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  • Tout comme les travaux de Darwin, la révolution provoquée par la découverte de la double hélice, en 1953, tient à l'ordre de grandeur vertigineux des possibilités combinatoires. Le vivant que nous connaissons n'est qu'une infime partie de ce qui est concevable. Ces ADN qui n'existent pas, et qui pour beaucoup d'entre eux n'ont jamais existé, posent la question majeure de la rencontre fortuite de molécules artificielles avec l'existant.
    Cette problématique, unique dans l'histoire, interroge la notion de providence qui est en balance avec celle de précaution. Au-delà des religions, bien des scientifiques ont une vision providentielle du progrès technique. C'est le cas en biologie de synthèse lorsque des chercheurs procèdent à des " essais pour voir ", mais la résilience de la nature n'a pas été façonnée pour réagir à des artefacts.
    C'est une des raisons pour laquelle il est facile de la mutiler mais impossible de la refaire. Si la biologie est pertinente pour prendre soin du vivant existant, le blanc-seing que les chercheurs se donnent pour l'inventer est infondé. Et on peut postuler les risques qui ne tarderont plus à apparaître désormais, depuis que des jumelles génétiquement modifiées sont nées en catimini en Chine.

  • Depuis l'alerte de la biologiste Rachel Carson, prédisant dès 1962 des printemps silencieux, beaucoup d'efforts ont été accomplis pour réorienter les politiques agricoles. En vain. Pourquoi ? En partant d'une remarque d'Edgar Pisani selon laquelle « le problème agricole n'est que l'un des aspects de la crise que le monde connaît », l'auteur analyse à travers quatre types de sociétés - les communautés paysannes néolithiques, les empires agraires, les thalassocraties marchandes et les états industriels - la correspondance entre sociétés et agricultures, notamment en termes de représentation du monde et d'organisation.

    Chaque société est dominée par un motif : domestication, hiérarchisation, manipulation, artificialisation. La société écologique devra s'inscrire sous le motif de la cohabitation. En partant des écrits et pratiques actuels qui préfigurent les sociétés écologiques, l'auteur esquisse une agriculture et une alimentation de la cohabitation et les politiques qui permettront leur généralisation.

  • Un vent de catastrophisme souffle aujourd'hui sur les mobilisations écologistes, et notamment sur sa jeunesse. Parce que nous n'avons pas su nous adapter, l'effondrement à moyen terme de nos sociétés s'est transformé en quasi-certitude.
    La perspective catastrophiste est loin d'être anodine. Elle fait partie intégrante des théories et des mobilisations écol ogistes depuis un demi-siècle. Et loin de déboucher nécessairement sur une rhétorique sacrificielle, elle peut constituer un aiguillon démocratique pour aider un collectif à réagencer ses théories, ses pratiques et ses projets politiques dans un sens plus compatible avec la réalité du contexte écologique et matériel qui s'annonce. Elle pourrait enfin permettre aux démocraties modernes de se réinventer pa r la formulation d'un projet qui, sans renoncer aux idéaux de liberté et d'égalité, prendrait en revanche ses distances avec son imaginaire trop continuiste, dans une forme - à ce jour inexistante - de démocratie post-pétrole et post-croissance.

  • La transition numérique mondiale s'accélère tandis que la transition écologique, au mieux, marque le pas. Cette situation ne sera pas longtemps soutenable. Il importe de se donner le plus rapidement possible un objectif collectif qui corresponde enfin à ce qu'exige l'état de dégradation du système-Terre. Comment concilier une empreinte écologique radicalement réduite avec la pluralité actuelle de nos sociétés et de leur tissu économique ?
    La réponse se trouve du côté d'une économie permacirculaire : le respect strict des limites planétaires exige, pour les pays riches, des métabolismes circulaires, mais aussi une réduction nette du substrat matériel de leurs activités - donc une décroissance - et une ouverture à l'expérimentation technologique et sociale la plus large possible. Cet ouvrage propose un cadre politique et éthique détaillé visant à bâtir progressivement, dans le respect du pluralisme moderne, une économie authentiquement durable.

