Jean Pavans

  • Carpaccio, Botticelli ou Renoir, les peintres réels sont nombreux à faire cortège au personnage d'Elstir, allégorie du peintre qui dessille les yeux. Ses tableaux, tels ceux de Chardin que Proust admirait tant, enseignent au narrateur comment « trouver de la beauté là où [il] ne [s'était] jamais figuré qu'elle fût, dans les choses les plus usuelles, dans la vie profonde des «natures mortes» .

    On sait que le récit de la mort de Bergotte a été inspiré par un grave malaise que Proust lui-même a eu en visitant, en 1921, une exposition de peinture hollandaise au musée du Jeu de Paume.
    La Recherche du temps perdu rend compte de la totalité d'une vie, mais l'aboutissement de cette vie est précisément de commencer à écrire La Recherche. La vie du héros n'aboutit pas à la mort du héros. Pourtant sa mort s'y trouve inscrite : elle est reflétée par la mort de Bergotte.
    La belle méditation de Jean Pavans sur le petit pan de mur jaune, autrement dit sur la peinture, la lecture et la mort, est suivie de Rembrandt convoque Ruskin et de La mort de Bergotte, qu'il nous donne ainsi à relire et à penser.

  • Le scénario Baudelaire

    Jean Pavans

    • Seuil
    • 6 Février 2020

    « Au moins toi tu es un livre perpétuel ; on cause avec toi, on s'occupe de t'aimer ; on n'est pas rassasié comme des autres plaisirs ».

    Baudelaire a dix-sept ans quand il écrit cela à sa mère Caroline, qui en a quarante-quatre. Elle a épousé dix ans plus tôt Jacques Aupick, en étant alors enceinte de huit mois d'un enfant qui sera déclaré mort-né : réalité viscérale enfouie dans la violence imprécatoire de « Bénédiction », qui ouvre Les Fleurs du mal.

    Une autre mère a été « un livre perpétuel » pour un autre écrivain de génie : c'est Jeanne née Weil pour son fils Marcel Proust. Quand elle meurt, à cinquante-six ans, alors qu'il en a trente-quatre, il tâche de la retenir dans des « conversations avec maman », parues sous le titre de Contre Sainte-Beuve, où Baudelaire se trouve admirablement commenté.

    Ayant traduit Le Scénario Proust de Harold Pinter (Gallimard, 2003), Jean Pavans traite sous forme du script d'un film imaginaire les rapports passionnels de Charles et Caroline, tels qu'ils furent vécus en moments misérables et transmués en poèmes universels.

    En deuxième partie, Charles et Marcel est un essai considérant les ressemblances et dissemblances littéraires et morales de Baudelaire et Proust à la lueur de leurs relations avec leurs mères respectives.

  • « Je n'ai jamais eu aucune ambition de devenir ou d'être une star de cinéma, mais la fascination que ce processus créatif opérait sur moi me donna l'envie de travailler et de travailler très dur pour plaire à Mr. von Sternberg. Ma légende m'a bien servie, et j'ose dire qu'elle a bien servi tous les autres cinéastes qui ont pris la suite après qu'il eut décidé que je devais continuer seule. »
    Parmi les stars de cinéma, Marlene Dietrich (1901-1992) se singularise en ce qu'elle a intimement collaboré avec un metteur en scène de génie à l'élaboration de sa propre légende. Les sept chefs-d'oeuvre qu'elle tourna en cinq ans avec Josef von Sternberg constituent le fondement de sa gloire et restent la raison essentielle de la fascination qu'elle continue d'exercer. Sa personnalité puissante et entière s'affirma cependant dans d'autres domaines cruciaux de l'histoire du XXe siècle, comme la lutte contre le nazisme ou la libération des moeurs.

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  • Sauna

    Jean Pavans

    " Dans ce curieux roman - son premier-Jean Pavans s'avance masqué.
    Il se transforme tour à tour en Berlioz, en Anaïs Nin et en Julien Green... Muni de ces trois identités d'emprunt, il explore une "forteresse du plaisir". Ce qu'il y découvre le charme : les corps composent "un somptueux paysage dévoilé" qu'il ne se lasse pas d'admirer. Le narcissisme d'Amis Nin, le mélange de sensualité et de puritanisme de Green pimentent les plaisirs procurés par ce continent inconnu.
    Comme pour un opéra charnel, la prose précieuse de Jean Pavans pastiche ses illustres devanciers, avec un brio plein d'ironie. " Bruno Villien, Le Nouvel Observateur.

  • Le Christ selon Berlioz

    Jean Pavans

    • Bayard
    • 16 Août 2018

    Berlioz élabore lui-même le livret de L'Enfance du Christ pour son projet, une démonstration musicale de la forme personnelle de sa foi, et de ce qu'est, selon son propre génie, la douceur chrétienne, qu'il élève, pour ainsi dire, jusqu'à une merveilleuse suavité métaphysique dans le choeur des anges, avec accompagnement d'harmonium, prévenant Joseph et Marie du massacre des Innocents : « dès ce soir au désert vers l'Égypte il faut fuir ». Doute mêlé d'espoir, espoir issu du doute même : c'est le caractère interrogatif de l'extraordinaire minute de recueillement au bord de l'imperceptible, qui forme l'introduction instrumentale de l'Épilogue. Et son Amen conclusif, pour un choeur a cappella qui s'estompe peu à peu dans le silence, se place, dans son humble quoique fervente supplique, à l'exact opposé de celui du Messie. Le temps y paraît suspendu dans une couleur harmonique proche de celle de la Psalmodie de l'ubiquité par amour, dernière des Trois petites liturgies de la présence divine (1945) d'Olivier Messiaen.

