous et, au sens propre, extra-ordinaire.

  • Depuis la parution des Versets sataniques de Salman Rushdie en 1988, nous nous sommes habitués aux accusations islamiques de blasphème contre des productions artistiques, ainsi qu'aux redoutables mobilisations qui les accompagnent. Or elles ont été préparées, dans l'Europe et les États-Unis des années 1960 à 1988, par celles de dévots du christianisme (dont parfois leurs Eglises) contre des films dont ils voulaient empêcher la sortie. Ils en ont successivement visé quatre, qui font aujourd'hui partie du répertoire international : Suzanne Simonin, La Religieuse de Diderot (Jacques Rivette, 1966) et Je vous salue, Marie (Jean-Luc Godard, 1985) ; Monty Python : La vie de Brian (1979) ; et La Dernière tentation du Christ (Martin Scorsese, 1988).
    En se fondant notamment sur des archives inédites, 'Jeanne Favret-Saada propose une suite de récits qui relatent les ennuis de chacun d'entre eux, et la modification progressive de l'accusation de "blasphème" en une "atteinte aux sensibilités religieuses blessées". Ce sont autant de romans vrais, qui retracent à eux tous un moment unique de l'histoire de la liberté d'expression.

  • Une anthropologue enquête sur un épisode jusqu'ici ignoré de l'histoire de l'ONU, un virage qui s'effectue de 1998 à 2001 : une majorité d'États refusant désormais de reconnaître l'universalité des Droits de l'homme, l'organisation internationale se rabat sur leur justification implicite par les religions. L'« Alliance des civilisations » qui est proposée à l'époque pour enrayer ce qu'on a appelé le « clash des civilisations » se transforme en une « paix des religions ». On assiste ainsi à une déraison du langage où « civilisation » signifie d'emblée « religion », où « religion » connote « suprêmement honorable » et où « critique de la religion » s'appelle « racisme », « intolérance », « haine » ou « islamophobie » : la langue ressuscitée du 1984 d'Orwell creuse l'ornière d'une prétendue « tolérance » nouvelle.

  • Ce livre entrecroise deux histoires.
    L'une, locale, minuscule, se focalise sur un village de la Bavière catholique, Oberammergau, où chaque décennie depuis 1634 les habitants jouent un Mystère de la Passion du Christ. Au fil des XIXe et XXe siècles, ce spectacle religieux a drainé des publics énormes de toutes confessions.
    L'autre histoire se déploie sur la scène européenne puis euro-américaine et concerne les relations des Églises chrétiennes avec les juifs.
    La culture antijuive du christianisme, et plus particulièrement du catholicisme, y apparaît sous ses divers aspects ; théologique, politique, social et esthétique.
    En France, les historiens défenseurs de l'Église occupent toute la discipline. En effet, les intellectuels catholiques critiques ont abandonné le terrain depuis les années 70 ; et les athées laïques n'ont eu que désintérêt pour l'histoire religieuse.
    Un "enseignement du fait religieux" paraît devoir se mettre en place. On trouvera dans ce livre une quantité importante de données, absente des histoires du christianisme même les plus récentes.
    Le Christianisme et ses juifs construit une histoire des rapports entres les Églises et les juifs depuis deux siècles. Ce livre va déranger au moment où les Églises et leurs défenseurs réclament la reconnaissance, dans la constitution européenne, des fondements chrétiens de l'Europe : le livre nous montre en effet que les Églises n'ont pas été que des vecteurs de civilisations et d'humanisme.

  • Au mois d'août 2005, le Jyllands-Posten publie douze dessins figurant Mahomet, dont des caricatures. Les dessinateurs sont immédiatement menacés de morts par des protestataires anonymes. Quatre mois plus tard, l'«affaire des caricatures» s'étend à l'ensemble du monde musulman. Comment est-il possible qu'une crise d'une telle ampleur ait pu se développer si rapidement à propos d'un si petit enjeu ? Un essai stimulant par la spécialiste du blasphème qui permet d'échapper à la polarisation des discours. Une analyse qui permet de comprendre les enjeux soulevés par les attentats de janvier 2015.

  • comment produire une crise mondiale...
    est le fruit d'une enquête sur l'affaire dite des " caricatures de mahomet ", que l'auteur a menée, entre autres, dans son lieu d'origine, le danemark, où elle a rencontré plusieurs protagonistes du conflit. la responsabilité de l'affaire a parfois été imputée au " racisme " du jyllands-posten et du gouvernement danois : jeanne favret-saada examine le passé du danemark, depuis l'arrivée des premiers travailleurs immigrés en 1969 jusqu'au vote d'une loi sur les étrangers en 2002.
    parmi les réfugiés, une poignée d'imams islamistes, qui entendent rassembler les immigrés venus de pays musulmans en une " communauté " vivant en vase clos sous leur direction. ces imams, en conflit avec les médias et le pouvoir danois bien avant 2005, demandaient déjà la restriction de la liberté de la presse. au mois d'août 2005, la rédaction du jyllands-posten découvre de nombreux cas d'autocensure par peur de l'islamisme chez des artistes.
    le journal monte alors une expérience in vivo: proposer à des illustrateurs de presse de dessiner mahomet " comme ils le voient ". le 30 septembre 2005, le journal publie douze dessins représentant le prophète entourés de plusieurs articles dans un dossier : " les visages de mahomet ". les textes évoquent l'autocensure des artistes en l'imputant clairement aux imams islamistes et non à l'islam. les douze dessins ne comportent que quatre caricatures, dont l'une deviendra l'emblème de l'affaire : elle montre la tête de mahomet coiffée d'un turban contenant une bombe à la mèche allumée.
    le caricaturiste vise les justifications coraniques des jihadistes, mais il ne tardera pas à être accusé d'avoir atteint le prophète, l'islam et un milliard de fidèles musulmans.