  • Ce livre vise à faire connaître la richesse et l'évolution de la pensée écologique, à savoir de ce courant de pensée qui, en s'appuyant sur un constat scientifiquement étayé des limites de la planète, adresse des propositions de réorganisations de la société, de la pensée et de l'éthique. L'ouvrage comporte deux parties : la première, historique, retrace l'avènement et l'évolution de la conscience et connaissance des problèmes environnementaux ; la seconde, thématique, explore une douzaine de thèmes comme "croissance/décroissance", "droits de la nature/devoirs de l'homme", "christianisme et écologie", "justice climatique", "conservationnisme/préservationnisme", etc.
    Ce livre comporte une centaine d'extraits choisis de textes fondateurs, aussi bien de la prise de conscience des problèmes environnementaux que de la structuration de ce champ de pensée. Il comporte également des introductions historiques puis thématiques aux différentes sections riches en informations, constituant une cartographie de chaque grand thème abordé. Chaque texte est en outre précédé d'une notice biographique contenant des informations parfois peu connues ou inaccessibles.

  • Le changement climatique soulève de redoutables problèmes de justice : il rend nécessaire la réinterprétation de concepts moraux traditionnels, comme la nuisance et la responsabilité, et nous pousse chercher de nouveaux concepts normatifs, comme l'Anthropocène. Par-là, il nous oblige à inventer des dispositifs politiques, économiques et sociaux adaptés, alors même que rien ne garantit que nos théories morales revisitées nous permettront de comprendre toutes les questions éthiques soulevées par le changement climatique. Et que rien ne garantit non plus qu'une réforme de nos institutions parviendra à éviter les nuisances irréversibles. Mais ne pas prendre ces défis au sérieux augmenterait le risque de déclencher un changement climatique catastrophique et de réaliser les scénarios les plus injustes pour les plus pauvres, les générations futures, ainsi que pour les êtres vivants non humains dont la responsabilité nous incombe désormais.

  • L'anthropocène rend la Cité des hommes vulnérable, avec un dérèglement climatique qui globalise les risques de guerres civiles et de catastrophes environnementales.
    En à peine quelques siècles, la Modernité, qui a fait de l'accumulation sans fin de l'excédent d'énergie la solution pour durer dans la paix, a trahi sa promesse, et éviter l'effondrement de notre civilisation est à présent une urgence collective. Or, la Modernité était déjà une réponse face à un risque antérieur d'effondrement, produit par le gouvernement classique de l'excédent, fondé sur la consumation du trop-plein et incapable de contenir les guerres civiles des XVIe-XVIIIe siècles. Survivre à l'anthropocène revient donc à bâtir un gouvernement enfin durable de l'excédent, c'est à dire une théorie de l'écologie politique qui permette à la fois de réduire le risque d'effondrement hérité de l'ère moderne sans pour autant réactiver la menace de guerre civile issue de l'ère classique.

  • Les catastrophes paraissent absurdes, impossibles et impensables, mais elles surgissent. C'est inévitable. À chaque fois et chacune à leur manière, les sociétés humaines parviennent à surmonter la stupeur et l'effroi, puis à refonder un sens à leur existence. Comment ?
    Pour y répondre l'auteur étudie la fabrique et la perte du sens dans de nombreuses situations : face à des événements de grande ampleur, tragiques et soudain (séisme au Japon en 1855, éruption à Ambrym en 1913, coulée de boue au Vargas en 1999, tsunami en Indonésie en 2005, attentat à New- York en 2011, etc.) ; au long de processus infra-ordinaires (chaos quantique, mort cellulaire, radioactivité,) ; supra-ordinaires (épidémies, pollution globalisée, changement climatique, etc.). Il apparaît que le sens des aléas majeurs, jamais plein ni tout à fait satisfait, émerge au long d'un conflit de stratégies et d'écologies sociales qui « organisent » leur dispute au travers de dispositifs « dédiés ».

  • Plutôt que de se joindre au choeur de ceux qui dénoncent le catastrophisme du discours écologique en ne voulant voir en lui que le recyclage culturel de peurs ancestrales, l'auteur de ce livre a choisi de prendre au sérieux le rapprochement proposé entre le discours écologique et les discours qui, à un moment ou un autre de l'histoire, ont cherché à élaborer une représentation de la fin du monde et de l'humanité - de l'Apocalypse biblique à Hiroshima, en passant par le mythe du Déluge et les spéculations des scolastiques sur l'hypothèse de l'annihilation du monde, sans oublier les récits de fiction mettant en scène la disparition de l'humanité dans un monde post-apocalyptique.
    En prenant ces divers textes au pied de la lettre et en les décomposant en leurs éléments génériques respectifs, la généalogie du discours écologique cherche tout d'abord à mettre au jour un certain nombre d'éléments analogiques, puis à élucider la logique selon laquelle des transferts de schèmes discursifs se sont effectués subrepticement d'un domaine de réflexion à un autre, conduisant parfois à méconnaître la spécificité des problèmes environnementaux auxquels nous sommes confrontés.

