Petit Pave

  • Joachim du Bellay est né il y a 500 ans. La douceur angevine de ses vers coule encore à nos oreilles, comme la Loire entre ses rives. Orphelin de père et mère, de santé fragile, il laisse une oeuvre empreinte d'une douce et immortelle nostalgie. Ses vers décrivent sa vie, ses pensées. Ce fier gentilhomme de Liré, porteur d'un nom célèbre à la cour, devient l'ami de Marguerite, soeur du roi. Ses premiers poèmes, sa Défense et illustration de la langue française et sa participation au mouvement littéraire de la Pléiade le rendent célèbre mais, faute d'emploi, il part à Rome au service de son cousin le cardinal Jean. Il y passe quatre ans et y écrit ses plus beaux poèmes, ceux des Regrets, où il exprime sa tristesse romantique d'exilé. Moins heureux qu'Ulysse, il revient à Paris, devient sourd et malade, est renié par le cardinal qu'il a servi, voit mourir en tournoi le roi Henri qu'il aimait, puis partir sa protectrice Marguerite. Il s'éteint dans le chagrin le 1er janvier 1560 avant d'avoir atteint sa trente-huitième année.

  • Raphaël Elizé (1891-1945), métis martiniquais, devint maire de Sablé-sur-Sarthe, petit ville du sud de la Sarthe, en 1929, ce qui n'était pas une mince réussite à une époque de montée de l'intolérance et dans une région réputée conservatrice. Réussite d'autant plus remarquable que Raphaël Elizé était socialiste.
    Son mandat renouvelé fut interrompu en 1940 par l'arrivée des troupes allemandes. Dénoncé pour ses activités de résistance, il mourut à Buchenwald quelques semaines avant la fin de la guerre.
    Mais il eut le temps de marquer la ville de réalisations à la mesure de ces convictions.
    Raphaël Elizé était aussi un homme d'une grande richesse, passionné tant par son métier de vétérinaire que par l'amour de l'art. Peinture, musique, poésie, constituaient pour lui des piliers de l'existence qu'il aimait à faire connaître.
    L'association Passé Simple nous livre ici l'étude d'un an qu'elle lui a consacrée, à travers presse de l'époque, registre de Mairie, témoignage, etc.

  • Claire de Kersaint, duchesse de Duras, est un roman à elle seule. La biographe Odile Metais-Thoreau retrace ici son histoire et sa légende.
    La duchesse de Duras, surtout connue pour son roman « Ourika » publié en 1823, analysa les questions d'égalité raciale et sexuelle. Elle fut considérée par beaucoup comme l'une des premières féministes.
    Claire de Duras vécut plusieurs vies. Née en 1777, elle connut les derniers feux de la royauté, puis la Révolution, et la Terreur qui lui prit son père et la conduisit à l'émigration dans les îles. Lors de son retour en Angleterre, elle épouse Amédée de Durfort, duc de Duras, malgré la suspicion vis-à-vis de la fille d'un girondin révolutionnaire, qui pourtant s'était fermement opposé à la mort du Roi.
    Ensuite, le retour en France, la retraite sous l'Empire, la difficile Royauté selon la Charte sous la Restauration, les Cent Jours, la seconde Restauration. Epouse du Premier gentilhomme de la Chambre du Roi, elle anime à Paris un brillant salon littéraire et politique à connotation libérale, dont René de Châteaubriand fut l'un des plus assidus.
    Malade, elle se retire dans son château d'Ussé, qui inspira à Perrault sa « belle au bois dormant », où elle écrira sur les conseils de Châteaubriand ses plus fameuses oeuvres, qui ne furent que très tardivement reconnues comme les premiers romans de la littérature française à aborder les sujets du racisme et de l'intolérance.

  • Marie-Louise Terray, dans cet essai très personnel, pénètre dans l'atelier du jeune Henry Michaux, non seulement pour comprendre comment naît un artiste, mais pour revivre avec sa propre sensibilité le cheminement de cette naissance. La personnalité poétique de Michaux se forme au travers d'un parcours qui lui fait croiser des personnalités aussi diverses que Valéry, Nietzsche, Georgio de Chirico, mais aussi Rilke et Ernest Hello ; chacune de ses rencontres suscite en lui échos et résistances, dont Marie-Louise Terray cherche les traces dans ses premiers écrits. Au terme de cette genèse surgit un créateur singulier, qui fait du corps le lieu privilégié de l'aventure esthétique, et du même coup le terrain sur lequel le poète et ses lecteurs peuvent entrer en résonance.

  • "Dans sa maison du Pin Perdu, à Huismes, près de Chinon, en Indre-et-Loire, Max Ernst a renoué avec les différentes cordes de son art : la peinture, la sculpture, le collage, le frottage, l'oscillation (le dripping)... Il a écrit, même beaucoup, fidèle à une pratique qui remonte à l'adolescence. Il a pris des notes. Ses dix années tourangelles lui accordèrent le temps de s'arrêter : sur sa vie, son oeuvre, ses amis. Huismes, comme naguère Sedona en Arizona, lui permit donc de se poser et de réfléchir. Mais, plus qu'à Sedona, il s'est trouvé tel qu'en lui-même, dans cette situation mallarméenne bien connue. Il ne manqua pas de temps et était heureux dans un milieu et un climat à sa convenance. Il avait l'âge de Léonard de Vinci débarqué en Touraine quatre siècles plus tôt et qu'il admirait. Svelte, il paraissait encore jeune malgré une abondante chevelure blanche. Huismes se présenta comme une sorte de quintessence : géographique, sentimentale, artistique, pas un retour aux sources, mais comme un lieu où il pouvait penser : à ses origines, à cette période intense et démesurée de l'Arizona, à ses nombreuses vies, à ses activités. Il avait une oeuvre derrière lui. Il lui en restait une à créer."

empty