  • Dans le Bocage, être ensorcelé c'est être pris dans la répétition de malheurs qui atteignent gravement les personnes et les biens d'un ménage. N'importe quoi peut se produire dans cette escalade mortelle dont les victimes attribuent l'initiative à un sorcier. Seul un désorceleur a le pouvoir de vaincre l'agresseur, en lui livrant un combat magique.
    Être pris dans les sorts, dans la mort, dans les mots qui nouent le sort ou qui le détournent, c'est tout un.

  • À quelques mois d'intervalle, entre 1988 et 1989, et à la faveur d'un film de Martin Scorsese, La Dernière tentation du Christ, et d'un roman de Salman Rushdie, Les Versets sataniques, l'accusation de blasphème a soudainement refait actualité dans nos paisibles démocraties pluralistes. Ce fut un tournant pour l'anthropologue Jeanne Favret-Saada, qui n'a eu de cesse, depuis, d'enquêter sur ce retour de bâton religieux, y compris les caricatures de Mahomet.

    Un an avant l'assassinat du professeur Samuel Paty, AOC avait choisi d'accueillir un entretien important entre Jeanne Favret-Saada et Arnaud Esquerre, un texte refusé par la revue Terrain qui l'avait initialement commandé pour un dossier intitulé... « Faire taire». En revenant sur les enquêtes qu'elle mène depuis trente ans sur ces sujets, Jeanne Favret-Saada nous permet de mieux saisir comment le mot blasphème a fait son grand retour à la « une » des journaux.

    Jeanne Favret-Saada est anthropologue, elle a travaillé successivement sur les systèmes politiques tribaux en Algérie, la sorcellerie dans le bocage de l'Ouest français, l'antisémitisme et l'antijudaisme catholiques et les accusations de blasphème dans l'Europe contemporaine.
    Arnaud Esquerre est sociologue, il a notamment travaillé sur les sectes, les cimetières, l'astrologie, la censure. Il est le co-auteur avec Luc Boltanski d'Enrichissement (Gallimard).

    AOC est un quotidien d'idées numérique fondé en janvier 2018 par Sylvain Bourmeau, Raphaël Bourgois et Cécile Moscovitz. Du lundi au vendredi, il publie chaque jour une Analyse, une Opinion et une Critique, le samedi un entretien et le dimanche un texte littéraire.
    En presque trois ans, AOC a publié 2 500 articles de plus de 1 300 auteurs différents (chercheuses et chercheurs, écrivain.e.s, artistes, journalistes...). Plus de 80 000 lecteurs reçoivent chaque jour par email le sommaire, parmi lesquels 7 000 sont abonnés.
    Dès avant son lancement, le quotidien d'idées AOC a imaginé publier dans un ouvrage de belle facture certains de ses articles de référence, renouant ainsi, à l'ère numérique, avec les brochures du XVIIIe siècle.

  • Tirés à part n. m. - Extrait d'une revue ou d'un ouvrage relié à part en un petit livret. Destiné habituellement à faire connaître un article récemment publié, la collection détourne l'usage et la fonction du tiré à part pour inviter à la (re)découverte d'un texte.

    En lieu et place du traditionnel mot d'accompagnement de l'auteur, Arnaud Esquerre partage ici, dans une courte présentation, son expérience de lecture de : "On y croit toujours plus qu'on ne croit. Sur le manuel vaudou d'un président" de Jeanne Favret-Saada.

    Croisant sorcellerie, droit et politique, un procès fait en 2008 par Nicolas Sarkozy, alors Président de la République, à une maison d'édition ayant édité une poupée vaudou à son effigie, attire l'attention de l'anthropologue Jeanne Favret-Saada. Elle livre quelques mois plus tard une analyse magistrale de cette affaire dans un article présenté par le sociologue Arnaud Esquerre.

  • En 1969, Jeanne Favret-Saada s'installe dans le Bocage pour y étudier la sorcellerie. Personne ne veut lui en parler. Tenir un journal paraît alors le seul moyen de circonscrire un «objet» qui se dérobe : relater les conversations, incidents, coutumes qui pourraient avoir un lien quelconque avec la sorcellerie, noter systématiquement comment les gens refusent d'en parler. Dans la formulation même de ces refus se révèle peu à peu une conception du monde centrée sur l'idée de «force».
    Un jour, tout bascule : parce qu'ils lui attribuent cette «force», des paysans demandent à Jeanne Favret-Saada de les désenvoûter. Un autre ensorcelé, qui devine sa peur, lui annonce qu'elle est «prise» et l'adresse à sa désorcelleuse. Dès lors, continuer à écrire permet à l'ethnographe de manier des situations incompréhensibles et dangereuses, de supporter l'enjeu mortel de toute crise de sorcellerie : «Corps pour corps, c'est lui qui y passe, ou c'est moi.»

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