Au coeur de la négritude

  • Lylian Kesteloot avait découvert les splendeurs du Congo en voguant enfant sur le steamer de son père, ce bateau à grandes roues et fond plat, pareil à ceux du Mississippi. Elle était sur le pont en haut, les Noirs en bas avec les marchandises. « Je ne savais pas que cette séparation portait un nom : la ségrégation... » Cette Belge aux origines ostendaises deviendra alors une spécialiste de la négritude et de sa littérature dans les années cinquante, époque où celle-ci n'intéressait personne.

  • Publié en 1961, à une époque où la violence coloniale se déchaîne avec la guerre d'Algérie, saisi à de nombreuses reprises lors de sa parution aux Éditions François Maspero, le livre Les Damnés de la terre, préfacé par Jean-Paul Sartre, a connu un destin exceptionnel. Il a servi - et sert encore aujourd'hui - d'inspiration et de référence à des générations de militants anticolonialistes. Son analyse du traumatisme du colonisé dans le cadre du système colonial et son projet utopique d'un tiers monde révolutionnaire porteur d'un « homme neuf » restent un grand classique du tiers-mondisme, l'oeuvre capitale et le testament politique de Frantz Fanon.
    Dans cette édition, la préface d'Alice Cherki, psychiatre et psychanalyste, auteur du Portrait de Frantz Fanon (Le Seuil, 2000), et la postface de Mohammed Harbi, combattant de la première heure pour la libération de son pays et historien de l'Algérie contemporaine, auteur de Une vie debout. Mémoires politiques 1945-1962 (La Découverte, 2001), restituent l'importance de la pensée de Frantz Fanon.

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  • La décolonisation faite, cet essai de compréhension du rapport Noir-Blanc a gardé toute sa valeur prophétique : car le racisme, malgré les horreurs dont il a affligé le monde, reste un problème d'avenir.
    Il est ici abordé et combattu de front, avec toutes les ressources des sciences de l'homme et avec la passion de celui qui allait devenir un maître à penser pour beaucoup d'intellectuels du tiers monde.

  • Aimé Césaire

    Kora Véron

    • Seuil
    • 6 Mai 2021

    L'envergure littéraire et politique d'Aimé Césaire en fait l'une des figures majeures du XXe siècle : un homme de conviction et de création.

    Né à Basse-Pointe en 1913, le jeune Martiniquais étudie au Quartier latin où il accomplit une révolution poétique fondatrice en écrivant Cahier d'un retour au pays natal. Le poète se fait dramaturge, essayiste, historien. L'homme politique s'engage aux côtés du Parti communiste français en 1945, au moment où il défend la loi de départementalisation des « vieilles colonies ». Il quitte le Parti avec éclat en octobre 1956, accompagne les indépendances africaines et milite pour l'autonomie de la Martinique.

    Fondée sur un minutieux travail d'archives, cette biographie fait date par sa force de documentation. Elle restitue le parcours d'un homme oscillant entre tragédie et autodérision, mû par la liberté esthétique et le combat pour l'émancipation, « poreux à tous les souffles du monde ».

    Un ouvrage qui donne à entendre dans toute leur intensité les débats entre Césaire et ses interlocuteurs, dont les échos retentissent toujours.

  • Avec ses amis Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire, Léon-Gontran Damas est considéré comme le troisième « père fondateur » du mouvement de la négritude. Né à Cayenne en 1912, il connaît une enfance chaotique, et son parcours scolaire puis universitaire le mène successivement à Fort-de-France, à Meaux, à Paris. C'est là qu'il prend pleinement et douloureusement conscience de son identité « nègre », celle-ci s'exprimant dès ses premiers poèmes avec le soutien des surréalistes, notamment de Robert Desnos, en 1937, sous le titre de Pigments. Animateur du « Mouvement de la renaissance guyanais », il se lance dans l'action politique. Il est élu député de 1948 à 1951, puis opte pour une carrière de journaliste. Il multiplie les conférences à travers le monde, compose une anthologie des littératures francophones d'outre-mer et, finalement, accepte un poste d'enseignant à l'université Howard de Washington où il meurt d'un cancer de la gorge en 1978. L'oeuvre poétique de Léon-Gontran Damas exprime, clame, revendique un profond sentiment d'appartenance raciale, mais sans éclats lumineux ni accents triomphants. Le malaise existentiel de l'être noir est ici un mal-être torturant qui ne connaît de répit que dans la dérision et la lucidité conquise d'une parole directe, en crochets courts et uppercuts dirait-on, puisqu'elle adopte souvent un rythme de boxeur au combat. Black-Label, le long poème lamento de Damas, est devenu au fil des ans comme l'hymne blessé de l'âme nègre. Là, les désirs, les frustrations, les errements de l'âme d'Afrique surgissent en plaintes, chansons, rêveries et révoltes. On a fréquemment évoqué le cousinage des complaintes de Damas avec les Paroles de Jacques Prévert, le rapprochement tient à la simplicité de l'expression et à la qualité émotionnelle, mais les mots qui déferlent chez Damas ont un goût de sang fauve, une pulsion de sang noir qui mêle la fureur au désenchantement.