  • Persee

    Jean Pavans

    Amoureux de Danaé, Zeus la féconde sous la forme d'une pluie d'or.
    Leur fils, le demi-dieu Persée, doit traverser des épreuves initiatiques pour parvenir à la virilité : tuer la gorgone Méduse, dont les yeux pétrifient les êtres qui croisent son regard ; s'envoler sur le cheval ailé Pégase ; délivrer la vierge Andromède, enchaînée nue sur un rocher, en face du monstre marin Chrysaor ; accomplir malgré lui la prophétie qui veut qu'il soit le meurtrier de son grand-père Acrisios ; débarrasser enfin sa mère Danaé des assiduités du perfide Polydecte.
    Danaé, Méduse, Andromède : Persée est l'homme qui se définit par rapport aux trois aspects de la féminité, qui les affronte, qui les transcende, qui les libère. Et c'est cela un héros : un enfant élu par une fatalité, qui, au contraire du tragique oedipe, n'est pas figé dans sa propre énigme, et qui démêle docilement d'autres destins qui ne peuvent pas se résoudre sans lui.

  • En 1861, dès l'âge de 17 ans, Henry James étudie la peinture avec son frère aîné William dans l'atelier de William Morris Hunt. Troublé par l'intimité que cela implique avec le modèle, il découvre qu'il n'est pas fait pour « une attaque aussi directe de la réalité ». Il décide de « rempocher son crayon », et de traiter la réalité par le roman. Cependant, l'exercice de l'oeil, l'acuité du regard posé sur les choses visibles masquant des vérités cachées, est resté un des fondements de son art littéraire, se mettant sciemment en rivalité avec l'art pictural, en puisant dans une sorte de musée intérieur constitué d'expériences vécues et de réflexions théoriques. Durant toute sa carrière, James n'a cessé de visiter galeries et musées, se liant avec des peintres, et rédigeant des chroniques qui le placent dans la lignée de Baudelaire ou de Zola, en particulier lorsqu'il traite d'artistes français, Daumier ou Delacroix. Un choix inédit de ces textes est proposé en annexe, ainsi que de nombreuses reproductions des tableaux commentés.

  • Les nouvelles qui composent Le Regard du dandy ont été écrites sur le vif de 1974 à 1986. Dans chacun de ces dix tableaux intimes, l'auteur, alors au tournant de la trentaine, a cherché à incarner en sa propre personne, à Paris, à Rome, à Venise, l'idée qu'il se faisait de cette période « outrageante ».
    Quelques-uns de ces récits ont toutefois été remaniés, et l'ensemble a été réorganisé, pour la présente parution en Minos, à plus d'un quart de siècle de distance.

  • Il y a maintenant un quart de siècle que Jean Pavans, par ses traductions, ses analyses, ses adaptations théâtrales, approfondit sa relation avec l'oeuvre immense d'Henry James. À l'opposé d'un essai académique, les Heures jamesiennes sont le reflet concentré de cette aventure littéraire. Elles comportent trois sections :
    La première, Le Secret à la source, explore les raisons personnelles d'une fascination, en sondant les racines psychiques du génie de James. Dans ses oeuvres les plus énigmatiques, dont certaines ne purent être convenablement décryptées qu'un siècle après leur parution, James a fait de la nécessité du secret une des sources décisives de son art romanesque, lui permettant d'y inscrire en toute liberté et en toute sécurité certains sujets fondateurs (dont l'homosexualité) criminalisés par l'époque victorienne où il vivait.
    La deuxième section, L'anneau dans le buisson, est une imitation de cet art du secret. C'est une nouvelle élaborée sous forme de pastiche, un traitement jamesien d'un sujet propre à l'expérience personnelle du pasticheur. Pavans s'était déjà illustré dans le pastiche dans un précédent livre, Sauna.
    La troisième section, Le divin principe du scénario, considère cette théorie de Henry James, selon laquelle le roman devrait s'astreindre aux rigueurs des règles du théâtre. C'est sans doute la raison de la réussite artistique et publique de tant d'adaptations de chefs-d'oeuvre romanesques de James, alors que les pièces qu'il a écrites connurent, de son viavant, des fiascos, et sont désormais oubliées.

  • Entre 1391 et 1425, trois femmes sont décapitées sur ordre de leurs maris. Épouses de trois des plus grands seigneurs de l'Italie de la Renaissance - Mantoue, Milan, Ferrare -, Agnese Visconti, Beatrice de Tende et Parisina Malatesta sont exécutées pour cause d'adultère. Pourtant, aucune femme infidèle ne subissait alors un tel châtiment et, autre étrangeté, loin de dissimuler ces mises à mort, les trois seigneurs les rendent au contraire publiques. Il y a là une énigme historique qu'Élisabeth Crouzet-Pavan et Jean-Claude Maire Vigueur entendent bien élucider.
    Ces trois femmes ont certes trahi les liens du mariage, mais elles sont surtout coupables d'avoir tenté de prendre une part active aux grandes innovations politiques et culturelles de leur temps. Elles sont châtiées pour avoir voulu transgresser le statut traditionnellement effacé de « l'épouse du seigneur. En les faisant périr, leurs maris réaffirment symboliquement leur pouvoir de princes.
    Cette enquête passionnante sur les moeurs, les pratiques culturelles et l'autorité des seigneuries florissantes de la Renaissance italienne est aussi une contribution importante à l'histoire des femmes. C'est l'Italie de la première Renaissance, l'Italie des violences des hommes, mais aussi de l'humanisme naissant et de la passion pour les arts, qui est au coeur de ces trois tragédies féminines.

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