Emeline Jouve

  • Si l'Histoire a accueilli dans son rang la révolution de Mai 68, celle du mois de juillet qui traversa le Festival d'Avignon semble avoir été reléguée à sa marge. Pourtant, la XIIe édition du festival, sous la direction de Jean Vilar ; déchaîna les passions avec la même intensité que celles qui habitaient et agitaient les acteurs des contestations printanières ayant ébranlé le pays jusqu'à la dissolution de l'Assemblée.
    Se rejouait à Avignon la révolution alors étouffée par Charles de Gaulle, et le festival devint ainsi le théâtre de tensions entre les ennemis du " supermarché de la culture " et les défenseurs d'une conception vilarienne du théâtre populaire. Le LivingTheatre, invité à présenter trois pièces - dont la création Paradise Now - cristallisa beaucoup de ces tensions de par ses prises de position. Avignon 1968 et le Living Theatre est une immersion dans ce mois d'été 1968 avignonnais : un voyage dans le temps pris en charge par des témoins ayant vécu les évènements de juillet et dont les entretiens sont retranscrits dans ce volume, mais aussi par ceux qui sont revenus sur cette période passionnée par le biais de la fictionnalisation.
    La réactualisation de ces souvenirs rend compte de crises continuant à secouer un monde de la culture qui n'a de cesse d'interroger les rapports entre l'art et le politique (l'institution, la révolution) mais aussi entre l'art et le poétique (le beau, le transcendant).

  • Le procès, destiné à trancher les conflits et à rétablir la paix sociale, s'accompagne d'un rituel, le rituel judiciaire, lequel participe d'une symbolique universelle de l'acte de juger, par- delà les différences de systèmes judiciaires existant notamment entre les pays francophones et ceux régis par la common law. Le procès a ses usages, son espace délimité, sa temporalité qui lui est propre, ses acteurs et leurs costumes. C'est à travers son rituel que la justice se met en scène selon des formes qui n'appartiennent qu'à elle.

    Parallèlement à ce rituel, la procédure est régie par la loi afin d'aboutir au prononcé du jugement et à la manifestation de la vérité judiciaire. S'ensuivent alors des commentaires et des discours savants visant à éclairer, critiquer, approuver ou désapprouver la décision, et faisant débattre la doctrine. Mais en plus de la communauté des juristes, d'autres acteurs s'intéressent à la justice, de ses grandes affaires criminelles jusqu'aux moindres faits divers.

    Le jugement engendre des discours, récits et représentations de formes diverses, qu'il s'agisse de la chronique judiciaire, d'oeuvres littéraires, théâtrales ou cinématographiques, etc. Ce sont ces autres discours, récits et représentations, disant une vérité autre à propos du droit et de la justice, que cet ouvrage se propose de mettre à l'honneur.

  • Qu'elle soit appelée meurtrière, assassine ou tueuse, la femme qui commet un homicide élude les catégories usuelles : elle dérange l'ordre social, bouleverse les rapports de forces symboliques et inquiète les dispositifs judiciaires. Cet ouvrage collectif bilingue (français et anglais) interroge la manière dont l'écriture ou la réécriture du meurtre au féminin contribue à façonner et à problématiser la mémoire collective de ces affaires criminelles qui font figure d'exception. Female murderers often elude firmly established categories as they disrupt the social and symbolic orders of patriarchal societies and call into question the well-oiled mechanisms of their legal systems. This collection of essays (in French and in English) examines the making of narratives that have staged actual or fictional female murderers, influencing the ways in which these women are collectively remembered - narratives that often lay bare the covert foundations of the indictment process.

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