  • La pression que les activités humaines font peser sur le Système Terre s'accroît si vite que les sciences de la Terre annoncent l'entrée dans une nouvelle époque géologique. L'Anthropocène, âge de l'homme, est ainsi le temps où les effets conjugués de la consommation, de la technologie et de la démographie deviennent la force géologique dominante. Au croisement des temps géologique et historique, le récit que propose l'Anthropocène est controversé.
    Sommes-nous les héros de cette nouvelle époque ? Ou les bâtisseurs d'un nouvel âge de pierre, avec une planète de plus en plus hostile et un accès raréfié aux ressources ? Finalement, qui est cet homme que mettent en scène les discours sur l'Anthropocène ? En montrant que nous arrivons au terme d'un long parcours, celui de la modernité, cet ouvrage ouvre une réflexion philosophique sur un monde où l'entrelacs nature-société est devenu inextricable.

  • Des conflits géopolitiques au changement climatique, des aléas de l'économie mondiale à la difficulté que j'éprouve à saisir le sens de mon existence, de la diffusion bigarrée et incontrôlable des informations sur les réseaux sociaux à ma propre participation tout aussi incontrôlable à ces réseaux, notre expérience collective personnelle et quotidienne du monde est bien celle de sa complexité. La pensée positiviste classique encore prédominante aujourd'hui n'en continue pas moins de poser que tout est réductible à la science et que les dérèglements contemporains ne sont que les résultats de nos manquements à la raison. C'est à cette posture « réductionniste » que s'oppose cet ouvrage en montrant combien il est préférable d'appréhender notre rapport au monde dans une approche qui ne néglige surtout pas les points aveugles, irréductibles, de toute connaissance humaine.

  • Cet ouvrage prend au sérieux le concept de « société du risque » d'Ulrich Beck (1986) et s'interroge sur ce que nous avons appris depuis les années 1980.
    Quelle est la réalité des changements qui ont eu cours dans les années 1970-80 ? A-t-on assisté à une montée générale des incertitudes liées au processus de modernisation, à une prise de conscience collective de la vulnérabilité des sociétés contemporaines, ou au passage d'une société du progrès à une société du risque où l'on sait le caractère fondamentalement ambivalent des changements scientifiques et techniques ? Si ces années ont été celles d'une prise de conscience des dégâts du « progrès », comment expliquer le tournant néo-libéral qui l'ont accompagnée et dont les effets dévastateurs se déroulent sous nos yeux?
    Les questions abordées sont également réflexives. Que peut-on dire de l'emprise de la notion de risque en sciences sociales, des approches qu'elle a permises, des objets qu'elle a rendus visibles. Mais aussi des objets qu'elle contribue à invisibiliser. Les « nouveaux risques » ne masquent-ils pas des risques plus anciens comme les risques sociaux? Quelle est la politique de la connaissance liée au concept de société du risque? La notion de risques a-t-elle ouvert de nouveaux horizons et lesquels?

  • Le développement durable est devenu un slogan aussi flou que prégnant qui conduit souvent à des décisions inattendues. C´est le cas pour la fusion de deux frères ennemis : les ministères de l´équipement et de l´écologie.

    Le livre montre le contexte politique particulier qui a inscrit cette vaste réforme à la fois comme une action symétrique au Grenelle de l´environnement et comme l´affirmation d´une écologie de droite. Au-delà de ce volontarisme, il souligne l´importance des facteurs historiques et des enjeux professionnels qui ont rendu possible cette fusion présentée comme un modèle réussi de modernisation de l´État.

    L´analyse est menée à trois niveaux : la réforme des structures centrales du ministère ; celle des services territoriaux (essentiellement régionaux) ; enfin, celle des principaux acteurs ayant concrétisé cette vaste série de changements.

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