  • En 1954, Cheikh Anta Diop, au terme d'un long et fructueux travail de recherche, opère, avec Nations nègres et Culture, un tournant décisif dans l'historiographie africaine et mondiale : l'Egypte pharaonique, contrée africaine de la Vallée du Nil, appartient, en totalité, des balbutiements prédynastiques jusqu'à la fin des dynasties indigènes, à l'ensemble de l'univers négro-africain.
    En 1967, c'est-à-dire treize ans après, le savant africain reprend ses idées essentielles sur les origines de l'humanité actuelle et sur la parenté entre l'Egypte ancienne et l'Afrique noire profonde : l'Antériorité des civilisations nègres était ainsi établie. En 1981, son oeuvre culmine avec Civilisation ou Barbarie, synthèse et prolongement de sa réflexion historique face au devenir de l'humanité.
    La réédition, en 1992, d'Antériorité... remet en circulation un ouvrage majeur de la problématique historique africaine. Ouvrage longtemps épuisé, mais constamment demandé, recherché. La leçon est celle-ci. L'égyptologie, pour prendre toute signification en tant que science historique vivante, doit nécessairement renouer avec les civilisations négro-africaines, par-delà le formalisme froid de l'exégèse des textes.
    Cette leçon inaugurale de Cheikh Anta Diop est devenue d'ores et déjà le bréviaire de l'égyptologie africaine et afro-américaine. Que l'égyptologie occidentale entende enfin, à son tour, la leçon de Cheikh Anta Diop pour le renouvellement des études égypto-nubiennes.

  • Comme naguère Jean-Jacques Rousseau dénonçait le scandale d'une société fondée sur l'inégalité, avec la même clarté, et un bonheur d'écriture que seule peut inspirer la passion du juste, Aimé Césaire prend ses distance par rapport au monde occidental et le juge.
    Ce discours est un acte d'accusation et de libération. Sont assignés quelques ténors de la civilisation blanche et de son idéologie mystifiante, l'Humanisme formel et froid. En pleine lumière sont exposées d'horribles réalités : la barbarie du colonisateur et le malheur du colonisé, le fait même de la colonisation qui n'est qu'une machine exploiteuse d'hommes et déshumanisante, une machine à détruire des civilisations qui étaient belles, dignes et fraternelles.
    C'est la première fois qu'avec cette force est proclamée, face à l'Occident, la valeur des cultures nègres. Mais la violence de la pureté du cri sont à la mesure d'une grande exigence, ce texte chaud, à chaque instant, témoigne du souci des hommes, d'une authentique universalité humaine. Il s'inscrit dans la lignée de ces textes majeurs qui ne cessent de réveiller en chacun de nous la générosité de la lucidité révolutionnaires.
    Le Discours sur le colonialisme est suivi du Discours sur la Négritude, qu'Aimé Césaire a prononcé à l'Université Internationale de Floride (Miami), en 1987.

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  • Les armes miraculeuses Le grand coup de machete du plaisir rouge en plein front il y avait du sang et cet arbre qui s'appelle flamboyant et qui ne mérite jamais mieux ce nom-là que les veilles de cyclone et de villes mises à sac le nouveau sang la raison rouge tous les mots de toutes les langues qui signifient mourir de soif et seul quand mourir avait le goût du pain et la terre et la mer un goût d'ancêtre et cet oiseau qui me crie de ne pas me rendre et la patience des hurlements à chaque détour de ma langue la plus belle arche et qui est un jet de sang la plus belle arche et qui est un cerne lilas la plus belle arche et qui s'appelle la nuit et la beauté anarchiste de tes bras mis en croix et la beauté eucharistique et qui flambe de ton sexe au nom duquel je saluais le barrage de mes lèvres violentes [...]

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  • La première rencontre de Marijosé Alie avec Aimé Césaire remonte à 1983. « Simple journaliste » pour France 3 Outre-Mer en Martinique (elle deviendra par la suite directrice de la rédaction de RFO Martinique), elle réalise le premier grand documentaire consacré au poète et député-maire de Fort de-France ; jamais Césaire ne s'était encore livré face caméra.
    Alors qu'elle dirige RFO Martinique, elle réalise un deuxième documentaire - À bout du petit matin - au soir de la retraite politique de Césaire, en mars 2001, après 56 ans à diriger la ville de Fort-de France.
    Le dernier grand documentaire qu'elle dirige - Le Nègre fondamental - est diffusé sur France 5 en novembre 2007, à peine 6 mois avant la mort de Césaire.

    Au-delà de ces rencontres et interviews, ce sont vingt-cinq ans d'échanges et de complicité que raconte Marijosé Alie dans ce livre. Lorsqu'elle vivait en Martinique, elle passait toutes les semaines à la mairie de Fort-de-France voir Césaire ; elle est sans doute la seule journaliste à être entrée dans son intimité et à avoir eu cette relation personnelle, affective et intellectuelle avec lui.

  • « Masque noir masque rouge, vous masques blanc-et-noir Masques aux quatre points d'où souffle l'Esprit Je vous salue dans le silence ! ».

    Souvent symboliste, toujours musicale, la poésie de Léopold Sédar Senghor s'inspire des chants incantatoires dont les mots et les rythmes se lient à la pensée et au corps. Dans ce volume, est réunie l'intégralité de son oeuvre : Chants d'ombre, Hosties noires, Éthiopiques, Nocturnes, Lettres d'hivernage, Élégies majeures, Poèmes perdus, ainsi que Dialogue sur la poésie francophone et un ensemble de poèmes divers.

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