Michel Esselbrügge

  • Menotte s'est enfui de son foyer, il vit depuis avec son chien Quenotte dans un bâtiment désaffecté à l'orée de la forêt. Orphelin, il survit de menus larcins et de cambriolages. Grâce à son doigt qui peut s'allonger à l'infini et aux dents aiguisées de son petit compagnon, aucune serrure ne leur résiste ? ! Dans les parages, il y a aussi Max et son crapaud. Malgré leur différence d'âge, Menotte finit par se lier d'amitié avec lui.
    Ensemble, ils occupent leur journée à arpenter les terrains vagues lugubres et les friches industrielles de la ville déserte. Pour tromper l'ennui, ils balancent des pierres aux passants et ça les fait bien marrer. Au fil de leurs errances, ils finissent par tomber sur le campement des trois de la bande du Chêne et s'empressent de le saccager. C'est le début des hostilités entre les deux clans ? ! Dans cette Guerre des boutons désenchantés, il y a surtout un combat pour l'émancipation.
    Adolescents dans la marge, livrés à eux-mêmes dans le monde des adultes invisibles, ils s'inventent leurs propres identités et construisent leur mythologie. Au coeur de cette utopie ingénue, la maturité surgit parfois là où on ne l'attend pas, à travers la rébellion, la fraternité, l'amour ou encore les prémices d'une organisation de vie autonome. Menotte & Quenotte est le premier long récit de Michel Esselbrügge, jeune auteur allemand que l'on avait pu lire en français pour la première fois, il y a quelques années, à L'employé du moi avec L'usine à tête de gras dans la collection Vingt-Quatre.

  • Un étrange bâtiment au milieu d'une drôle de forêt où deux amis un peu trop curieux s'aventurent. Ils embarquent avec eux le lecteur dans une déambulation sombre et absurde. « Les têtes de gras » sont des créatures au physique déroutant, des êtres de chair qui ne ressemblent à rien de concret et qui semblent avoir pour seule finalité de servir « d'êtres de compagnie » vers lesquels des personnes en détresse (malades ou dépressives, solitaires ou âgées) pourront diriger toute leur affection. Le remplaçant, idéal et bien plus pratique, des chiens, des chats ou des perruches. Ces têtes de gras sont élevées dans d'improbables bassins de liquide constitué de molécules génétique-ment modifiées, de crachats... Le protagoniste principal, révolté par le destin de ces petites bêtes, décide d'agir et de faire sauter l'usine qui les abrite.
    Michel Esselbrügge est le démiurge de cet univers si proche de notre monde mais où notre logique paraît anormale. Ce jeune dessinateur allemand, insuffle dans la bande dessinée actuelle un vent de renouveau : petit maître de l'irrationnel et de la ligne « punk » qu'il mélange dans le but d'exploiter une fiction onirique et poétique. L'Usine à Têtes de Gras peut aussi se lire comme une métaphore politico-sociale dans laquelle les affres de la solitude et de la disparition du lien social transparaissent.

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