Vagabonde

  • À l'heure de lever l'ancre, les mots perdent pied. Si les dangers de la navigation ont nourri depuis l'Antiquité bien des traités de prudence, ils ont aussi inspiré un sermon dans lequel la mer et la déraison se confondent. Débusqué dans les replis d'un monde révolu - l'Espagne conquérante du XVIe siècle -, cet art de " galérer ", oeuvre d'un moraliste avant la lettre, porte aussi au-delà de son époque : son écriture drolatique et hautement polyphonique - tissée de paroles dont il n'est pas l'auteur, d'histoires dont il n'est pas l'acteur - entre en étrange résonance avec notre sort actuel.

  • "L'antienne est connue : l'existence est un voyage. Ici, toutefois, la métaphore s'effondre car la navigation en mer, plus qu'aucune autre activité humaine, favorisa au XVIe siècle les ententes fatales entre l'aléatoire (les décrets de la Fortune) et l'inéluctable (la mort) ? la notion de « galère » étant d'autant mieux partagée que son domaine s'étend indifféremment à toutes les brimades que réserve l'existence. Mêlant fable et réalité, Antonio de Guevara, qui n'a jamais pris la mer, a composé une fiction où s'enchaînent la peinture de scènes saisissantes de la vie sur une galère et la description minutieuse du mouvement qui a pu animer ces âmes décidant de « prendre le large ». Pierre Senges lui emboîte le pas en signant un texte inédit d'une ampleur identique, mais qui n'en est pas pour autant la suite « logique ».
    Prédicateur et historiographe de Charles Quint, A. de Guevara (v. 1480-1545) exerça son art de discourir dans divers traités, dont Le Réveille-matin des courtisans et Du mespris de la court. Pierre Senges est l'auteur de livres aussi subtils qu'aventureux, parmi lesquels La réfutation majeure, dont l'écho se prolonge dans ce livre, Fragments de Lichtenberg, Achab (séquelles) et Projectiles au sens propre."

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